Les défis du désarmement nucléaire militaire

Qui d’autre que Kim Jong-un peut obtenir un sommet bilatéral avec le Président américain en terrain "neutre"? ©AFP

Traité international conclu en 1968 et signé par un grand nombre de pays, dont la Belgique en 1975, le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) vise à réduire le risque que l’arme nucléaire ne se répande dans le monde.

Par Stéphanie Heng et Alban de la Soudière
Respectivement politologue et experte en communication, et polytechnicien et fonctionnaire international.

Le TNP est largement basé sur un principe rendu célèbre par George Orwell dans son roman "Animal Farm": "Tous les animaux sont égaux… mais certains animaux sont plus égaux que les autres!" Ce principe avait déjà été appliqué à la création de l’Organisation des Nations unies (même règle au Conseil de sécurité: sièges permanents et droit de veto) et il relève fortement de la "justice des vainqueurs" de la Seconde Guerre mondiale, instituant un club des cinq: Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine (le cas de la Chine est un peu à part). Dans le cadre du TNP, ces mêmes cinq sont les seuls autorisés à détenir l’arme nucléaire.

De récents développements tentent d’interdire totalement les armes nucléaires.

Il semble par conséquent difficile de plaider la morale en partant d’un principe aussi inique, indigne du XXIe siècle. Même les proches alliés ou amis du club des cinq ne voient pas le principe d’un si bon œil. Certains (notamment au sein de l’UE) semblent même clairement jalouser les cinq, peut-être pas pour leurs bombes mais au moins pour leur siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Contrôler la prolifération des armes nucléaires

Le nucléaire civil est par définition et par traité autorisé à tous les États. Bien sûr, une certaine mauvaise foi de la part de l’Iran, assis sur d’importantes réserves de pétrole et de gaz, est évidente quand il affirme en avoir besoin, mais de quel droit moral ou juridique pourrions-nous l’en empêcher?

Par ailleurs, la technologie des centrifugeuses est la même pour l’enrichissement d’uranium à but civil (limité) ou militaire (enrichissement poussé). De la même manière, une grande partie de la technologie des missiles balistiques n’est autre que celle des fusées. À nouveau, sur quelles bases pourrait-on en priver un pays? De récents développements tentent cependant d’interdire totalement les armes nucléaires.

Les retraits annoncés des Etats-Unis puis de la Russie du traité INF et leur raison profonde montrent que le désarmement réel est loin d’être à l’ordre du jour.

Vers une interdiction totale des armes nucléaires?

En 2017, une conférence des Nations unies a adopté un traité pour l’interdiction totale des armes nucléaires. Ce traité rend illégales les dernières armes de destruction massive à ne pas faire l’objet d’une interdiction. L’article 1 du traité stipule ainsi que "chaque État Partie s’engage à ne jamais, en aucune circonstance" mettre au point, mettre à l’essai, transférer, employer ni menacer d’employer des armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires. Mais, quelle est la portée réelle de ce traité?

Défis réels et crédibilité dans le désarmement

Si 122 pays ont voté "pour", soit la majorité des pays de l’Organisation des Nations unies, tel n’est pas le cas des principaux pays concernés qui ne seront pas partie au traité: les cinq déjà mentionnés et les quatre États proliférants largement reconnus (Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël), ainsi que ceux qui sont soupçonnés de vouloir proliférer, principalement l’Iran aujourd’hui. Ce traité sera non contraignant pour eux. Les retraits annoncés des Etats-Unis puis de la Russie du traité INF (Intermediate-Range Nuclear Forces) et leur raison profonde (accusations de non-respect) montrent que le désarmement réel est loin d’être à l’ordre du jour.

Si le désarmement par la persuasion, la méthode douce voire les "incentives" ont fonctionné pour la Lybie, l’Afrique du Sud et certaines anciennes républiques soviétiques, cela ne fonctionnera vraisemblablement pas avec d’autres États.

Ce vote massif montre également que lorsqu’on discute avec l’Iran pour les désarmer avec un groupe dit "5 + 1" (soit le club des cinq plus l’Allemagne), force est de constater qu’il y a un problème de crédibilité vis-à-vis du reste du monde. Il aurait peut-être été intéressant d’y associer non seulement l’Allemagne mais également certains pays tels que le Japon, le Brésil, ou un pays scandinave, au lieu d’afficher principalement les cinq qui, pour leur part, ne sont pas eux-mêmes des modèles dans une dynamique de désarmement.

Si le désarmement par la persuasion, la méthode douce voire les "incentives" ont fonctionné pour la Lybie, l’Afrique du Sud et certaines anciennes républiques soviétiques, cela ne fonctionnera vraisemblablement pas avec d’autres États. En effet, le désarmement comporte des risques certains, la Lybie ou l’Ukraine en savent quelque chose. De tels risques ne sont clairement pas de nature à encourager l’Iran ou la Corée du Nord à abandonner l’arme nucléaire: avoir la bombe (Corée du Nord) ou même menacer plus ou moins explicitement de l’avoir (Iran) est un levier diplomatique absolument exceptionnel. Qui d’autre que Kim Jong-un peut obtenir un sommet bilatéral avec le Président américain Donald Trump en terrain "neutre"?

La guerre est un sujet trop sérieux pour être laissé aux seuls militaires, dit-on. Le nucléaire militaire est un sujet trop sérieux pour être laissé au seul club des cinq, pourrions-nous ajouter.

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