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carte blanche

Les indigènes, ultimes gardiens de notre planète

Une avancée importante de la COP23: la mise en place de la plateforme sur les savoirs et connaissances des peuples autochtones pour aider dans la lutte contre le bouleversement du climat. ©AFP

Si l’humanité veut se donner une chance de survie, ne devrions-nous pas nous inspirer de la sagesse ancestrale des peuples autochtones?

Par Esmeralda de Belgique

Écrivain, présidente du Fonds Léopold III

La conférence sur le climat, COP23, présidée par les îles Fidji et organisée à Bonn par l’Allemagne pour des raisons d’infrastructures, avait pour vocation de n’être qu’une réunion de transition sans résultats majeurs.

En dépit de ce faible degré d’expectative, la déception régnait parmi les participants lors de la clôture aux petites heures du matin du 18 novembre. On avait le sentiment que deux mondes s’étaient côtoyés sans vraiment se rencontrer.

D’un côté, les scientifiques, les activistes, les associations, surtout du Sud, parlant d’urgence et de survie – l’année 2017 fut particulièrement meurtrière avec inondations, ouragans, extrême sécheresse – et de l’autre, les hommes politiques pinaillant sur un point ou une virgule du texte d’accord.

Décalage

Un réel "décalage entre le temps politique et l’horloge climatique", selon l’économiste du climat Charles de Perthuis. Et une nouvelle fois, la question des "pertes et dommages" que les pays développés devraient assumer au profit des communautés les plus vulnérables était renvoyée à de futures discussions.

Cependant, deux avancées importantes furent obtenues: l’adoption d’un plan d’action du genre qui souligne le rôle des femmes et la reconnaissance des communautés autochtones désormais représentées au sein de la convention des parties.

Celles-ci, rassemblant près de 370 millions de personnes dans 90 pays, sont parmi les plus affectées par le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. En effet, 80% des espèces de notre planète sont situés sur des terres indigènes. Les défrichements massifs pour des plantations d’huile de palme, de soja ou pour des pâturages détruisent les forêts dont les indigènes sont les meilleurs gardiens, vivant depuis des siècles de pêche et de chasse, en parfaite harmonie avec la Nature.

Déplacés, spoliés, massacrés

Tout au long de leur histoire, les peuples premiers ont lutté pour leurs territoires. Déplacés et spoliés ou tout simplement massacrés par les colons européens en Afrique, sur les continents américains, en Indonésie ou en Australie, ils font face aujourd’hui à d’autres adversaires: les multinationales minières et pétrolières convoitant les ressources naturelles.

Si l’humanité veut se donner une chance de survie, ne devrions-nous pas nous inspirer de la sagesse ancestrale des peuples autochtones?

C’est également un affrontement inégal. En 2016, 200 défenseurs de l’environnement ont été assassinés et les coupables sont rarement arrêtés. Au Honduras, le meurtre de Berta Caceres, lauréate du Prix Goldman pour l’environnement, militant contre la construction d’un barrage hydroélectrique, avait soulevé l’indignation. Le récent rapport d’enquête fait état de complicités au sein de l’armée, du gouvernement et de certains employés de la compagnie de construction du barrage. Aucune condamnation n’est encore intervenue.

À Bonn, les indigènes ont fait entendre leurs voix. Et parmi celles-ci, les plus fortes étaient souvent féminines. "Les femmes sont en colère", affirme Osprey Orielle Lake, qui dans son organisation WeCan International (Women’s Earth and Climate Action Network) regroupe des femmes du monde entier. "Elles sont inquiètes pour leurs enfants, leurs terres, leur eau".

Histoire bouleversante

Aux différentes tribunes de la conférence, elles ont raconté leur histoire souvent bouleversante. Heather Milton Lightening, de la tribu Pasqua au Canada, n’a pu contenir ses larmes en évoquant les impacts des pipelines. "On empoisonne nos rivières et notre sol… Notre peuple perd son identité et sa culture".

Dans le cas du Keystone XL, outre le danger de fuites de pétrole comme c’est le cas ces jours-ci, l’oléoduc traverse des lieux historiques et sacrés pour les communautés indigènes.

Une avancée importante de la COP23: la mise en place de la plateforme sur les savoirs et connaissances des peuples autochtones pour aider dans la lutte contre le bouleversement du climat. ©AFP

En Équateur, les quelque 1.200 Indiens Kichwa de Sarayaku se battent depuis plus de 30 ans pour protéger l’Amazonie. En 2012, ils ont obtenu une victoire historique à la Cour Interaméricaine des droits de l’Homme, faisant condamner l’état équatorien. En plus d’interdire de leur territoire toutes les compagnies d’extraction, ils ont établi une charte, la "Forêt vivante", qui respecte la Nature avec toutes ses composantes et promeut le bien-vivre en harmonie car "tout est interdépendant, lié par des relations d’équilibre". En protégeant les forêts primaires, les Kichwas contribuent à contenir le réchauffement climatique.

"Notre combat est pour la vie, la justice et notre planète", explique Patricia Gualingua l’une des leaders de Sarayaku. "Pour le futur de nos enfants et de vos enfants".

Si l’humanité veut se donner une chance de survie, ne devrions-nous pas nous inspirer de la sagesse ancestrale des peuples autochtones?

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