À cheveux grisonnants, remèdes innovants

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Le futur de nos aînés est dans leur maison. Selon une étude de Solidaris, trois quarts des personnes âgées ne disposent pas des revenus suffisants pour assumer le coût d’un séjour en maison de repos.

Par Alban Herinckx, Laetitia Van Hoecke et Maxime Parmentier. Entrepreneurs dans une start-up de solutions pour personnes âgées. Maxime est membre du Groupe du Vendredi.

 

Dix février, 6 heures. Il fait gris et humide. C’est un temps à rester chez soi. Mais Joanne, aide soignante, se hâte déjà pour débuter ses visites à domicile des personnes âgées qu’elle accompagne. Joanne ne voit pas le futur d’un bon œil: "Nous avons de moins en moins de temps pour visiter les patients, pourtant, il y a de plus en plus de besoins. C’est fatigant et inquiétant."

Les tendances confirment son inquiétude. Des millions de "baby boomers" prennent leur retraite, et vieilliront au-delà de 90 ans. La plupart souffrent déjà d’affections dites de longue durée et de maladies chroniques.

Et leur part grossit: il y aura 1 retraité pour 2,5 travailleurs actifs en Belgique dans 30 ans. C’est notre société tout entière qui devra s’adapter et se mobiliser pour les accompagner, à commencer par les autorités. Celles-ci devront encaisser une augmentation de 3,5% du PIB des coûts dus au vieillissement d’ici 2040. Soyons réalistes, il est peu probable qu’elles trouvent les budgets, en particulier ceux pour les plus vulnérables que sont les personnes âgées dépendantes. Le poids se portera alors sur les familles – cette génération "sandwich" jonglant entre temps plein, enfants et soin de leurs parents. Un emploi du temps insoutenable pour ce rôle d’aidant familial qui se traduit déjà par un nombre croissant d’absentéisme au travail et de dépressions.

D’aucuns vous diront que la maison de retraite est la solution. Ils ont tort. Selon une étude de Solidaris, trois quarts des personnes âgées ne disposent pas des revenus suffisants pour assumer le coût d’un séjour en maison de repos. Et surtout, 80% d’entre eux ont le souhait de vieillir chez eux. Non, en réalité, le futur de nos aînés (et le nôtre) est dans leur maison. Ce constat n’est pas neuf.

Des solutions émergent

Heureusement, des solutions émergent pour une vie à domicile de qualité. Il faudra d’abord construire un modèle de soin plus personnalisé, axé sur la prévention. Et non alimenter un soin générique et réactif. Car gériatres et infirmières à domicile en témoignent: trop de personnes âgées sont hospitalisées parce qu’elles ne reçoivent pas le bon soin au bon moment. Et ceci, simplement par manque de coordination des services ou d’informations sur leur état de santé. Les systèmes sont archaïques: des cahiers de papier pour annoter les observations de santé, et un système de bouton pressoir pour alerter les services d’urgence. C’est formidable de construire des voitures autonomes, mais quid de milliers de dames âgées gisant au sol depuis 1 jour parce qu’aucune technologie récente n’a pu détecter leur chute dans la salle de bains?

 

Les solutions passent par une digitalisation des outils des professionnels du soin, mais aussi par l’utilisation d’objets connectés qui détectent les comportements anormaux des personnes âgées.

Par où commencer? Tabler sur le pari que fait le Royaume-Uni avec le plan à 10 ans du National Health System (NHS) mettant l’accent sur l’accompagnement préventif. À la clé? Des milliards d’économies et une population qui vit plus longtemps certes, mais en meilleure santé. À Londres, des dizaines de start-ups travaillent en Healthtech afin de révolutionner l’industrie. Elles agrègent et analysent les données des patients afin de personnaliser l’accompagnement et vont jusqu’à anticiper les pépins de santé. Du diagnostic de maladies chroniques comme Alzheimer à la détection de marqueurs de cancers, nous pouvons voir mieux, plus vite, et pour plus de monde. Cela passe par une digitalisation des outils des professionnels du soin, mais aussi par l’utilisation d’objets connectés qui détectent les comportements anormaux et permettent la prise de données médicales plus régulière hors des espaces médicaux. On parle de 30% de réduction des hospitalisations. Ce qu’il nous faut, c’est un système de soins intégré où professionnels, aidants familiaux et surtout patients concernés communiquent bien et sont guidés pour gagner en efficacité de traitement et en temps.

Les solutions existent déjà. Il s’agit aux pouvoirs publics de les soutenir et d’en organiser la mise en place. À commencer par des pilotes afin d’évaluer les solutions les plus prometteuses, sans perdre de temps. Parce que du temps, Joanne, elle en a de moins en moins. Et qu’elle, ainsi que ses milliers de collègues, bénéficierait de nombre d’outils digitaux pour prester un soin personnalisé et préventif qui offrirait de belles années à ses patients.

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