carte blanche

Quel avenir pour la jeunesse grecque ? L'espoir que l'Europe change de cap...

Stavros Papagianneas

L'austérité grecque a pris fin le mois dernier. Initialement prévu pour ne durer que deux ans, le programme de huit ans est considéré par beaucoup comme ayant causé plus de mal que de bien.

Stavros Papagianneas
Managing Director StP Communications et auteur du livre "Rebranding Europe"

Le 20 août, Donald Tusk, président du Conseil de l'UE, tweetait : " Félicitations à la Grèce et à ses citoyens pour avoir mis fin au programme d'aide financière ".

Quelques mois auparavant, les ministres des Finances de la zone euro avaient décidé de mettre fin au plan de sauvetage. " La crise grecque s’arrête ici ce soir ", avait à cette occasion déclaré Pierre Moscovici, Commissaire européen chargé des affaires économiques et financières.

En dépit des efforts déployés par l'Union européenne et le gouvernement grec pour communiquer avec enthousiasme la fin officielle des plans d'aide, il est difficile de prétendre que la cure d'austérité appliquée au pays a été un succès.

Dans le Washington Post du 3 août dernier, Matt O’Brien, ancien rédacteur en chef adjoint du magazine The Atlantic, faisait remarquer que " la Grèce a été l’un des plus gros échecs économiques jamais vu en dehors d’une guerre ou d’une révolution ". " Il n'y a ", notait-il, " que quatre pays qui ont plus reculé que la Grèce au cours des dix dernières années : la Libye, le Yémen, le Venezuela et la Guinée équatoriale ". " Voici ce que l’Europe définit un succès ", concluait-il, " une économie qui a tellement reculé qu’elle semble déchirée par la guerre ".

Des chiffres implacables

Sous la supervision de la troïka (CE, FMI, BCE), le PIB grec a diminué de 26 %, une baisse comparable à la crise actuelle au Venezuela.

De fait, sous la supervision de la troïka (CE, FMI, BCE), le PIB grec a diminué de 26 %, une baisse comparable à la crise actuelle au Venezuela et à celle survenue lors de la Grande dépression des années 1930. La dette grecque est ainsi passée de 110 % en 2010 à 179 % aujourd'hui.

De nombreuses entreprises ont bien évidemment fermé leurs portes et les personnes agées ont vu leur pension réduite. Les revenus des ménages ont chuté de plus de 30 % et plus d'un cinquième de la population n’est plus en mesure de payer les dépenses de base telles que le loyer et l'électricité.

Le taux de chômage s’est également envolé. De 12,7 % en 2010 à 27,5 % en 2013. Aujourd'hui, il est de 21 %. Non pas parce que l’économie est meilleure, mais parce que les jeunes diplômés quittent le pays en masse et disparaissent des statistiques.

427 000 jeunes professionnels diplômés - un groupe où l’on compte plus de 50 % de chômage - ont quitté le pays. La population vieillit donc beaucoup plus rapidement que la moyenne de l'Union.

©Bloomberg

Lors de mon dernier voyage en Grèce, j'ai parlé avec ces jeunes qui ont désormais le choix entre le chômage, des emplois peu rémunérés ou quitter le pays. J’ai voulu savoir comment ils ont grandi dans ce chaos et quelles étaient leurs perspectives pour l’avenir.

Georges Tsipakis, 23 ans, m’expliquait que " la crise en Grèce a réduit, et même complètement détruit les possibilités des gens à vivre dignement. Seul un petit groupe de citoyens n’a pas été touché. Quitter le pays est la seule chose à laquelle je pense. Étudier à l'étranger et chercher un emploi ".

" La crise a affecté le travail de mes parents et donc ma vie personnelle. Notre revenu familial est maintenant bien inférieur à ce qu’il était avant la crise et il y avait toujours l’insécurité du licenciement ou de l’impossibilité à trouver un emploi à l’avenir. J’envisage de quitter le pays ", raconte de son côté Christina Pedoulaki, une étudiante de 23 ans.

Autre témoignage - celui de Konstantinos Psillas, 27 ans - même amertume. " Toutes ces années ont été très difficiles parce que mes parents ont perdu leur emploi sans possibilité de retrouver un autre. Je devais travailler pendant mes études et ne pouvais pas participer à des programmes universitaires tels qu'Erasmus ".

S'ils avaient la possibilité d'envoyer un message clair et fort aux dirigeants européens, la plupart des personnes que j’ai l’occasion d’interroger diraient : " changez l'Europe maintenant ! ".

" Arrêtez l'austérité. Changez l'UE. Cela ne fonctionne pas. Cela ne fait que peser sur les familles pauvres. L'UE a perdu son sens. Elle a tué l'espoir de tant de personnes en Europe avec la politique d'austérité ", estime Georges Tsipakis. Même constat cinglant de Konstantinos Psillas : " Je sens que je suis asservi dans une vie d'austérité sans avoir commis aucune erreur. Peut-être que je suis né en Grèce, mais je ne l'ai pas décidé ".

Une erreur monumentale

Manifestation auti-austérité à Athènes. ©BELGAIMAGE

La situation en Grèce est un symptôme d'une pathologie européenne plus étendue, due à la mondialisation et à la structure de l'euro. La monnaie unique était censée apporter une prospérité partagée, mais elle a fini par semer la discorde.

Les Grecs ont lourdement payé ce programme de redressement. Combattre une crise de cette manière était une erreur monumentale. Le fait de mettre le fardeau sur les pays faibles souffrant déjà d’un chômage élevé et de faibles taux de croissance a entraîné une augmentation du chômage et un ralentissement de la croissance.

La croyance aveugle dans les mesures d’austérité et l’incapacité de l’Europe à faire face à des crises majeures d’une voix cohérente et unie conduisent à une plus grande désintégration de l’UE.

La pression économique en Europe a stimulé le racisme, le nationalisme et le populisme. Il n'est pas étonnant que des politiciens comme Salvini, Le Pen, Wilders et Orban soient aujourd'hui si populaires.

Il est temps que l'Europe change. Nous avons besoin d'une Union avec plus de transparence, plus de démocratie et plus de solidarité. Sa seule chance de continuer à exister sur la scène mondiale est de créer des vraies structures fédérales basées sur une constitution, un parlement européen fort et un gouvernement européen véritable.

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