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Transformer la Belgique en champion de l'internet

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Avec plus de 4,5 millions de points d’accès, nous disposons d’une ressource unique qui peut être rapidement déployée pour être utilisable dès le lancement des réseaux 5G.

En une vingtaine d’années, l’accès à Internet est passé d’un marché de niche à une commodité qui est aujourd’hui aussi importante que la connexion au réseau électrique. En Belgique, l’accès à Internet se fait principalement à travers les réseaux fixes (xDSL et câble) et mobiles (3G, 4G et bientôt 5G).

Carmelo Zaccone et Olivier Bonaventure

Respectivement conseiller en innovation numérique et professeur à l'UCL

La complexité institutionnelle de la Belgique a un impact sur le déploiement des réseaux mobiles puisque des normes différentes s’appliquent dans les différentes régions. La région bruxelloise a adopté des normes de rayonnement très restrictives et Agoria a tiré la sonnette d’alarme sur la difficulté qu’ont les opérateurs de supporter la croissance du trafic mobile.

Pour la 5G, la situation est pire puisque la procédure permettant d’attribuer les licences pour les fréquences nécessaires n’est pas encore lancée. Pour des raisons techniques, les signaux des réseaux 5G pourront plus difficilement pénétrer dans les bâtiments que les technologies précédentes.

Face à ce problème, les opérateurs pourront soit augmenter le nombre d’antennes et leur puissance pour que le signal pénètre dans tous les bâtiments, soit être créatifs et profiter des réseaux Wi-Fi qui sont de plus en plus présents dans nos bâtiments.

Volonté de collaboration entre les opérateurs

Proximus et Orange ont récemment décidé de regrouper leurs équipes qui déploient les réseaux mobiles dans une même entité qui sera responsable de l’installation et de la gestion de leurs réseaux respectifs. Ce rapprochement est facilité par le fait que ces deux opérateurs utilisent le même fournisseur.

Cette coopération contraste avec les longues batailles juridiques que Proximus puis Telenet et Voo ont menées contre le dégroupage des lignes téléphoniques et plus récemment du câble.

Cette volonté de collaboration entre des opérateurs belges est une opportunité unique pour aller un pas plus loin. A côté des réseaux cellulaires, le dernier rapport de l’IBPT recense plus de 4,5 millions d’accès Internet à large bande. La quasi totalité de ces connexions sont associées à un point d’accès Wi-Fi qui rayonne dans le bâtiment où il est installé et un peu autour de celui-ci, même si il n’est utilisé que par ses propriétaires.

Si les millions de réseaux Wi-Fi pouvaient être accessibles à tous les Belges, ils mettraient notre pays en pointe au niveau de la couverture Internet et compléteraient avantageusement les réseaux 5G lorsque ceux-ci seront déployés.
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Les opérateurs belges ont proposé des solutions de partage des réseaux Wi-Fi (Voo Homespot, Proximus Public Wi-Fi, Telenet Wi-Free), mais celles-ci restent peu utilisées et un abonné Proximus doit configurer manuellement son smartphone pour utiliser le Wi-Fi Telenet de son oncle. Si ces millions de réseaux Wi-Fi pouvaient être accessibles à tous les Belges, ils mettraient notre pays en pointe au niveau de la couverture Internet et compléteraient avantageusement les réseaux 5G lorsque ceux-ci seront déployés.

Le partage des réseaux Wi-Fi est loin d’être une utopie. En Belgique, les étudiants de l’enseignement supérieur profitent depuis plusieurs années d’eduroam.

Grâce à cette technologie, tout étudiant d’une université d’une centaine de pays peut utiliser le réseau Wi-Fi de n’importe quelle autre université. Pour ce qui est du secteur privé, de nombreux partenariats, plus ou moins commerciaux, existent. Proximus s’était associé avec la société FON. L’opérateur avait ainsi ouvert pour ses clients (qui acceptent le partage de leur propre connexion) la porte de plus de 23 millions de points d’accès complémentaires en dehors de la Belgique.

De son côté, Telenet s’est vu ouvrir à ses abonnés les portes du réseau de points d’accès de sa maison mère Liberty Global. VOO a également déployé une solution pour ses abonnés et leur permet d’accéder aux points d’accès Wi-Fi de Telenet. Malheureusement, un client Proximus ne peut pas aujourd’hui facilement accéder au réseau Wi-Fi d’un abonné Telenet ou Voo et inversément.

Coexistence Wi-Fi et 5G

La technologie utilisée avec succès dans nos universités pourrait facilement s’appliquer à cette utilisation commerciale. Le compte de notre fournisseur, l’identification SIM téléphone ou notre identité citoyenne (www.itsme.be) servant de sésame unique à l’ensemble des réseaux. Les pouvoir publics, via des administrations communales, des bibliothèques, des écoles ou des CPAS pourraient aussi y participer pour permettre à tous nos citoyens de bénéficier du meilleur accès à Internet.

A côté d’améliorations en termes de débit et de latence, les nouveaux réseaux 5G seront aussi conçus de façon à faciliter la co-existence entre le réseau cellulaire et les réseaux Wi-Fi mais aussi avec d’autres technologies radios.
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A côté d’améliorations en termes de débit et de latence, les nouveaux réseaux 5G seront aussi conçus de façon à faciliter la co-existence entre le réseau cellulaire et les réseaux Wi-Fi mais aussi avec d’autres technologies radios. Les derniers standards pour les réseaux 5G intègrent une solution développée par Tessares, spinoff de l’UCLouvain qui permet l’utilisation efficace de plusieurs réseaux.

Graĉe à cette technologie belge, un smartphone 5G pourra à tout moment sélectionner le réseau 5G ou le réseau Wi-Fi en fonction de critères de performance ou de coût de façon à maximiser la qualité perçue par l’utilisateur. Avec plus de 4,5 millions de points d’accès, nous disposons d’une ressource unique qui peut être rapidement déployée pour être utilisable dès le lancement des réseaux 5G.

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