Qui ose rêver de 0% de récidive?

Le refinancement du système carcéral est nécessaire mais pas suffisant. Il est urgent de réfléchir et se mettre d’accord sur l’objectif de la prison. ©BELGA

La semaine passée a été marquée par un mouvement de grève dans nos prisons. Plus personne ne semble s’en émouvoir, tant cette grogne est devenue permanente. Pourtant, c’est à juste titre que les acteurs du système pénitentiaire essaient d’attirer notre attention sur une situation indigne et inhumaine.

Christophe De Beukelaer
Président des Jeunes cdH

La surpopoulation carcérale et le manque de moyens qu’ils dénoncent ne sont que la part visible d’un gigantesque iceberg fait de radicalisation, consommation de drogues (33% des détenus en consomment), détenus dormant à terre (125 en 2018), manque d’accès aux soins de santé, patients souffrant de troubles mentaux dans des prisons ordinaires, condamnations de l’Etat belge par la Cour européenne des droits de l’homme pour sa gestion carcérale…

Pour répondre à ces constats dramatiques, le refinancement du système carcéral est nécessaire mais pas suffisant. Il est urgent de réfléchir et se mettre d’accord sur l’objectif de la prison. De l’argent, oui. Mais pour faire quoi ? 

Réinsertion et punition: deux objectifs de la prison du XIXème

C’est seulement au début du XIXème siècle que l’emprisonnement devient une peine systématisée. La prison permettait de mettre l’individu hors d’état de nuire et d’en finir avec les punitions corporelles. A cette époque, Edouard Ducpétiaux, chargé de la gestion des prisons du royaume déclarait: "Nous avons des prisons où le coupable est mis hors d’état de nuire pendant sa captivité; mais qu’y fait-on pour le rendre meilleur, pour le mettre à même de reprendre, à sa sortie, une place honorable dans la société?" L’objectif de la prison est depuis toujours la réinsertion et la reconstruction de l’individu.

Une des difficultés à l’époque était l’impossible sortie de prison, obligeant le prisonnier à choisir parmi les quelques métiers enseignables entre quatre murs. Désormais, le bracelet électronique et l’informatique offrent de nouvelles possibilités de formation d’un potentiel indéniable.
Christophe De Beukelaer

Pour ce faire, deux moyens étaient mis en œuvre: le suivi psychologique et moral, mais aussi le travail professionnalisant. A travers l’apprentissage d’un métier, le détenu préparait sa réinsertion et créait des liens sociaux positifs. Aujourd’hui, ces deux piliers manquent cruellement de financement et pourtant, cela pourrait être plus facile à mettre en place aujourd’hui qu’hier. Par exemple, une des difficultés à l’époque était l’impossible sortie de prison, obligeant le prisonnier à choisir parmi les quelques métiers enseignables entre quatre murs. Désormais, le bracelet électronique et l’informatique offrent de nouvelles possibilités de formation d’un potentiel indéniable.

L’espoir de réinsertion est mis à mal en pratique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Belgique, plus de 50% des détenus récidivent après une première peine. Soit l’objectif initial a été abandonné, soit il est mal mis en œuvre. Pourtant, si les détenus qui sortent de prison n’y remettaient plus les pieds, la surpopulation carcérale diminuerait considérablement!

Questionner le rapport sociétal à la prison

Il n’y a cependant pas qu’en pratique que l’objectif de la prison a été abandonné: dans nos discours, la composante "répression" a pris l’ascendant sur tout aspect positif. Pourtant, il en va de l’efficacité de la peine que la prison rende à la société des individus psychologiquement, socialement et professionnellement en progrès par rapport au début de leur peine.

50%
De récidive
En Belgique, plus de 50% des détenus récidivent après une première peine.

Cet esprit ne doit pas venir uniquement chez les acteurs au sein des prisons. C’est à nous tous d’accepter qu’un condamné qui ait purgé sa peine puisse repartir de zéro, que l’être humain a le droit à l’échec, de se tromper et de se voir accorder le pardon. En Belgique, les procès largement médiatisés sont régulièrement le spectacle de réactions violentes et à vif sur ce que doivent devenir nos détenus. Il est de la responsabilité du politique de recentrer le débat. Et pour ce faire, fixons un cap audacieux: 0% de récidive après un passage en prison Belge. Une véritable volte-face. Oserons-nous ?

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