Occident-Russie, entre dialogue et tensions

Des soldats russes à l'entraînement. ©BELGAIMAGE

Face aux défis communs en Europe, notamment sécuritaires, un dialogue avec la Russie doit plus que jamais être maintenu

Par Stéphanie Heng et Alban de la Soudière. Politologue et experte en communication; polytechnicien et fonctionnaire international.

Divers sujets de tensions entachent depuis quelques années les relations entre l’Europe, l’Alliance Atlantique (Otan) et la Russie, notamment les projets de l’Ukraine et de la Géorgie d’adhésion à l’Otan, les propositions américaines de système de défense antimissile global avec emprise en Pologne et en République tchèque, les grandes manœuvres militaires des deux camps sous le nez l’un de l’autre, en particulier dans la région de la Baltique, mais aussi la volonté de la Russie de tester des missiles au large de la Norvège. Doit-on voir dans tout cela une escalade des tensions? Quelle place pour le dialogue?

L’Otan, forum de dialogue avec la Russie

L’Otan et la Russie ont signé plusieurs accords de coopération depuis une vingtaine d’années, y compris en matière de lutte contre le terrorisme ainsi que de coopération militaire.

Les Etats membres de l’Alliance et la Russie travaillent conjointement en tant que partenaires depuis plusieurs années sur diverses questions de sécurité d’intérêt commun dans le cadre du Conseil Otan-Russie, une instance de consultation, de coopération, de décisions et d’actions conjointes.

Géorgie et Ukraine: des crises violentes au cœur du problème

Bien que différentes, les situations dans ces deux anciennes républiques soviétiques, clés du "pré carré" russe, sont au cœur du problème. Des crises violentes y ont eu lieu récemment, avec à la fois des interventions explicite (Géorgie) ou plus discrète (Ukraine) de l’armée russe, une perte de souveraineté des deux pays sur des parties importantes de leur territoire au profit officiel ou non de la Russie, et des conflits toujours "gelés" quelques années plus tard.

L’Occident y voit une atteinte insupportable de la Russie au droit international et à la souveraineté de ces deux pays.

La Russie considère quant à elle qu’elle ne fait que défendre des intérêts légitimes, y compris ceux de minorités russes ou russophones et le droit de ces peuples à disposer d’eux-mêmes et à l’appeler à l’aide.

Il faut admettre que le manichéisme n’a pas sa place ici, et que la situation est effectivement très complexe, sans qu’on puisse facilement donner raison entièrement à l’une ou l’autre des parties en présence.

Il est essentiel de conserver un canal de dialogue, afin de jauger les intentions et d’éviter les incompréhensions. Le rôle de l’Otan prend ici tout son sens.
Stéphanie Heng et Alban de la Soudière

2014, une année charnière

Depuis 2014, l’ensemble des activités de partenariat avec la Russie ont été gelées, hormis le dialogue politique.

En 2014, en réponse à l’intervention militaire et aux actions menées par la Russie en Ukraine et à l’annexion de la Crimée, l’Otan suspend toute coopération pratique civile et militaire dans le cadre du Conseil Otan-Russie.

Le sommet Otan de Varsovie en 2016 renforce le durcissement, l’Alliance considérant la Russie comme une menace potentielle et suggérant d’adopter des réponses adaptées et proportionnées suite à l’usage de la force par la Russie contre ses voisins. Les sommets de Bruxelles en 2017 et 2018 ont poursuivi les travaux d’adaptation vis-à-vis des nouveaux défis, incluant explicitement ceux liés à la place de la Russie sur la scène internationale.

La Russie, une menace potentielle?

C’est surtout depuis 2010 que des développements conséquents ont vu le jour en Russie via une réforme de fond de ses forces armées, des changements dans les méthodes d’entraînement et des réinvestissements majeurs dans sa défense. Il s’agit d’une réelle modernisation des méthodes de travail. Les opérations très efficaces de soutien au régime syrien ces dernières années ont mis en exergue ces progrès, y compris les capacités d’action à distance et dans la durée.

Face aux défis communs en Europe, notamment sécuritaires, un dialogue avec la Russie doit plus que jamais être maintenu. Il est essentiel de conserver un canal de dialogue, afin de jauger les intentions et d’éviter les incompréhensions. Le rôle de l’Otan prend ici tout son sens.

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