carte blanche

Qu'il est difficile de débattre de l'enseignement…

Eloy Romero-Munoz

Entre les commentaires à l’emporte-pièce et les jugements péremptoires, les débats sur l’enseignement deviennent vite enflammés.

Eloy Romero-Muñoz
Chercheur en didactique des langues et enseignant de néerlandais dans le qualifiant

La communication 2.0 a une fâcheuse tendance à engendrer des débats passionnés dont l’intensité n’a d’égal que la partialité.

Entre les commentaires à l’emporte-pièce et les jugements péremptoires, entre "ceux qui font" (les fameux acteurs de terrains) et ceux qui pensent savoir ce que l’on devrait faire (les autres où l’on classera probablement l’auteur de ce billet d’opinion), on atteint vite le point Godwin, ce moment dans toute discussion enflammée où l’on finit par invoquer le nazisme ou Hitler en personne. Les débats sur l’enseignement ne font pas exception, à ceci près que nous n’avons non pas un, mais deux points Godwin spécifiques.

L’argument du "mange ta m… comme tout le monde", le premier point Godwin de toute discussion sur l’enseignement, fleure bon le caniveau. En général, cette affirmation intervient quand on remet en question la précarité du statut d’enseignant temporaire non nommé avec des personnes ayant atteint le Saint Graal de la nomination.

Pain noir

Le système est ainsi fait que l’on ne commence vraiment à compter que lorsque l’on a accumulé assez d’ancienneté dans une fonction. Cette ancienneté de fonction ne suit pas le travailleur quand il passe d’un réseau à l’autre ou parfois même d’une école à l’autre dans le même réseau. Il importe peu que l’on soit dans le système depuis longtemps ou que l’on soit en période de pénurie, car c’est le lot de tout "novice" que de manger son pain noir.

Un système qui valorise davantage la patience et la stratégie que la compétence ou l’expérience est-il juste et défendable ?

Évidemment, cet argument passe mal avec des personnes qui, loin d’être novices, n’ont juste pas rempli les bons formulaires au bon moment ou n’ont pas pensé en termes de carrière. Un système qui valorise davantage la patience et la stratégie que la compétence ou l’expérience est-il juste et défendable? Va-t-on parvenir à redorer l’image de la profession en faisant preuve de si peu d’empathie entre nous?

Le mythe du privé

Voici le deuxième point Godwin de tout débat sur l’enseignement: le privé offre des avantages que n’offre pas l’enseignement. À cela, on a juste envie de répondre de deux manières:

1) Allez demander dans le privé combien de salariés ont effectivement les avantages extralégaux dont vous parlez (surtout la voiture)

2) Changez de secteur si ce sont ces mêmes avantages qui vous parlent!

©Belga

L’enseignement offre un salaire correct et un régime de travail unique en termes d’horaires et de pension (il est vrai que ceci pourrait changer). Se plaindre de ces aspects dénote un manque de réalisme qui dessert la profession. Il y a vraiment d’autres combats à mener.

Et l’humain là-dedans?

Les mesures pour rendre notre enseignement meilleur sont au cœur du débat politique. Le Pacte est passé par là.

Cependant, on parle peu d’un autre combat, plus important encore et qui est à la base des réflexions ci-dessus: le manque d’attractivité de la profession. En effet, à quoi bon réfléchir à un autre enseignement si nous ne parvenons plus à mettre des gens devant nos classes?

©Thierry du Bois

Soulignons donc l’initiative de la ministre Schyns qui a récemment présenté 10 mesures concrètes, et pour certaines assez osées comme la valorisation du parcours dans le privé pour les personnes désireuses de (re) venir dans une classe, dans le but avoué de prendre la pénurie à bras-le-corps.

Cependant, notons aussi qu’une mesure simple est absente de la liste: la simplification administrative. Comment est-il encore possible, à notre époque, que la lourdeur administrative pourrisse à ce point la vie des temporaires et des écoles?

Comment peut-on encore justifier des erreurs et retards de versement des salaires aussi importants et fréquents, même quand on travaille en continu?

Voici quelques exemples parmi d’autres. Pourquoi doit-on produire toutes les attestations de fonction, un acte de naissance et une copie des diplômes, en version papier de surcroît, à chaque fois que l’on entre en fonction alors que tout enseignant dispose d’un numéro de matricule et que l’argent vient du même pot quel que soit le réseau et le niveau d’enseignement?

Comment peut-on encore justifier des erreurs et retards de versement des salaires aussi importants et fréquents, même quand on travaille en continu?

Le système, c’est nous

La réponse habituelle est de mettre cela sur le dos du système. Or le système, c’est nous! Nous sommes responsables de la persistance de cette lourdeur administrative dont tout le monde souffre si nous ne sommes pas capables, individuellement et collectivement, à nous insurger contre celle-ci.

Une approche plus rationnelle des aspects administratifs de la profession ne nous coûtera rien si ce n’est de la bonne volonté. Elle nous permettra par contre de consacrer notre temps et nos moyens, tous deux limités, à des tâches plus significatives pour l’amélioration de notre enseignement. Il est même possible qu’une gestion du personnel plus humaine rendra le métier plus attractif. On parie?

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