carte blanche

Quel modèle pour un enseignement d'excellence?

Nathanaël  Laurent

Par Nathanaël Laurent | Docteur en sciences biomédicales, licencié en philosophie, formateur et auteur d'un blog dédié à la pédagogie.

En tentant de réaliser actuellement un "pacte pour un enseignement d’excellence", la Fédération Wallonie-Bruxelles réagit au constat selon lequel "la qualité de notre enseignement reste encore insuffisante".

Ce constat émane notamment de l’enquête Pisa qui évalue à l’échelle internationale tous les trois ans depuis 2000 les connaissances et aptitudes des élèves âgés de 15 ans. On y retrouve régulièrement en tête de classement plusieurs pays asiatiques, et en Europe la Finlande fait figure d’exemple à suivre. D’où la question légitime que se pose notre Fédération Wallonie-Bruxelles: Pourquoi pas nous? Que font-ils de mieux?

Tentons de comprendre comment fonctionnent ces systèmes d’éducation plus performants que le nôtre.

Le modèle asiatique

Comme dans les domaines sportif et artistique, la recette asiatique consiste en une ascèse extrême entièrement vouée à la victoire: il faut être la/le meilleur(e)!

" Les autorités, obsédées par les classements, cherchent en permanence à améliorer la compétitivité du système sous la pression de parents qui voient dans la réussite scolaire la clé de l’ascension sociale." Ainsi s’exprime un journaliste du Figaro de retour de Corée du Sud, qui ajoute que "dans cette société ultra-compétitive, les ménages dépensent l’équivalent de 3,5% du PIB dans des cours privés, venant plus que doubler les 3% investis par l’État dans l’école primaire et secondaire".

Étant un système moins autoritaire qu’en Asie, mais également nettement moins fondé sur la confiance et les pédagogies actives qu’en Europe du Nord, notre modèle d’enseignement passe tout simplement à côté de cette "excellence" tant recherchée.

Lors d’une expérience réalisée en 2014, 70 enseignants du Royaume-Uni se sont rendus à Shanghai pour y observer les méthodes d’enseignement et tenter de mieux comprendre pourquoi les étudiants chinois réussissent mieux que leurs homologues britanniques.

D’après eux, la clef du succès asiatique repose sur l’usage de méthodes qui, au Royaume-Uni, ne sont plus employées depuis 40 ans! Leur conclusion est sans appel: "Au lieu de prendre le temps, l’énergie et les ressources pour adapter ce qui est enseigné aux styles d’apprentissage individuels supposés de chaque élève, il est plus efficace d’employer des stratégies d’enseignement plus explicites et de passer plus de temps à surveiller, en n’intervenant que si c’est nécessaire. Louanger les étudiants de manière excessive, en particulier ceux qui sont sous-performants, est particulièrement contre-productif."

Rien de tel, donc, qu’un maître autoritaire, imposant son savoir à des élèves disciplinés, priés d’écouter et de faire ce qu’on leur demande: tais-toi et apprends tes leçons! Les plus courageux seront récompensés.

Le modèle finlandais

La Finlande s’est dotée quant à elle d’un système d’éducation basé sur un cycle d’apprentissage allant de 7 à 15 ans, organisé dans des "écoles fondamentales". Les élèves ne reçoivent pas de notes, il n’existe pas de procédure de redoublement, et les professeurs y jouent le rôle de tuteurs. Quoi de plus opposé au modèle asiatique? Et pourtant cela fonctionne tout aussi bien.

Le mot d’ordre est ici la confiance: le ministère de l’éducation fait confiance aux établissements en leur donnant une très grande autonomie; les chefs d’établissement font de même envers les enseignants, qui mettent alors en œuvre des pédagogies très actives.

©Belga

Dans leur documentaire "Demain", Cyril Dion et Mélanie Laurent ont filmé une enseignante très décontractée circulant au milieu d’élèves travaillant par petits groupes assis à même le sol ou réunis autour d’une table. Leur courte journée les emmène d’une activité sportive à un cours de mathématiques, puis à un atelier de menuiserie, avant de faire de la géographie et de terminer par de la musique.

D’après la typologie mise au point par la sociologue française Nathalie Mons, le système finlandais peut être qualifié de "modèle d’intégration individualisé".

Les pédagogies actives, qui font chez nous figure d’exception, se sont bel et bien imposées en Europe du Nord. Songez par exemple à la mise au travail volontaire prônée par Célestin Freinet, à la confiance en soi et à la liberté chères à Maria Montessori, ou encore aux activités artistiques dans la pédagogie Steiner-Waldorf.

En Suède, pays voisin où l’école a pour mission d’apprendre aux élèves la solidarité et de nourrir la curiosité, la méthode de la carotte et du bâton est proscrite.

Ce modèle semble en outre encouragé par l’OCDE (l’organisation qui chapeaute l’étude Pisa), dont un rapport de 2014 indique que "les établissements qui disposent de plus d’autonomie par rapport aux programmes de cours et aux évaluations tendent à afficher de meilleurs résultats que les établissements qui disposent de moins d’autonomie".

Comment atteindre l’excellence?

Étant un système moins autoritaire qu’en Asie, mais également nettement moins fondé sur la confiance et les pédagogies actives qu’en Europe du Nord, notre modèle d’enseignement passe tout simplement à côté de cette "excellence" tant recherchée.

Il est par ailleurs peu probable que cette dernière puisse être atteinte en saupoudrant notre système d’un soupçon de pédagogie personnalisée, si par ailleurs une logique autoritaire est maintenue qui fait avancer les élèves en brandissant la carotte (les notes, la moyenne, etc.) et le bâton (examens de passage, redoublement, renvoi vers des filières "techniques" ou "professionnelles").

Ne serait-il pas temps de poser un choix plus radical et, pour ce faire, d’identifier clairement les valeurs que nous voulons transmettre dans une société qui se prépare à répondre à de nombreux défis? Nous pensons que cette question mériterait d’être davantage posée pour qu’un débat puisse avoir lieu et que l’excellence devienne une réalité de terrain.

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