carte blanche

Quel rôle pour les gardes nationales?

Stéphanie Heng

L ’Union européenne (UE) ne semble pas se diriger vers la création d’une armée commune, avant un certain temps du moins, à en croire les propos de la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, à la suite d’une récente réunion informelle des 28 ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bratislava. Cependant, un constat est clair: l’UE devrait être capable d’assumer un rôle plus important en matière de défense européenne.

La défense est un domaine pour lequel les Etats membres de l’UE sont réticents à abandonner leur souveraineté (voir L’Echo du 28 mars 2015: "Quel avenir pour l’Europe de la défense?").

Le contexte actuel, à savoir la crise migratoire, mais aussi et surtout le terrorisme international, pourrait néanmoins changer la donne. Une politique commune de sécurité est nécessaire.

Une menace à la fois globale et proche

La menace terroriste est une menace asymétrique, non conventionnelle, par des combattants de Daech (organisation Etat islamique). Depuis janvier 2015, l’Europe, et notamment la France, a connu une vague d’attentats terroristes islamistes: Charlie Hebdo en janvier 2015, Paris en novembre 2015, Nice en juillet dernier. La Belgique n’a pas été épargnée, avec les attentats à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek à Bruxelles le 22 mars dernier.

La menace, globale, était auparavant lointaine. Elle est désormais chez nous. Ce qui frappe, c’est sa proximité et sa violence: chacun d’entre nous a dans son entourage une connaissance qui a été touchée, de près ou de loin, par les attentats.

À la suite de l’attentat de Nice le 14 juillet dernier, et alors que le niveau de la menace terroriste reste élevé, les mesures prises par les autorités dans plusieurs pays de l’UE ne cessent de se multiplier. Des pistes sont lancées, parfois communes à plusieurs Etats membres de l’UE, notamment la constitution de gardes nationales. Le gouvernement français a ainsi récemment annoncé son ambition de porter les effectifs de la garde nationale officialisée par François Hollande à plus de 80.000 personnes, cela d’ici 2019. Selon des informations publiées dans la presse belge récemment, un avant-projet de loi préparé par le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur Jan Jambon prévoirait la constitution d’un nouveau corps de sécurité pour 2017.

Mais en quoi consistent ces gardes nationales? Quelles en sont les modalités d’emploi et les limites? Et, finalement, serait-ce l’amorce d’une réflexion commune (via l’Union européenne) pour contribuer à la sécurité en Europe?

Avant d’aborder ces points, il est nécessaire de rappeler le rôle des forces armées dans le contexte actuel de menace terroriste.

La défense au service de la sécurité des citoyens

La menace terroriste touche aujourd’hui tous les pays. Les victimes ne sont pas que françaises et belges. Elles viennent de partout. Il suffit de regarder les victimes à Nice. De nombreux touristes, de différents pays, ont été touchés. Le terrorisme a fait prendre conscience aux citoyens, de façon bien réelle, que l’armée est là aussi pour les protéger. Depuis Charlie Hebdo, Paris et Nice, la lutte contre le terrorisme est une priorité avérée des forces armées sur le territoire national. Par exemple: l’opération Sentinelle de l’Armée française a été déployée au lendemain des attentats de janvier 2015. Les missions Vigipirate étaient déjà en place en France depuis environ 15 ans, représentant un millier de soldats déployés sur des lieux sensibles (gares, aéroports,…).

À la suite des attentats qui ont touché la France en 2015, les effectifs des forces déployées sur le territoire national étaient passés très rapidement à 10.000 soldats pour protéger tout d’abord des lieux de culte ou encore des écoles. Il s’agit d’un engagement majeur, qui s’inscrit de surcroît dans la durée. Si l’opération Sentinelle est essentiellement dissuasive, elle permet aussi de rassurer la population, ainsi que de récolter des renseignements et d’assurer une surveillance. D’autre part, l’opération Barkhane, lancée il y a deux ans dans la bande sahélo-saharienne, conduite par les armées françaises, vise à lutter contre les groupes armés terroristes et à contribuer à empêcher la reconstitution de sanctuaires terroristes. Les forces armées françaises participent aussi à la lutte contre Daech au Levant, au sein d’une coalition menée par les Etats-Unis.

Pour soulager les forces armées

Les forces opérationnelles, que ce soit en France par exemple ou encore en Belgique, sont mises sous tension. Il est nécessaire de les soulager dans les opérations intérieures par la mise en place d’une garde nationale.

Les forces opérationnelles, que ce soit en France par exemple ou encore en Belgique, sont cependant mises sous tension. Il est nécessaire de les soulager dans les opérations intérieures par la mise en place d’une garde nationale. Le président de la République française François Hollande a lancé un appel à l’ensemble des Français le 20 juillet dernier à s’investir dans les diverses réserves afin de constituer une "garde nationale" comme outil flexible permettant de renforcer les forces armées pour des besoins ponctuels mais également dans le temps.

Mais le rôle d’une telle garde nationale ne pourrait-il pas aller au-delà du seul cadre intérieur (police, gendarmerie…)? Une amorce de réflexion, sous l’égide de l’UE, serait-elle pertinente quant à une utilisation conjointe des gardes nationales de divers pays membres de l’UE dans le cadre d’un processus commun au niveau européen? La protection des frontières extérieures de l’Europe pourrait en faire partie, contribuant à une politique européenne de sécurité et de lutte contre le terrorisme.

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