carte blanche

Vers une reconfiguration de la menace terroriste

Le retour en Europe de djihadistes européens est un problème commun à tous les Etats membres de l’UE. ©BELGAIMAGE

Par Stéphanie Heng
Politologue franco-belge, experte en communication
Commandant dans la réserve citoyenne de défense et de sécurité - Armée de Terre (France)

Si la défaite sur le terrain de l’organisation État islamique (EI) est désormais acquise et inéluctable, et que son emprise tant territoriale que démographique est aujourd’hui réduite à peau de chagrin, la menace terroriste n’a pourtant pas disparu. Force est de constater que nous sommes entrés dans une nouvelle phase: l’organisation EI va tenter d’adapter sa stratégie pour éviter une éradication effective.

À l’instar des Talibans après 2003, l’organisation État islamique (EI) va se soustraire progressivement à la logique de confrontation directe et classique. Elle bascule vers des modes d’action davantage et majoritairement clandestins, relevant de la guerre asymétrique (attentats, enlèvements, exécutions…). Cette situation permet à l’EI de préserver des ressources, tout en limitant son exposition.

Daech prospère sur le chaos. En Irak, l’EI continuera d’exploiter les failles et faiblesses, telles que la structuration tribale de la société ou encore le clivage sunnite/chiite, dans le but de maintenir un pouvoir de nuisance. La Syrie reste, quant à elle, une base arrière de l’organisation. Un constat s’impose: les foyers sont désormais multiples. La menace terroriste est largement présente chez nous, avec de nombreux djihadistes sur le sol européen.

L’UE doit s’investir dans la gestion de l’après-Daech

Face au pouvoir de résilience et d’adaptabilité de l’organisation EI, une première réponse, d’ordre politique, peut être apportée: il est nécessaire que l’Union européenne (UE) s’investisse dans la gestion de l’après-Daech dans l’ensemble des zones concernées.

En ce qui concerne l’Irak, il est essentiel de porter un regard attentif sur l’action du gouvernement irakien, et de se poser en arbitre ou en médiateur entre les différents acteurs en présence, dans le but d’éviter un éclatement du pays. Il convient également de s’assurer d’un suivi des procédures judiciaires anti-terroristes. Enfin, la consolidation de l’État fédéral et la formation des armées irakienne et kurde à la guerre asymétrique devront être vues comme des priorités.

En Syrie, il est utile de continuer de coopérer étroitement avec les forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes, en première ligne dans la lutte anti-EI, tout en veillant à ce que les Kurdes ne compromettent pas la stabilisation future du pays. Poursuivre la recherche d’une issue politique à la crise syrienne est indispensable pour espérer pouvoir mettre durablement l’EI en échec. Principal État membre de l’UE présent sur le terrain, la France a une carte importante à jouer.

Quant à la Libye, il faut œuvrer à l’unification des factions de Tripoli et de Tobrouk afin de poser les bases d’un État viable et d’assurer une stabilisation de la situation. Jean-Yves Le Drian, Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, s’est rendu en Libye début septembre pour rencontrer les différentes parties en présence. Cela s’inscrit dans la continuité du sommet organisé par le président français Emmanuel Macron en juillet, durant lequel le leader du gouvernement d’union national, Fayez Al-Sarraj, et celui de la faction de Tobrouk, le maréchal Khalifa Haftar, ont été mis en présence en vue de trouver une issue à la crise politique. Forte de ces initiatives, la France s’impose comme un acteur clé dans ce processus.

Un problème commun, une réponse concertée

Le retour en Europe de djihadistes européens est un problème commun à tous les Etats membres de l’UE. Une réflexion commune est dès lors souhaitable. Il serait par ailleurs nécessaire de faire le point sur les réussites et les échecs des programmes nationaux de déradicalisation et d’en tirer des conclusions globales au niveau européen. En parallèle, un contrôle efficace aux frontières extérieures de l’UE réduira les retours clandestins de djihadistes.

Quid du devenir des enfants et adolescents endoctrinés par l’organisation EI dans ses centres? Ces enfants ont été exposés à des situations traumatisantes et ont pour certains subi ou commis des violences. Le conditionnement dont ils ont fait l’objet représente un danger sécuritaire évident. L’UE se doit de mettre en place un programme ambitieux, afin de coordonner des actions visant à les rééduquer et à tenter de les réinsérer.

Une approche novatrice dans tout le spectre des sujets

Vous l’aurez compris, les défis qui s’offrent au monde de la sécurité, et plus particulièrement de la défense, sont importants. Mais ces défis nécessitent surtout la mise en place d’une approche novatrice, et cela dans tout le spectre des sujets.

On peut dès lors notamment s’interroger sur les récentes déclarations et discussions en Belgique quant à l’allongement du départ à la retraite des militaires. Il s‘agit d’un métier exigeant. Ne risque-t-on pas d’aller vers une fonctionnarisation accrue de l’armée, d’où une possible perte en efficacité et, par conséquent, en réactivité?

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