"Atlas historique mondial", Christian Grataloup, éd. Les Arènes – L'Histoire, 660 pages, 29,90 euros

L’histoire de l’humanité à travers la cartographie

Étudier l’histoire à partir de cartes géographiques, c’est ce que propose le professeur de géohistoire Christian Grataloup dans un recueil de 515 cartes, allant de la préhistoire au 21e siècle. "La géographie est une école de la rigueur", indique-t-il. "Dans un récit historique, on peut parler d’une société en oubliant certains lieux. Dans une cartographie, on voit certains blancs qui sont déjà en soi une information."

"Il faut que les historiens, répondant aux sollicitations mais aussi aux suggestions des cartographes, acceptent de mettre au net leurs hypothèses sur les localisations, les mesures, les échelles et les directions", suggère dans l’introduction de l’ouvrage Patrick Boucheron, membre du comité scientifique de la revue L’Histoire, où l’ensemble de ces cartes peuvent être consultées en ligne. L’objectif de l’ouvrage est aussi de corriger une histoire trop eurocentrée dans notre enseignement. "Il suffit de bouger un peu la carte ou de l’orienter différemment pour se rendre compte que l’Europe n’est pas le centre du monde. Grâce aux cartes, on évite de concevoir notre société comme une île. En réalité, les sociétés ont toujours été connectées entre elles", explique Christian Grataloup.

Les Européens n’ont du reste jamais eu le monopole de la cartographie. Les Grecs, les Arabes et les Chinois disposaient déjà des cartes bien avant l’ère chrétienne. À partir de la Renaissance toutefois, les Européens se lancent à la conquête des mers et des cartographes flamands comme Mercator et Hondius placent Anvers et Amsterdam à la pointe de la cartographie.

Cet Atlas historique mondial accorde une attention particulière aux peuples dits "sans histoire", ceux qui ont laissé peu de traces écrites. Ainsi les Inuits avaient cartographié leur environnement, de même que les Polynésiens, mais à une autre échelle. "On ne navigue pas comme ça sur des milliers de kilomètres en plein milieu du Pacifique. Équipes de leurs pirogues à balancier, les Polynésiens sont les plus grands navigateurs de l’Histoire avant les explorateurs européens du 16e siècle. Ils sont allés jusqu’à Madagascar", rappelle l’auteur.

Le parcours des Vikings jusqu’en Amérique n’est pas comparable à l’épopée des Polynésiens, dans la mesure où les Vikings avançaient par sauts de puce (Shetlands, Feroë, Islande, Groenland, Terre-Neuve, Labrador), sans trop s’éloigner des terres.

Plus près de nous, on peut consulter la carte des câbles sous-marins qui sont les supports de l’essentiel des flux d’information (téléphonie et Internet) et jouent un rôle majeur dans la mondialisation, en particulier pour les transactions financières (trading haute fréquence).

L’auteur a également cartographié le changement climatique en indiquant les zones du globe où il risque de pleuvoir davantage, celles qui seront soumises à des épisodes de sécheresse, celles où les cyclones seront plus fréquents, etc. Il montre aussi comment la Chine tisse patiemment sa toile pour conquérir le monde. Le tout sans devoir passer par de longs discours car, comme le dit l’auteur, "écrire l’histoire, c’est donner à voir."

"Atlas historique mondial", Christian Grataloup, éd. Les Arènes – L’Histoire, 660 pages, 29,90 €


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