carte blanche

Pourquoi 2019 sera l'année la plus difficile de Trump

Ses défis seront nombreux mais ceux qui sous-estiment le flair politique de Donald Trump commettent une erreur.

Par Ian Bremmer
Président de l'Eurasia Group et auteur de "Us vs. Them: The Failure of Globalism"

Donald Trump entame 2019, empêtré dans une bataille politique féroce avec la nouvelle présidente de la Chambre, Nancy Pelosi. Un combat perdu d’avance. Il ne peut en effet obliger les démocrates à affecter des fonds à la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique, tandis que certains conservateurs qui ont l’oreille des médias menacent de le sanctionner s’il fait marche arrière. Il finira sans doute par trouver une façon de déclarer forfait tout en criant victoire. Et alors, cette année deviendra encore plus compliquée.

Une "To-do-list" impressionnante

La "to-do list" de Trump pour 2019 est impressionnante, même comparée aux normes présidentielles habituelles. Il doit aider à restaurer la confiance dans l’économie américaine après trois mois de la pire descente aux enfers qu’ait connue le marché des actions américaines depuis des années, et il doit le faire à un moment où la croissance économique mondiale montre des signes de faiblesse.

©EPA

Il doit rassurer le monde sur le fait que les Etats-Unis et la Chine ne se sont pas engagés dans un conflit commercial sans fin ou une confrontation militaire de type guerre froide, tout en faisant face aux réelles inquiétudes sur le plan de la sécurité de ceux qui pensent que la Chine continue à profiter des Etats-Unis, de ses entreprises et de ses travailleurs.

Il devra faire la preuve de réels progrès en matière de dénucléarisation de la péninsule coréenne en persuadant le leader nord-coréen Kim Jun-un qu’il ne peut rien obtenir sans rien – no free lunch. Il doit persuader ses détracteurs que les vagues promesses faites l’an dernier à Singapour sont toujours d’actualité et qu’il ne permettra pas à Kim de continuer à développer clandestinement des armes nucléaires.

Il devra respecter sa promesse de retirer les troupes américaines de Syrie sans donner l’impression de céder aux Russes et à l’Iran le pouvoir au Moyen-Orient, et sans laisser les Kurdes et autres alliés à la merci du président turc Recep Erdogan et de son armée. Plus important encore, il devra exécuter ce retrait sans perdre la confiance que le ministère américain de la Défense a placée dans son leadership.

Sa réélection en ligne de mire

©Photo News

Il doit commencer à préparer sa réélection. Avec des taux de popularité très bas, des doutes grandissants parmi ses plus fidèles partisans, et après un échec d’une ampleur sans précédent lors des élections de mi-mandat en novembre dernier, il doit dissuader tout républicain de le défier lors des primaires, et trouver le moyen de briser l’élan démocrate actuel.

Les obstacles qui l’attendent sont immenses. Le président chinois Xi Jinping ne capitulera jamais sous la pression de Trump, et le système politique et économique chinois fournit à son dirigeant des armes redoutables pour limiter les dommages causés à l’économie chinoise.

Trump a en partie été élu parce qu’il n’avait pas d’expérience en politique. Dans ce sens, il était la personnification même du changement. Le problème, c’est qu’il ne sait toujours pas comment fonctionne réellement son gouvernement.
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Le président russe Vladimir Poutine considère Trump comme un personnage dont la réputation est compromise, et les Européens, qui cherchent depuis longtemps à réduire leur dépendance envers la protection américaine n’auront plus jamais une aussi bonne occasion de passer à l’acte.

Le partenariat avec Trump coûte de plus en plus cher pour les leaders de pays qui peuvent se permettre de l’ignorer, et la politique étrangère "America First" menée par la personnalité fantasque de Trump rend les avantages moins évidents.

Et il ne faut pas oublier les défis internes. Trump a en partie été élu parce qu’il n’avait pas d’expérience en politique. Dans ce sens, il était la personnification même du changement. Le problème, c’est qu’il ne sait toujours pas comment fonctionne réellement son gouvernement. Ce n’est pas le cas de Nancy Pelosi, l’adversaire la plus expérimentée, perspicace et impitoyable que le président ait pu imaginer.

Nancy Pelosi ©AFP

Pour la première fois depuis l’élection de Trump, le parti dirigé par Pelosi possède un réel pouvoir, et les Démocrates ont bien l’intention de l’utiliser pour soumettre Trump à un niveau de contrôle qu’il n’a jamais expérimenté. Ils passeront au crible tous les documents et assigneront les membres de son administration à témoigner sous serment sur plusieurs sujets sensibles. La patience, l’aplomb et l’assurance de Trump seront mis à l’épreuve comme jamais auparavant.

Vient ensuite le Conseiller Spécial Robert Mueller, qui continuera à diriger les enquêtes sur pratiquement tous les aspects de la vie publique de Trump – son entreprise, ses indiscrétions, sa campagne présidentielle, son administration, ses associés, et même sa famille. Dans les semaines ou mois à venir, les résultats de ces enquêtes devraient secouer Washington comme jamais depuis au moins une génération.

Le plus grand danger pour Trump, c’est que les républicains – électeurs et législateurs – décident qu’ils ne peuvent plus tolérer un tel leadership. Les "scandales" quotidiens rapportés par la presse et répétés par des démocrates incrédules ne devraient pas influencer les plus loyaux partisans de Trump ou leurs représentants élus.

Peur et colère

Rares sont les personnalités publiques américaines qui comprennent mieux que lui les sources de peur et de colère.
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Mais si Trump est perçu comme un loser – parce que les leaders étrangers l’ignorent, que les démocrates font échouer ses projets, que l’économie recule, et en particulier si les sondages commencent à indiquer qu’il ne peut pas gagner – on ne peut exclure qu’ils lui retirent leur soutien.

Mais nous n’en sommes pas là. Ceux qui sous-estiment le flair politique de Donald Trump commettent une erreur. Rares sont les personnalités publiques américaines qui comprennent mieux que lui les sources de peur et de colère qui animent ses partisans les plus fidèles, et il est possible que les démocrates nomment un candidat à la présidence qui pousserait à nouveau les républicains vers Trump, quelles que soient leurs appréhensions.

Une chose est sûre: l’année 2019 promet d’être l’année la plus difficile de la vie de Donald Trump.

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