carte blanche

Assurer la sécurité sociale

Cofondateur et économiste, Orcadia Asset Management

Financer la Sécu sur la base du travail presté en Belgique est hautement dommageable. Le financement du futur? Un mélange de taxe sur la valeur ajoutée non humaine, de responsabilisation des employeurs et de fiscalité environnementale.

Car il est toujours bon de rappeler les vérités essentielles, la sécurité sociale constitue une formidable avancée humaine. D’abord justifiée par une exigence éthique, la sécurité sociale a aussi prouvé son extraordinaire efficacité. Ainsi, les pays d’Europe occidentale consacrent moins de moyens à la santé que les États-Unis, mais pour de meilleurs résultats. Et l’expérience sud-américaine montre que la privatisation des retraites entraîne une explosion des dépenses administratives, en particulier de publicité.

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Sans oublier que la sécurité sociale exerce une salutaire fonction stabilisatrice face aux chocs économiques et assure une redistribution des revenus qui non seulement dope la consommation agrégée mais sert aussi la productivité par l’investissement dans l’éducation qu’elle stimule et la cohésion sociale qu’elle promeut.

Loin de les nier, ces incomparables états de service doivent inviter à accorder la plus grande attention aux défis auxquels est soumise la sécurité sociale telle que la connaissent les pays dits rhénans. Ils sont multiples, tant en termes de dépenses que de financement.

Croissance molle

En matière de retraites, l’équation est connue. Les régimes de répartition sont mis à l’épreuve d’un choc démographique, un choc qui, certes, ne sera que transitoire, mais une transition qui s’étalera sur un demi-siècle. Avec moins d’entrants sur le marché du travail, une entrée souvent plus tardive, et une espérance de vie augmentée, il n’y a, de manière schématique, que trois options: allouer aux retraites une part croissante des ressources nationales, comprimer le montant moyen des retraites ou réduire la durée moyenne des prestations en regard de la durée moyenne des cotisations.

Si la croissance était vigoureuse et les autres besoins collectifs satisfaits, nous pourrions affecter les fruits de la hausse du PIB aux retraites; mais le contexte actuel est différent: la croissance est molle et les besoins autres, notamment de financement de la transition environnementale, sont connus. Comprimer les retraites n’est pas une option, et certainement pas en Belgique où la retraite n’est pas grasse pour celui qui a une carrière complète derrière le dos comme salarié ou indépendant.

La sécurité sociale exerce une salutaire fonction stabilisatrice face aux chocs économiques et assure une redistribution des revenus.
Etienne de Callataÿ
Co-fondateur et économiste, Orcadia Asset Management

Cela invite à considérer comme nécessaire l’allongement de la durée effective de carrière, en parallèle avec un relèvement du taux d’emploi. Il s’agit ici de privilégier la durée de carrière sur l’âge de la retraite, d’harmoniser les statuts entre fonctionnaires statutaires et salariés, de revoir le traitement des années assimilées et de s’entendre sur une véritable reconnaissance de la pénibilité des métiers, qui doit aller de pair avec la responsabilisation financière des employeurs.

Les autres domaines de la sécurité sociale demandent, eux aussi, à évoluer, en particulier s’agissant de l’autre grand poste de dépenses que sont les soins de santé, un poste encore plus difficile à bien gérer. En effet, en santé, jouent non seulement la démographie mais aussi le progrès technologique et l’aspiration à mettre celui-ci au service du plan grand nombre, ainsi que l’émotivité, qui rend difficile les arbitrages budgétaires. En témoignent le cas de Pia, victime d’une maladie rare, ou l’émoi autour de la recommandation de fermer certaines maternités.

La prévention, parent pauvre

En santé, joue aussi la décentralisation de la dépense, qui transite par des prestataires, médecins et hôpitaux, qui ont des incitants financiers spécifiques. Il y a aussi à voir que la prévention a toujours été largement ignorée, souffrant d’un sous-financement court-termiste, du découpage institutionnel et d’une absence de volonté de responsabiliser. Le cas du sucre, et donc du diabète, et celui de la pollution sous toutes ses formes sont patents.

Du côté du financement, il est aujourd’hui communément accepté que financer la sécurité sociale en Belgique sur la base des revenus du travail presté en Belgique est hautement dommageable. Cela revient à inciter à substituer des machines aux humains et à donner une prime de compétitivité aux pays qui pratiquent le "dumping social" ou qui financent leurs services sociaux sur une autre base.

Il est paradoxal que taxer les biens et services à la mesure de leur pollution, tant domestique qu’importée, est souvent perçu comme antisocial et pas le fait de taxer le travail effectué en Belgique.
Etienne de Callataÿ
Co-fondateur et économiste, Orcadia Asset Management

Le nombre d’emplois vacants a beau être élevé, nous devons encore en 2020 nous soucier de promouvoir l’emploi et, au-delà, une activité moins intensive à la fois en capital et en importations. Il est paradoxal que taxer les biens et services à la mesure de leur pollution, tant domestique qu’importée, est souvent perçu comme antisocial et pas le fait de taxer le travail effectué en Belgique.

Le financement du futur pour la sécurité sociale devra incorporer une taxe Sismondi sur la valeur ajoutée non humaine, une responsabilisation des employeurs pour les métiers pénibles et le reclassement des employés remerciés, l’internalisation du coût de la pollution et un ajustement fiscal aux frontières pour empêcher la course au moins-disant social et environnemental.

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