carte blanche

Le coût réel des sauvetages bancaires

Le coût de ces sauvetages bancaires est régulièrement relativisé et il est de plus en plus fréquent d'entendre que ceux-ci auraient même rapporté de l'argent à la collectivité. Ce n'est actuellement pas le cas, et leur coût réel est bien plus important.

Par Jérémie Cravatte
CADTM - Comité pour l'Abolition des Dettes illégitimes

Fin 2008, l’État commençait à sauver les plus grandes banques (Fortis, Dexia, KBC, mais aussi l’assureur Ethias) qui étaient au bord de la faillite après avoir pris de nombreux risques.

Le coût de ces sauvetages bancaires est régulièrement relativisé et il est de plus en plus fréquent d’entendre que ceux-ci auraient même rapporté de l’argent à la collectivité. Ce n’est actuellement pas le cas, et leur coût réel est bien plus important.

Dernier exemple en date, un membre du MR qui lors d’un débat avec une membre de la plateforme "Belfius est à nous" sur La Première a déclaré: "Sur les opérations qui ont été faites avec les banques lors de la crise financière, l’État a gagné de l’argent.". C’est faux, mais pourquoi s’encombrer de la vérité lorsqu’on veut convaincre les auditeurs?

Une facture toujours négative

©© Clément Philippe

L’État est intervenu de quatre manières différentes pour "sauver" ces institutions financières: en leur achetant des actions; en leur prêtant de l’argent; en posant des garanties publiques sur leurs engagements financiers (si elles ne remboursent pas leurs créanciers, l’État s’engage à le faire à leur place); et, enfin, en leur octroyant des facilités de crédits "d’urgence" via la Banque nationale de Belgique.

En tout, les achats d’action et les prêts effectués par l’État fédéral – mais aussi par les Régions – se sont élevés à 32,6 milliards d’euros entre 2008 et 2012.

Les actions achetées ont rapporté des dividendes (2,7 milliards) et ont été revendues quand elles commençaient à être vraiment rentables (6,1 milliards). Les prêts ont été suivis de remboursements (14,8 milliards) et les garanties publiques — qui ont permis aux banques de se financer à moindre frais auprès des marchés financiers — ont donné des rétributions (3,7 milliards).

©Photo News

Cela donne donc un solde actuel de plus ou moins 5 milliards d’euros en négatif. Nous spécifions "actuel" car de futures ventes d’action (Belfius, Ethias ou ce qu’il nous reste de BNP Paribas) modifieraient bien sûr ce solde.

Cependant, au-delà de l’erreur stratégique que ces privatisations constitueraient pour la collectivité, il ne faut pas oublier que de futurs sauvetages bancaires ne sont pas à exclure et qu’il faut rajouter un coût important à ce solde.

Où sont passés les intérêts?

Ces interventions publiques impliquent un coût indirect dont il faut tenir compte, à savoir: le paiement des intérêts. En effet, les pouvoirs publics n’avaient pas d’argent dans les caisses pour financer ces interventions, ils ont donc emprunté plusieurs dizaines de milliards d’euros. Or, qui dit emprunts, dit intérêts.

©BELGA

Pour les deux premières années qui ont suivi les sauvetages (ils ont démarré fin 2008), la Cour des Comptes estime ce surcoût – sur base des actions détenues par les pouvoirs publics, donc sans le surcoût provenant des prêts – à 905 millions d’euros (167e Cahier de 2010) et pour la dernière année comptabilisée (à savoir 2016) elle l’estime à 355 millions (174e Cahier de 2017).

En sachant, d’une part, que durant cette période les taux d’intérêt étaient plus élevés qu’en 2016 et, d’autre part, que les interventions des régions ne sont pas inclues dans ces estimations (ni les interventions sous forme de prêts), le coût des intérêts est forcément conséquent. Et de fait, le professeur Eric Dor (IESEG) les calcule à 6,9 milliards d’euros jusqu’à aujourd’hui.

Le solde actuel est donc en réalité de plus ou moins 12 milliards d’euros en négatif.

Et les coûts sociaux dans tout ça?

Ce solde est certes important, mais il est sans commune mesure avec les coûts sociaux provoqués par la crise et par la gestion qui en a été faite. Ces sauvetages et cette crise ont provoqué une augmentation de la dette publique, qui a ensuite été utilisée comme prétexte pour justifier des mesures d’austérité et des réformes structurelles toujours en cours aujourd’hui.

Les leçons n’ont pas été tirées

On a vu les pensions, le chômage, le travail, la santé et bien d’autres choses encore être réformées en profondeur – mais pas les banques. Leur taille n’a pas assez diminué, leurs fonds propres n’ont pas été relevés suffisamment, leurs activités n’ont été séparées qu’à la marge alors que leur production de produits dérivés a repris de plus belle. Notre épargne est donc toujours en danger,

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