chronique

Le génie monétaire censé résoudre tous nos problèmes est sorti de la bouteille

Aujourd’hui, les mêmes absurdités monétaires et financières refont surface, selon Geert Noels. Si nous pouvons sauver le climat en faisant tourner la planche à billets, poussons sur le bouton, et nous pourrons peut-être aussi éradiquer la pauvreté et le cancer.

L’idée que l’on peut piloter l’économie par la manipulation monétaire est présente comme jamais auparavant.

Geert Noels
Econopolis

©SISKA VANDECASTEELE

Les nouvelles théories monétaires ne sont rien d’autre que d’anciennes expériences monétaires ayant échoué, entre-temps oubliées, et qui réapparaissent sous d’autres formes. Des érudits débarquent, le visage impassible, pour expliquer avec des arguments très complexes que l’on peut résoudre tous les problèmes du monde en faisant tourner la planche à billets.

Dans le passé, ces charlatans s’appelaient John Law ou Charles Ponzi. Ils ont un jour été adulés parce qu’ils promettaient de faire des miracles avec l’argent. Jusqu’à ce qu’ils soient percés à jour. Mais parfois, pour moi c’en est trop! La BCE s’auto-congratule depuis dix ans pour sa politique monétaire, pour avoir créé des emplois ou de la croissance… Croit-on réellement à Francfort que l’on crée des emplois en imprimant des billets de banque? Ils parviennent toutefois à trouver des économistes capables d’élaborer des modèles mathématiques pour établir ce lien. Jusqu’à confondre corrélation et causalité.

Pendant la crise financière qui a éclaté après 2007, de nombreuses erreurs ont été commises.

Un arbre décoré de billets qui ne valent plus rien au Vénézuela. ©AFP

Oui, les autorités ont "acheté" du temps, plusieurs pays fortement endettés ont été aidés, et le naufrage de plusieurs grandes banques chancelantes a pu être évité. Mais si les banques centrales pouvaient réellement créer des jobs en faisant tourner la planche à billets, le Venezuela et le Zimbabwe connaîtraient le plein-emploi. L’idée que l’on peut piloter l’économie par la manipulation monétaire est présente comme jamais auparavant. Hélas, le génie monétaire est sorti de la bouteille, et tout le monde fait appel à lui pour résoudre ses problèmes.

Whatever it takes

Pendant la crise financière qui a éclaté après 2007, de nombreuses erreurs ont été commises. Et il ne pouvait guère en être autrement: il a fallu beaucoup de force et d’adresse pour arrêter l’effet domino, et dans ce chaos, les décideurs politiques n’ont pas pu prendre les mesures optimales.

Les problèmes des pays et des banques n’ont pas été résolus, mais uniquement reportés.

Le lobby financier était aussi beaucoup mieux armé que les autorités financières et a poussé dans la direction qui faisait le moins de dégâts pour ses patrons. Le contribuable fut donc la principale victime du sauvetage des banques.

Mario Draghi ©REUTERS

En Europe, les détenteurs d’obligations de banques et les banques des grands Etats membres en particulier ont bénéficié d’un traitement de faveur. Lors de l’éclatement de la crise grecque, la BCE a une fois de plus sorti le grand jeu, et depuis que Mario Draghi a pris la barre, tous les freins monétaires ont été lâchés. "Whatever it takes" est devenu le slogan pour sauver la Grèce, et à nouveau les grandes banques et au final aussi la mère patrie de "Super Mario".

Les problèmes des pays et des banques n’ont pas été résolus, mais uniquement reportés. Par le biais des taux négatifs, les épargnants belges ont été discrètement dépossédés pour réduire la charge de la dette dans la zone euro, avec jusqu’à présent le soutien total des représentants belges auprès de la BCE.

Les épargnants ne font pas beaucoup de bruit et ne plantent pas des tentes dans le Parc Royal. C’est pourquoi, du côté de la gauche, on pense que les riches ont été sauvés en imprimant des billets, et que l’on doit aujourd’hui fournir les mêmes efforts pour relever d’autres défis et résoudre des crises, par exemple celle du climat.

