carte blanche

Vers la mise en place d'une véritable défense européenne?

Stéphanie Heng

L'Union, qui au départ avait été créée pour "pacifier" un continent, s'est probablement sensiblement écartée de sa route initiale en concentrant son activité sur des domaines essentiellement économiques. Elle entame aujourd'hui sa mutation.

Par Stéphanie Heng,
Politologue franco-belge, experte en communication et commandant de la Réserve citoyenne de défense et de sécurité - Armée de Terre (France)

Hormis des conflits dans des pays hors UE, tels que l’ex-Yougoslavie, force est de constater que depuis quelque 70 ans le continent européen n’a connu aucune guerre. Ces dernières années ont par ailleurs été marquées par des avancées dans la politique de sécurité et de défense commune (PSDC).

La MPCC en est un exemple récent, concret et porteur, traduisant la volonté des états membres de se doter enfin d’une structure permanente pour conduire les opérations de l’UE.

Ces avancées sont nécessaires, dans un contexte géopolitique complexe et tendu, marqué notamment par le conflit syrien, et son corolaire qu’est l’émergence de la Russie, qui, faut-il le rappeler, ne partage pas la totalité des idéaux de vie commune et de démocratie de l’UE, comme acteur international dans le règlement de conflits régionaux. Une situation finalement prévisible tant le silence de l’UE paraît assourdissant sur cette question syrienne…

Un réel pas en avant

L’Union, qui au départ avait été créée pour "pacifier" un continent, s’est probablement sensiblement écartée de sa route initiale en concentrant son activité sur des domaines essentiellement économiques. Elle entame aujourd’hui sa mutation.

La MPCC apparaît comme un véritable pas en avant car pour la première fois, les structures de la PSDC vont se doter d’une capacité permanente de planification et de conduite des opérations, certes limitée dans un premier temps aux missions non exécutives, mais répondant à un besoin de coordination et d’unicité de commandement.

Le rythme de transformation de l’UE en matière de PSDC reste lent, mais la volonté politique semble toutefois au rendez-vous des enjeux. Il faut bien comprendre que l’Europe ne se construit pas au profit d’un pays, mais d’une communauté dont les intérêts peuvent diverger, y compris dans le domaine "défense".

Cette nouvelle structure, même si son format et son périmètre peuvent paraître modestes, constitue donc indubitablement une avancée dont la portée ne doit être ni surestimée, ni surtout sous-estimée. Plus globalement, ce type d’initiative, qui s’inscrit pleinement dans la prise en compte d’une des préoccupations des peuples européens (par exemple la sécurité), doit être encouragé.

L’Union entame sa mutation

L’Union, qui au départ avait été créée pour "pacifier" un continent malmené par des conflits récurrents dont deux guerres mondiales, s’est probablement sensiblement écartée de sa route initiale en concentrant son activité sur des domaines essentiellement économiques. Elle entame aujourd’hui sa mutation.

Alimentée par un "carburant politique" certain, elle se place dans une configuration qui devrait lui permettre de s’orienter vers une meilleure prise en compte de ses enjeux de défense.

Cette "common security approach" ne pourra cependant être envisagée sans la collaboration de l’Organisation du traité de l’atlantique nord (Otan), partenaire privilégié et complémentaire de l’Union, notamment pour les missions exécutives, et selon le principe de non-duplication des capacités.

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