carte blanche

Tout ce que votre banquier ne vous dit pas

Le Brexit nous rappelle que nos économies sont fragiles et il risque d’aggraver une situation déjà fort inquiétante.

1. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif

Suite à la crise de 2008, les banques centrales ont décidé de faire tourner leurs machines à billets pour réinjecter des fonds dans l’économie. Elles ont déversé à ce jour, à coup de "Quantitative Easing", des milliers de milliards de dollars dans l’économie mondiale: près de 20.000 milliards de dollars, soit 30% du PIB mondial!

Ces montagnes de cash ont donné l’illusion que cette création monétaire était une création de richesse. Cette politique monétaire est cependant un échec car ni le crédit, ni la consommation, ni l’inflation ne sont repartis à la hausse. L’argent est en réalité allé de banque en banque et elles l’ont investi sur les marchés financiers qui ont artificiellement gonflé, accentuant encore leur écart avec l’économie réelle.

On le voit bien, les économies ne décollent pas, ce qui prouve qu’un consommateur ne consomme pas davantage parce que les taux d’intérêt sont bas, mais parce qu’il a d’abord confiance dans l’avenir: "On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif".

Les banques vont donc être forcées d’instaurer des intérêts négatifs sur nos dépôts. C’est actuellement légalement interdit mais si la survie du secteur financier en dépend, on changera la loi.

2. La prochaine crise risque d’être encore plus violente

Plus la quantité de liquidités mondiales est abondante, plus les mouvements de capitaux sont accentués. Si les investisseurs prennent peur, cela risque donc d’être la panique et il y a un facteur aggravant: contrairement aux précédentes crises, les banques centrales auront épuisé toutes leurs munitions, à commencer par des taux directeurs nuls ou même négatifs. Leur marge de manœuvre sera donc quasi nulle en cas de catastrophe.

3. Nous allons devoir payer notre banque pour nos dépôts, comme on paie pour louer un coffre

Jusqu’il y a peu, les banques percevaient une rémunération pour leurs dépôts auprès de la BCE. À présent, elles doivent lui verser un intérêt. Cette situation inédite ne peut continuer à terme. Les banques ne peuvent payer plus d’intérêts à leurs clients que ce que leur rapportent leurs actifs car elles doivent garder une marge d’intermédiation rentable. Les analystes de Goldman Sachs estiment à 32 milliards d’euros l’impact du Brexit sur les bénéfices des établissements bancaires européens en 2018 – soit une révision à la baisse de plus de 10% des résultats attendus.

Les banques vont donc être forcées d’instaurer des intérêts négatifs sur nos dépôts. C’est actuellement légalement interdit mais si la survie du secteur financier en dépend, on changera la loi.

©AFP

4. L’interdiction du cash rendrait possible l’arbitraire

Il est de plus en plus question d’interdire totalement le cash. Officiellement, c’est pour lutter contre le blanchiment d’argent, le terrorisme, la fraude fiscale. D’autres estiment que c’est plutôt pour davantage contrôler l’économie. En effet, une interdiction du cash combinée à des intérêts négatifs oblige à investir dans l’économie puisqu’il faut payer pour laisser son argent sur son compte.

La suppression du cash serait cependant une grave atteinte à nos libertés:

- En cas de crise financière et bancaire, notre seule défense est de pouvoir retirer notre argent et dans une société sans espèces, cela deviendra impossible.

- Une société sans cash pourrait donner à l’État un droit de regard sur tous nos achats et ventes.

- Une société sans cash rendrait possible la mise au ban de la société d’un individu de façon instantanée. Sans aucune procédure légale, avec seulement l’intervention d’un fonctionnaire habilité ou même par une erreur technique, nos comptes pourraient être bloqués et nous ne pourrions plus effectuer aucun achat d’aucune autre façon.

5. BRRD, une directive qui fait froid dans le dos

Depuis le 1er janvier, la directive européenne BRRD (Bank Recovery and Resolution Directive) s’applique dans tous les pays européens et elle permet aux banques en difficulté de solliciter leurs actionnaires, les détenteurs d’obligations et les déposants. Cette directive protège les comptes de moins de 100.000 euros mais n’oublions pas que les épargnants chypriotes détenant plus de 100.000 euros ont subi la confiscation de jusqu’à 60% de leurs avoirs en 2013.

Les épargnants disposant de moins de 100.000 euros n’ont pas subi de ponction mais à l’époque, le pays avait bénéficié d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros. Il y a donc eu à la fois un "bail-out" (le renflouement externe de l’UE et du FMI) et un "bail-in" (le renflouement interne, c’est-à-dire la ponction des comptes).

Par contre si une crise bancaire devait toucher un grand pays comme l’Espagne ou l’Italie, une aide comparable se chiffrerait en centaines de milliards d’euros et l’UE et le FMI ne pourraient l’apporter. C’est donc vers les déposants que l’on se retournerait et le risque est grand que tous les comptes pourraient être ponctionnés, même ceux de moins de 100.000 euros.

L’Espagne s’améliore mais reste toujours très fragile avec un taux de chômage très élevé (22,5%) et le système bancaire italien est actuellement en très grave crise. En cause, des crédits douteux de l’ensemble du secteur bancaire italien qui dépasseraient 20% du PIB du pays. Nous sommes ici proches d’un scénario catastrophe.

7. En conclusion, il faut être "hors monnaie" et acheter des actifs tangibles.

Certains épargnants sont dès lors attirés par des investissements tels que voitures de collection, œuvres d’art, bouteilles de vins, etc. Je conseille cependant d’éviter ces investissements alternatifs qui peuvent être très risqués pour le néophyte.

L’immobilier reste par contre l’actif tangible de référence. Si vous investissez par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement immobilier, vous n’aurez rien à gérer et vous pourrez dès lors même vous diriger vers des investissements immobiliers à l’étranger où de bien meilleurs rendements sont possibles. Une alternative très avantageuse à laisser son argent sur un compte en banque qui ne rapporte rien et qui risque de nous jouer de bien mauvais tours.

Les crédits douteux de l’ensemble du secteur bancaire italien dépasseraient 20% du PIB du pays. ©Bloomberg

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