Délire économico-financier

Plaques d'impression de billets de 10 euros. ©BELGAIMAGE

Et tout d’un coup, l’idée a surgi que les banques centrales devaient sauver le climat en imprimant de l’argent. Les services d’étude des banques centrales ont eux-mêmes créé l’illusion que c’était possible, soutenus par les théoriciens ayant toujours défendu cette politique. La résistance intellectuelle contre ce délire économico-financier est donc plutôt limitée. Les économistes qui ne soutiennent pas totalement cette politique sont qualifiés de "conservateurs", accusés d’être "sous l’emprise du grand capital", d’être "climatosceptiques", ou une combinaison de ces trois qualificatifs.

Certains partent du principe qu’il faut pouvoir s’endetter pour sauver le climat et que les banques ne sont pas prêtes à accorder ces crédits aux entreprises et aux pouvoirs publics.

Les partisans de la "création d’argent pour sauver le climat" passent à côté de la principale question: comment peut-on sauver le climat? Sommes-nous certains qu’une banque centrale comme la BCE, ses brillantes équipes et sa direction, sont les plus compétentes pour mettre en œuvre un plan de sauvetage?

Certains partent du principe qu’il faut pouvoir s’endetter pour sauver le climat et que les banques ne sont pas prêtes à accorder ces crédits aux entreprises et aux pouvoirs publics. Apparemment, il semble évident que nous devons rapidement recouvrir chaque mètre carré de terrain avec des éoliennes ou des panneaux solaires pour sauver la planète, et que les milliards nécessaires doivent être rapidement distribués par les banques centrales.

Économie planifiée

La BCE à Francfort ©EPA

Les économistes ne croient donc plus dans l’économie, dans la juste répartition des moyens, l’innovation, l’équilibre risque/rendement, et dans la mise en concurrence des différents scénarios et solutions possibles. Non, l’économie doit être planifiée, dirigée par la BCE et ses acolytes comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et autres institutions comparables. Le principal argument des défenseurs de cette stratégie semble être "l’absence d’inflation" suite à l’impression de près de 3.000 milliards d’euros au cours de ces dix dernières années.

Non, il n’y a pas d’inflation des prix des biens et des services, mais une énorme inflation d’actifs. Le prix des actifs est artificiellement maintenu à un niveau très élevé, et les surcapacités sont en permanence tenues en état et gonflées. Mais tant que l’IPC ne dépasse pas 2%, les économistes, avec leurs œillères, estiment que l’existence de bulles spéculatives peut indiquer qu’il n’y a pas de problème.

Il n’y a pas de frontières pour les charlatans monétaires. Avec le sauvetage de la Grèce, de certaines grandes banques et le rachat massif d’obligations, on a déjà fait exploser toutes les limites. Personne ne peut dire avec précision jusqu’où elles s’étendent.

Guy Verhofstadt ©REUTERS

Cela me fait penser à la création du fonds de vieillissement en 2001 sous le gouvernement Verhofstadt. Pendant que Verhofstadt et Vande Lanotte vidaient les vrais fonds de pension comme celui de Belgacom, ils créaient un fonds virtuel, une boîte vide. Aucun représentant de la presse ou du monde académique n’a osé rappeler le gouvernement à l’ordre. Il a fallu des personnalités comme Roland Duchatelet et l’économiste Ivan Van de Cloot pour clamer que le roi des pensions était nu. Ils ont subi des railleries et des moqueries pendant dix ans, et pire encore, ils ont été professionnellement dénigrés.

Aujourd’hui, les mêmes absurdités monétaires et financières refont surface. Si nous pouvons sauver le climat en faisant tourner la planche à billets, poussons sur le bouton, et nous pourrons peut-être aussi éradiquer la pauvreté et le cancer.

Non, il n’y a pas d’inflation des prix des biens et des services, mais une énorme inflation d’actifs.

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