carte blanche

Les médias sociaux comme instrument du soft power indien

Stéphanie Heng

Défini en 1990 par l’Américain Joseph Nye, le soft power (parfois qualifié de puissance douce) permet de persuader les autres de faire quelque chose, cela sans pour autant recourir à la force.

L’Inde dispose d’un fort potentiel en termes de soft power. Le Premier ministre Modi l’a parfaitement compris. Son objectif vise à raviver la fierté nationale dans les valeurs du pays tout en développant l’image de l’Inde à l’étranger et en s’appuyant sur les ressources indiennes en matière de soft power.

La promotion du soft power indien, de ses ressources, que ce soit la culture, la musique, la cuisine, les films de Bollywood ou encore le yoga, a notamment pour but d’atteindre les objectifs de l’Inde en matière de politique étrangère, et son souhait de jouer un rôle plus important sur la scène internationale.

L’un des résultats marquants du Premier ministre Modi l’an dernier concerne la résolution des Nations Unies faisant du 21 juin la journée internationale du yoga.

Il s’agit d’un succès majeur, mais également d’un gros coup en matière de communication sur le plan international pour le Premier ministre. Le yoga est populaire dans le monde entier: il est relié directement à l’Inde, à un certain mode de vie, sans pour autant être nécessairement teinté, chez nous, d’une connotation religieuse.

Depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans, le Premier ministre Modi a effectué plusieurs déplacements officiels à l’étranger. Force est de constater que ses interactions avec des leaders étrangers permettent d’augmenter les capacités de l’Inde à faire usage de son soft power tout en renforçant ses liens avec d’autres pays.

Les interactions du Premier ministre indien avec des dirigeants d’autres pays ont également eu pour conséquence une visibilité accrue de l’Inde dans les médias: les visites de Modi à l’étranger sont largement couvertes par la presse étrangère.

Depuis 2014, l’Inde jouit non seulement d’une visibilité plus importante sur la scène internationale, mais également d’une image plus dynamique et d’une influence vraisemblablement supérieure. À cet égard, la stratégie de Modi, depuis deux ans, s’est avérée efficace.

La diaspora comme levier du soft power

Mais lorsque Modi se rend à l’étranger, ce n’est pas seulement pour renforcer les relations bilatérales avec les pays visités, mais c’est aussi pour rencontrer directement la diaspora indienne.

Il organise à l’occasion de ses visites des événements de grande ampleur à cet effet, et qui créent régulièrement le buzz dans la communauté indienne. Ce fut le cas en novembre 2015 lors de sa venue au Wembley Stadium à Londres.

Le Premier ministre indien se sert des réseaux sociaux (Twitter et Facebook en particulier) pour parler directement aux citoyens en Inde, mais aussi à la communauté indienne expatriée. Les médias sociaux deviennent un outil géostratégique pour augmenter l’influence de l’Inde à l’étranger. Aucun homme politique indien n’avait attaché tant d’importance à un tel rapprochement avec les Indiens vivant à l’étranger.

La stratégie présente des implications pourtant très concrètes. La diaspora indienne est présente dans de nombreux pays dans le monde. Aux Etats-Unis, par exemple, elle est relativement influente. Nombreux sont les Indiens qui ont fait carrière outre-Atlantique. Inclure la communauté indienne à l’étranger dans la stratégie et la politique de communication du gouvernement est dès lors un développement pertinent.

Modi informe ainsi de ses initiatives, de ses déplacements à l’étranger et autres sujets dont il compte faire profiter la communauté indienne. Ainsi, lors de sa visite en Belgique il y a quelques semaines, il a tweeté: "Extensive & fruitful discussions with PM Charles Michel. We are committed to stronger India-Belgium ties." Ou encore: "A combination of Belgian capacities & India’s economic growth create wonderful opportunities and benefit the world."

Modi apparaît comme un leader charismatique. Il est également un bon communicant. Il perçoit l’importance de l’image et d’une communication efficace.

Lorsqu’il était à la tête du Gujarat, il a, en quelques années, réussi à changer profondément l’image d’un Etat qui vivait des difficultés au début des années 2000 en un champion économique moins de 10 ans plus tard. Cet Etat est devenu, depuis, une référence pour d’autres Etats indiens.

Cette stratégie de communication utilisée par Modi, essentiellement à partir de 2005, basée très fortement sur les réseaux sociaux, fut poursuivie lors de sa campagne pour les élections de 2014. Sa forte personnalité, ses qualités d’administrateur, ses résultats dans le Gujarat, mis en avant via les médias sociaux, ont largement contribué à son élection il y a deux ans.

Mais la diplomatie publique doit aller au-delà de tout cela. Alors que Modi projette une image d’une Inde de plus en plus moderne, qui attire, de nombreuses réformes nécessaires dans le pays se font encore attendre et engendrent des frustrations dans le pays. Sans ces réformes, nécessaires pour développer l’innovation et attirer les investissements étrangers, les objectifs de développement économique du pays ne pourront être atteints.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content