carte blanche

Vers une précarisation du statut militaire en Belgique?

Stéphanie Heng

Il est intéressant de se pencher sur les récentes déclarations et discussions, en Belgique, quant à l’allongement du départ à la retraite des militaires, et les risques éventuels en termes de perte d’efficacité et, par conséquent, en réactivité, de l’armée. Tests sportifs obligatoires jusqu’à cinq ans de la pension, révocation du statut de carrière pour des motifs potentiellement contestables, projet de réforme des retraites des militaires laissent à penser qu’aujourd’hui, nous allons vers une forme de précarisation du statut du militaire en Belgique.

Stéphanie Heng
Politologue franco-belge, experte en communication,
commandant dans la Réserve citoyenne de défense et de sécurité - Armée de Terre (France)

Une grande prudence doit être apportée dans le traitement statutaire des militaires. En effet, si ce métier doit être considéré comme particulier, c’est que l’engagement et le potentiel sacrifice consentis par les femmes et les hommes qui s’engagent dans le métier des armes est "hors norme".

Le militaire n’agit pas par lui-même mais par ordre. Il consent à servir le pays au péril de sa vie. Cette seule spécificité justifie que les militaires ne puissent être comparés à aucun autre corps de la fonction publique.

 

Rappelons par ailleurs que la surchauffe des armées européennes en général, et belge en particulier, due notamment au rythme d’engagement en missions intérieures et extérieures, doit être surveillée avec la plus grande attention. En effet, il ne serait pas opportun, en ces temps où les politiques sécuritaires deviennent prioritaires, qu’une désaffectation pour les engagements au service du pays se marginalise. Il convient d’être extrêmement vigilant vis-à-vis des messages politiques et sociaux envoyés vers ces représentants de l’État et vers ceux qui seraient tentés de les rejoindre.

Nouvelles mesures et réformes

Les tests sportifs deviennent statutaires pour les militaires en Belgique, et cela jusqu’à cinq ans de la pension. En d’autres termes, un militaire qui ne satisfait plus aux évaluations, qu’elles soient professionnelles, médicales ou sportives, se verra perdre son statut. Si cette nouvelle mesure peut paraître logique pour cette profession exigeante, elle est susceptible de supprimer toute "profondeur de champs" dans la possibilité de carrières longues.

©BELGAIMAGE

En outre, la réforme de principe du gouvernement belge en date du 15 octobre 2016 implique une rentrée des militaires belges dans le socle commun de la pension à l’horizon 2030.

56
militaire
Pour le moment, les militaires belges partent à la retraite via une pension par limite d’âge à 56 ans.

Pour le moment, les militaires belges partent à la retraite via une pension par limite d’âge à 56 ans, et cela quelle que soit la durée effective de la carrière. La conclusion de mon article du 12 octobre dernier posait déjà les bases d’une réflexion sur les discussions quant au rallongement du départ à la retraite des militaires belges et les implications de telles mesures sur la nécessité d’avoir une armée jeune et réactive.

Excellentes conditions physiques et jeunesse sont indispensables à une armée réactive et efficace sur le terrain. Il semble alors nécessaire de s’interroger sur l’utilité d’offrir des parcours de carrière cohérents pour les militaires plus âgés, qui restent dans l’institution.

Nouvelles vocations

Un citoyen s’engage, en principe, dans l’armée car il dispose d’une certaine vision de la société, de l’État. Il se met alors au service du ministère de la Défense. Précariser la situation des militaires, en Belgique, risque d’avoir pour effet un désengagement, voire une situation de rupture.

Les carrières doivent également rester attractives pour des raisons de turn-over. Une précarisation viendrait contrarier les éventuelles vocations…

Pour les plus jeunes, une première expérience dans l’armée peut aider à acquérir une expertise et des valeurs utilisables ultérieurement, dans le secteur privé. Il s’agit d’offrir aux militaires des possibilités de progression claires et cohérentes, afin de continuer de leur donner un but, une raison de servir. Les carrières doivent également rester attractives pour des raisons de turn-over. Une précarisation viendrait contrarier les éventuelles vocations…

Si l’objectif du gouvernement est de diminuer le format de l’appareil militaire belge, il convient d’une part de s’interroger sur le bien-fondé d’un tel objectif dans la période actuelle et d’autre part d’imaginer une "boîte à outils" pour permettre à ces serviteurs de l’État de partir dans la dignité (retraite anticipée à des conditions précises, possibilités de reclassement dans le secteur privé…).

Contexte sécuritaire

©Photo News

La situation sécuritaire de plus en plus prégnante en Europe, et en Belgique en particulier, eu égard à la menace terroriste, amène à maintenir les militaires dans les rues afin d’assurer la sécurité des citoyens.

Aujourd’hui, plus que jamais, les militaires sont déployés à l’étranger, et pas seulement en Belgique.

Leur contribution essentielle à la sécurité des concitoyens nécessite une valorisation de la reconnaissance de leurs activités qui, dans le cadre du statut qu’ils embrassent, sont prêts à aller, pour la mission, jusqu’au sacrifice suprême, et non une dévalorisation de leur statut comme les récentes tendances le laissent entrevoir.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content