Le talent doit aussi faire peau neuve

La demande et la technologie font évoluer le marché de l’emploi en permanence. ©AFP

Les entreprises, études et statistiques confirment une réalité: une pénurie sévit sur le marché de l’emploi.

Tom Vlieghe
Director Acerta Career Center

Une enquête Acerta menée auprès de CEO et HR Managers l’a encore démontré début mai. Les entreprises cherchent des solutions: critères de recrutement moins sévères, formations diverses, ouverture du débat sur le package salarial… Même après avoir exploré ces pistes, 11% restent sans solution.

Les chiffres du Forem confirment la tendance: en mai 2018, il y avait 189.457 demandeurs d’emploi inoccupés pour 37.914 opportunités d’emploi reçues. C’est moins de cinq demandeurs par opportunité. Le professeur Luc Sels, recteur de la KU Leuven, avance plusieurs raisons: l’économie reprend, de nouveaux emplois sont donc créés; la population active vieillit, les départs de travailleurs sont donc nombreux; les jeunes étudient plus longtemps, ils arrivent donc plus tard sur le marché; l’automatisation redéfinit les tâches, etc. Conclusion: la pénurie sur le marché de l’emploi est une réalité indéniable.

Cependant, pourquoi envisager cette réalité comme une guerre des talents ? Qui emploie une rhétorique belliqueuse aura la guerre. Or, cette approche ne fera que des perdants, alors que tout le monde gagnerait à adopter une approche constructive. D’où ce plaidoyer positif: enterrons la hache de guerre et faisons front commun en adoptant l’ouverture d’esprit nécessaire.

De nouveaux collaborateurs amènent des idées innovantes et c’est ce qui les rend si attrayants.
Tom Vlieghe

L’eau stagnante empeste

Maintes entreprises pêchent dans les mêmes eaux. Et quand ça mord, personne ne veut laisser s’échapper le poisson. Rien de mal toutefois à disposer d’une bonne politique de rétention, au contraire. Cependant, si cette politique sert seulement à enfermer votre personnel dans une cage dorée, elle sera complètement contreproductive. 22% des travailleurs se sont ainsi retrouvés "prisonniers" et coincés dans leur propre zone de confort, selon une enquête de Gallup. L’envie n’y est pas, la motivation a disparu, mais bon, ils sont bien payés, connaissent les collègues et savent ce qu’ils doivent faire…

Cette situation est en totale inadéquation avec notre société progressive, disruptive et créative. De nouveaux collaborateurs amènent des idées innovantes et c’est ce qui les rend si attrayants. Si un travailleur a le sentiment de s’enliser, c’est qu’il est prêt pour un nouveau défi. Il est donc important pour un travailleur de continuer à développer ses talents. Pour l’employeur, proposer des formations dans lesquelles le travailleur peut s’investir représente une condition essentielle pour rester dans le coup.

Si vous utilisez une politique de rétention fonctionnant comme un barrage, vous obtiendrez de l’eau stagnante. Pas du tout le modèle dynamique qu’une organisation pleine de vie ambitionne.

Pour l’employeur, proposer des formations dans lesquelles le travailleur peut s’investir représente une condition essentielle pour rester dans le coup.
Tom Vlieghe

Multiplier en divisant

Vous connaissez la parabole des talents: qui mise sur la rétention ne prospère pas. Vous devez parfois lâcher prise pour voir un talent s’épanouir. Et oui, il pourrait trouver l’herbe plus verte ailleurs. Ainsi soit-il. Le marché s’oriente vers le modèle du cosourcing. Un travailleur n’a plus besoin d’être uniquement associé à un emploi. La qualité du travailleur devient fluide, ses fonctions ne sont plus figées.

Exemple: le récent appel de Febelfin. Les banques ont du personnel excédentaire en raison de l’automatisation et de la numérisation. En même temps, le secteur non-marchand rencontre un manque de personnel financier. Pourquoi ne pas laisser cet employé de banque s’épanouir dans le non-marchand ? Oui, le système du cosourcing requiert de bons arrangements et une vraie concertation entre toutes les parties, mais cette approche rend le cosourcing bénéfique pour tout le monde, bien plus que la guerre des talents.

L’élasticité plutôt que la rigidité

La demande et la technologie font évoluer le marché de l’emploi en permanence. Ce marché ne se confine plus dans un espace défini. Les emplois sont devenus trop rigides pour les personnes. La solution réside dans un marché "élastique ": flexible, mais résistant. Toute personne capable de s’adapter aura l’avantage sur le marché.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés