Le livre de la semaine

©Serge Vandaele

Xavier Ricard Lanata, La tropicalisation du monde, PUF, 128 pages, 12 €

Voici une analyse percutante et stimulante. La distinction Nord/Sud ne fonctionne plus –  le quotidien des pays du Sud affecte à présent ceux du Nord : " Les travailleurs pauvres de nos démocraties sont endettés comme ailleurs les travailleurs agricoles ".

Ici comme là, les politiques d’ajustement s’imposent, les inégalités explosent. D’ailleurs, le terme " populisme " nous vient d’Amérique latine. Ce qu’on appelle " le Sud ", cette expérience de la dépossession de soi, c’est ce que l’auteur appelle la tropicalisation. Il en étudie les conséquences : psychiques (désintérêt pour le bien commun et la " chose publique ") ; politiques (l’économie de marché comme seul projet de société) ; et géopolitiques (menacé par la pression mondialisée du capital, le corps social se cherche une cohésion dans la régression ethno-identitaire).

L’auteur analyse finement les articulations entre capitalisme (spéculatif, prédateur), néolibéralisme et colonialisme (" scène primitive du capitalisme ") qui forment cette tropicalisation. Face à laquelle la réponse – sous la forme d’une démondialisation solidariste et internationaliste – consiste alors à " détropicaliser ce Sud global dont le sort nous intéresse au premier chef puisqu’il pourrait préfigurer les formes que prendront nos sociétés à plus ou moins brève échéance " : les luttes et traditions du Sud forment en effet un terreau d’inspiration et d’innovations socio-économiques – ces sociétés, par exemple, ont gardé le secret du bien(s) commun(s), alliant écologie et économie. Ainsi que le résume l’excellent Gaël Giraud dans sa préface, " façonner un monde commun suppose de mettre fin à cette expérience de globalisation insensée. " Pour redonner sens à l’humanisme.

Xavier Lanata enseigne l’économie politique à Sciences Po.

©Serge Vandaele

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