carte blanche

Quelles sont encore les perspectives d'avenir pour les personnes peu qualifiées?

Les emplois sont remplacés par la technologie et les robots. Quant aux autres, ce sont souvent des jobs complexes qui exigent beaucoup de connaissances et d’expertise. ©EPA

La digitalisation crée une polarisation entre les personnes hautement qualifiées et les personnes peu qualifiées.

Frank Vander Sijpe
Director HR Research chez Securex

La débâcle chez Carrefour est l’exemple de ce qui nous attend dans un avenir proche. L’impact de la technologie et de la mondialisation s’accroît également dans le secteur des services (retail, banques). Les restructurations antérieures chez entre autres Delhaize, Makro, ING et KBC sont des témoins silencieux de ce sujet. Les emplois sont remplacés par la technologie et les robots. Quant aux autres, ce sont souvent des jobs complexes qui exigent beaucoup de connaissances et d’expertise.

Une conséquence directe de ce changement s’explique par la polarisation du marché du travail entre les emplois hautement qualifiés, fonctions complexes, et les emplois simples avec peu de qualifications. Cette polarisation est un phénomène qu’il faut aborder en profondeur. Après tout, les employeurs, les employés et les gouvernements sont confrontés à un défi important qui est d’éviter une division de la société entre les haves ("beaux emplois") et les not haves ("mauvais emplois").

Éviter la polarisation

Au lieu d’agir unilatéralement du côté des employeurs à la recherche des responsables, du fait que plus de 1.200 employés se trouveront sans emploi, il vaudrait mieux tirer les leçons du passé. Pourquoi ces personnes ne sont-elles pas immédiatement employables ailleurs? Avons-nous mis en œuvre tous les efforts possibles pour veiller à ce qu’ils restent largement employables sur le marché du travail? Ces employés ont-ils pris l’initiative d’accroître ou d’approfondir leurs connaissances et compétences? Nous constatons que cette problématique reste sans réponse.

Chez Securex, nous croyons que l’avenir des personnes moins qualifiées se trouve dans l’acquisition de compétences diversifiées et s’étend à plusieurs statuts de travail.
Frank Vander Sijpe

Pour y remédier, nous devons rechercher quelles sont les responsabilités de toutes les parties prenantes. Tant l’employeur, l’employé que le gouvernement doivent s’engager pour s’assurer que les employés sont suffisamment employables sur le marché du travail. C’est aussi là le cœur du problème. Notre propre étude indique que seul un employé sur deux sait qui contacter pour trouver un nouvel emploi. De plus, la moitié d’entre eux partage le fait que leur organisation n’offre pas assez de possibilités de découvrir et de développer leurs propres talents. Plus de la moitié des employés de moins de 30 ans souhaitent rester chez leur employeur actuel jusqu’à la retraite.

L’employabilité durable

Chez Securex, nous croyons que l’avenir des personnes moins qualifiées se trouve dans l’acquisition de compétences diversifiées et s’étend à plusieurs statuts de travail. Prenons, par exemple, un jardinier qui coupe l’herbe ou une femme de ménage qui nettoie seulement les poussières. L’avenir de leur métier dépend – contrairement à celui des personnes hautement qualifiées – de la diversification: pour un jardinier, il s’agit, par exemple, de désherber, planter, tailler, élaguer, fertiliser… Pour la femme de ménage, il peut s’agir d’aller chercher les enfants à l’école, faire des courses, repasser…

Mais cela exige aussi des connaissances et de l’expertise, et donc aussi de l’apprentissage intense. C’est un de nos plus grands défis en Belgique par rapport aux autres pays européens. "Être plus nombreux à rester au travail plus longtemps", voilà la devise qui permettra de faire des transitions en douceur au-delà des organisations, emplois et statuts de travail.

La quatrième révolution industrielle se présente à nous comme une société avec de nouveaux défis pour l’emploi. Pour y faire face avec succès, chaque partie prenante devra assumer ses responsabilités.
Frank Vander Sijpe

La nécessité d’un troisième statut

Dans un marché du travail polarisé, il faut s’attendre d’un côté à une pénurie de personnel (demande de spécialistes hautement qualifiés) et de l’autre côté à un risque de main-d’œuvre trop importante (généralistes peu qualifiés). La position de négociation de ce groupe est structurellement déséquilibrée.

Ainsi, ils cherchent souvent du travail pour se procurer un revenu, ce qui, sans une politique clairement dédiée à la protection sociale minimale, constitue un obstacle difficile, au-delà du statut de travail diversifié et des tâches. Les Pays-Bas nous enseignent qu’il ne faut pas le faire avec le statut de ZZP (zelfstandige zonder personeel). En France, ils ont choisi un "portage salarial" pour s’en occuper.

Nous vivons à une époque extraordinaire. La quatrième révolution industrielle se présente à nous comme une société avec de nouveaux défis pour l’emploi. Pour y faire face avec succès, chaque partie prenante devra assumer ses responsabilités.

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