carte blanche

Après la grève

Économiste, Fondation Joseph Jacquemotte

La grève du 10 octobre dernier a mis à jour une nette disparité entre la Flandre et la Wallonie.

Par Xavier Dupret
Économiste Fondation Joseph Jacquemotte

Le 10 octobre 2017, la FGTB lançait une grande mobilisation dans le pays. La poste et les transports en commun étaient particulièrement touchés. La perspective d’un droit de grève encadré par une obligation de service minimum a fait couler beaucoup d’encre, d’Aywaille à Uccle, chez les partisans de la gauche "alter". À lire ces derniers, Germinal serait à nos portes avec son cortège d’insurrections conduisant des hordes d’ouvriers armés dans les jardins des notables.

Certes, la grève du 10 octobre a bien mis au jour un clivage au sein de la société belge. Mais cette opération doit davantage aux analyses de Jules Destrée qu’à celles d’Émile Vandervelde. Une nette disparité s’est manifestée entre la Flandre et la Wallonie.

En Flandre, certains trains ont été supprimés mais toutes les lignes ont été desservies. La circulation a été optimale entre Anvers et Bruxelles de même qu’entre Gand et Anvers. Entre Gand et Bruxelles, une majorité de trains a circulé (3 sur 5). Il en fut de même entre Louvain et Bruxelles.

De plus, 70% des chauffeurs De Lijn étaient derrière leur volant. À BPOST, les tendances étaient similaires. On pourra toujours objecter que l’ACOD, le pendant flamand de la CGSP, est minoritaire au Nord du pays.

Cela revient à dire que les travailleurs flamands sont, au jeu de la démocratie économique et sociale, majoritairement (et donc légitimement) représentés par des syndicats qui, face à la perspective d’un encadrement du droit de grève, ne débraient pas.

Image d’Épinal à démentir

On voit poindre, au passage, une image d’Épinal à démentir. En l’occurrence, celle d’une Wallonie couverte de piquets de grève face à une Flandre aussi austère que laborieuse. Il n’est pas si simple de vérifier que la Flandre serait moins "grévicultrice" que la Wallonie.

En cette matière, la question du siège social de la maison-mère fausse les perspectives. Lorsqu’on fait, par exemple, grève dans un Delhaize à Bruges, l’action est statistiquement comptabilisée comme ayant frappé la région bruxelloise.

L’existence de tels biais statistiques doit conduire à relativiser la thèse qui veut qu’en divisant le nombre de jours de grève par le nombre de travailleurs, la Wallonie connaît un taux de grève supérieur à la Flandre.

En définitive, il semble que le facteur de différenciation ressortit moins à la communauté linguistique qu’au secteur d’activité ainsi qu’à des facteurs d’histoire sociale locale. Les bassins industriels de la province de Liège et du Hainaut sont plus fréquemment le théâtre de grèves contrairement à d’autres parties de la Wallonie où on retrouve des taux comparables à la Flandre, voire même inférieurs à la province d’Anvers.

La question d’explosions de violence spontanée, en cas de limitation du droit de grève, ne devrait donc concerner à l’avenir que des régions de Wallonie en proie à une profonde désindustrialisation.

Paupérisation

Et si cette dernière tendance perdure, on devra moins craindre pour ces bassins des jacqueries qu’une paupérisation résultant de taux d’emplois déprimés et conduisant à une désaffiliation syndicale massive. Celle-ci pourra, d’ailleurs, être masquée par des taux de syndicalisation importants liés à l’activité d’indemnisation de chômage.

Les travailleurs sans emploi ne disposent pourtant guère de possibilité de conflictualisation sociale. Et c’est tout autant leur drame, d’ailleurs, à l’intérieur qu’à l’extérieur des structures syndicales.

Il revient, dès lors, à ces dernières, pour justifier du bien-fondé de leurs moyens d’action, de proposer un modèle de développement pour la Wallonie industrielle à la dérive.

Sortir de ce cadre pour affirmer abstraitement l’existence intangible de droits constitue une pure perte de temps. Et de vision…

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