Pour en finir avec l'obsolescence programmée

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Le Groupe du Vendredi a rassemblé dix chercheurs issus de disciplines différentes en les invitant à partager leur vision sur les enjeux posés par la société numérique. Retrouvez chaque vendredi jusqu’en septembre leur contribution dans L’Echo.

Par Jean-Pierre Raskin
Professeur de micro-électroniqueà l'Ecole Polytechnique de Louvain (EPL)
Co-fondateur, European Nanoelectronics Consortium for Sustainability (ENCOS)

Le 21e siècle est définitivement l’âge du numérique et des communications mobiles. Les objets communicants dits intelligents se déploient massivement pour créer un environnement interactif (Internet of Things, IoT).

Nous sommes aujourd’hui entourés par pas moins de 50 milliards d’objets connectés disséminés dans nos maisons, bâtiments industriels, voitures, routes, etc.

Derrière les écrans, il y a une industrie qui requiert plus que jamais de l’espace, de l’énergie et de la matière. Les objets high-tech sont gourmands en minerais rares, critiques, voire toxiques, et au-delà des désastres écologiques comme la pollution des sols et des nappes phréatiques, ils sont à l’origine de nombreux conflits armés dans plusieurs pays du Sud.

L’obsolescence programmée sous des formes diverses est une réalité qui soutient un modèle techno-économique et consumériste qui est source plus que jamais d’inégalités sociales.
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L’obsolescence programmée sous des formes diverses est une réalité qui soutient un modèle techno-économique et consumériste qui est source plus que jamais d’inégalités sociales.

La réponse universitaire

©BELGAIMAGE

Pour certains les high-tech sont à l’origine de tous les maux de la société moderne et pour d’autres ce sont au contraire ces mêmes technologies qui vont pouvoir répondre aux défis sociétaux actuels et futurs. Le débat s’invite doucement au sein de la communauté universitaire des sciences et technologies où nous retrouvons les maîtres d’œuvre de ces technologies.

Le caractère très disciplinaire de l’enseignement universitaire est certainement à l’origine du conservatisme et la lenteur des scientifiques à prendre pleinement conscience de ces dérives. Il est urgent que les scientifiques adoptent une démarche holistique et fassent tomber les barrières artificielles entre les disciplines afin de définir avec et pour les citoyens une société plus durable et égalitaire.

Un cursus d’études supérieures mettant en avant l’importance du caractère interdisciplinaire voire transdisciplinaire des défis sociétaux contribuera à la formation de scientifiques conscients de l’impact de tout développement technologique sur l’environnement et l’organisation des sociétés.

Cette nouvelle génération de scientifiques privilégiera la collaboration et l’intelligence collective. L’esprit critique sera au cœur de leur formation. Les scientifiques initieront parfois mais participeront toujours activement aux débats de société indispensables dès la possible valorisation de toutes recherches publiques ou privées.

Une réflexion holistique en amont de tout développement technologique prendra le meilleur des high et low-tech, au lieu de les opposer, pour développer des technologies durables.
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Cette réflexion holistique en amont de tout développement technologique prendra le meilleur des high et low-tech, au lieu de les opposer, pour développer des technologies durables, appropriables contribuant à la convivialité entre les peuples et la réduction des inégalités.

Faire autrement est possible

Au printemps 2017, le consortium européen ENCOS (European Nanoelectronics consortium on sustainability Nanoelectronics) pour le développement d’une microélectronique plus durable est créé.

©EPA

Ce réseau rassemble des industriels, des universitaires venant de disciplines scientifiques diverses – l’ingénierie, la sociologie, l’économie ou la philosophie –, des acteurs de terrain et des consommateurs. Il propose des solutions innovantes afin de réduire la consommation d’énergie et les déchets industriels lors de la fabrication de l’IoT, de substituer ou réduire l’utilisation de matières premières toxiques et critiques, d’augmenter la transparence de la chaîne d’approvisionnement dans le secteur de l’électronique grand public, de développer de nouveaux modèles d’affaires pour lutter contre l’obsolescence programmée, ainsi que de prolonger la durée de vie des appareils électroniques.

Au cours des dernières décennies, le développement de dispositifs de haute technologie a été associé à une réduction des dimensions et à la multiplication des matériaux dans les composants. Cela entraîne de nouveaux défis en matière de recyclage.

La conception modulaire des appareils électroniques ouvre la voie à la prolongation de la durée de vie des composants électroniques en permettant la réparation, la mise à niveau ou la réutilisation de l'appareil pour une autre fonctionnalité.

La conception modulaire des appareils électroniques telle que proposée par Fairphone ouvre la voie à la prolongation de la durée de vie des composants électroniques en permettant la réparation, la mise à niveau ou la réutilisation de l’appareil pour une autre fonctionnalité.

Le plaidoyer fait partie intégrante du consortium ENCOS. Il s’associe à diverses associations de consommateurs et ensemble rédigent des propositions législatives qu’ils déposent auprès de nos dirigeants politiques européens et locaux afin de combattre l’obsolescence programmée et de favoriser le déploiement de technologies durables. La preuve que tout citoyen peut agir.

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