carte blanche

Au Carrefour des opportunités

Antoine de Borman

Une révolution des pratiques dans les entreprises doit s’opérer. Il devient en effet indispensable de procéder à un "knowledge lift" à l’instar de la Suède pour garantir qu’aucun travailleur ne soit demain un analphabète du numérique. Les employeurs comme Carrefour doivent être responsabilisés à cet égard : l’adaptation des compétences de leurs employé(e)s est de leur responsabilité.

©DOC

Par Antoine de Borman
Directeur du CEPESS, centre d'études du cdH

La restructuration annoncée chez Carrefour ces dernières semaines a frappé les esprits. Car si le secteur de la grande distribution continue de créer de l’emploi, année après année, cette augmentation de l’emploi connait un net ralentissement. 1.600 emplois ont été créés dans ce secteur en 2014, mais les emplois créés les trois années suivantes n’ont ensemble pas dépassé 1.200 unités.

Comment envisager l’avenir dès lors dans ce contexte pour ce secteur qui est le premier pourvoyeur d’emplois du secteur privé ?

Les hypermarchés perdent de leur attrait, au profit des enseignes plus locales et ancrées dans les quartiers. L’e-commerce se développe, y compris pour les achats du quotidien. Les enseignes alternatives prennent de l’ampleur.
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Or ce ralentissement du secteur de la grande distribution alimentaire ne présente probablement que les prémisses d’évolutions futures. Les habitudes des consommateurs sont en effet en mutation. Les hypermarchés perdent de leur attrait, au profit des enseignes plus locales et ancrées dans les quartiers. L’e-commerce se développe, y compris pour les achats du quotidien. Les enseignes alternatives prennent de l’ampleur.

Economie 4.0

©REUTERS

Surtout, l’automatisation et la robotisation de tâches logistiques n’en sont qu’à ses débuts. Des tâches de plus en plus complexes sont amenées à être réalisées demain par des engins automatisés pour la gestion des denrées et leur manipulation. L’intelligence artificielle permettra d’assurer la gestion des stocks et la commande des produits. L’analyse des " big data " issues des achats des clients permettra de mieux encore adapter l’offre et la gamme des produits à l’évolution des souhaits des consommateurs.

Cette transition vers l’économie 4.0 va s’accompagner d’une formidable mutation des postes de travail existants. Par la création de nouveaux métiers, sûrement. Par la transformation des fonctions existantes. Et par l’extinction aussi, d’un certain nombre de métiers actuels.

Il est difficile d’anticiper dès à présent l’impact de ces évolutions et la part que prendront ces trois catégories distinctes. On ne peut que constater la diversité des conclusions livrées par les études menées sur le sujet. Mais nous avons une certitude : celui qui n’anticipe pas cette mutation ne pourra que la subir.

A cet égard, une révolution des pratiques dans les entreprises doit s’opérer. Il devient en effet indispensable de développer un effort massif pour adapter les compétences à ces nouvelles évolutions. De procéder à un "knowledge lift" à l’instar de la Suède pour garantir qu’aucun travailleur ne soit demain un analphabète du numérique.

Les employeurs comme Carrefour doivent être responsabilisés à cet égard : l’adaptation des compétences de leurs employé(e)s est de leur responsabilité. Cette adaptation nécessite qu’on se donne les outils les plus ambitieux.

Vers un compte-formation ?

Pourquoi ne pas, par exemple, ouvrir pour chaque travailleur un compte-formation, lui permettant de bénéficier d’un droit individuel à la formation lié ou non à son poste de travail actuel ?
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Pourquoi ne pas, par exemple, ouvrir pour chaque travailleur un compte-formation, lui permettant de bénéficier d’un droit individuel à la formation lié ou non à son poste de travail actuel ? Ce compte-formation serait alimenté progressivement au fil de sa carrière professionnelle et assurera que les travailleurs soient en mesure de s'adapter aux nouvelles évolutions et exigences du marché de l’emploi.

Les efforts déployés seraient inversement proportionnels aux qualifications de base du travailleur : ce sont en effet les travailleurs les moins qualifiés sur qui reposent le plus les risques liés aux mutations numériques de notre écosystème économique.

©Photo News

Si les risques ne doivent pas être minimisés, ils cachent toutefois des opportunités réelles. Ainsi, l’automatisation et la robotisation de tâches lourdes ouvriront aux femmes des professions, par exemple dans la manutention, où les hommes sont ultra-majoritaires. Des femmes justement très majoritaires dans le secteur de la distribution… A nouveau, la condition nécessaire pour que les femmes bénéficient pleinement de ces opportunités nouvelles est de veiller à ce qu’elles disposent des compétences nécessaires pour accéder à des métiers devenus plus techniques que manuels.

Au vu de ces enjeux, la question de l’octroi ou non de la prépension à 58 ans parait quelque peu dérisoire. Si elle semble en effet totalement légitime pour les travailleurs qui aspirent à quitter ce monde du travail, elle est également le reflet de la collectivisation de coûts qui devraient reposer principalement sur l’entreprise dont la responsabilité d’adapter les compétences de ses travailleurs aux évolutions décrites ci-dessus est majeure.

Concentrons-nous donc sur l’essentiel : celui de construire un modèle qui, avec les employeurs, permette de soutenir pleinement et avec ambition l’adaptation des compétences des travailleurs à l’ère numérique.

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