Aujourd'hui encore, "cinq minutes de courage politique" suffiraient

Baudouin Peeters, journaliste et analyste licencié en droit, tente de concilier les revendications flamandes et francophones pour dresser les contours d'un accord sur BHV. Il propose dix principes.

La vie politique belge est empoisonnée depuis 75 ans par des querelles linguistiques. Fin des années 20, une frontière linguistique " flottante " avait déjà été fixée, avec la possibilité de basculer d’un côté comme de l’autre, suivant les résultats du recensement linguistique décennal.

Quant tout a commencé...

En 1932, les francophones, convaincus de la supériorité de la langue française et de son rayonnement de par le monde, refusèrent le bilinguisme général. L’erreur d’appréciation paraît aujourd’hui capitale. Il faut cependant se replonger dans le contexte sociologique de l’époque pour bien la comprendre.

Certains analystes oublient de rappeler que le wallon était une langue bien vivante et, qu’à l’instar du français en Flandre, il était parlé par une part importante de la population. Il s’agissait donc plutôt d’un trilinguisme côté francophone et d’un bilinguisme côté néerlandophone.

De facto, le rouleau compresseur du mouvement flamand était lancé: en 1960, la fronde des 300 bourgmestres flamands refusant le volet linguistique du recensement et la fixation de la frontière linguistique, en 1963, furent autant de renoncements, contraires à l’esprit des pères fondateurs de l’Europe. Comme si la Belgique avait connu son dernier moment de douce euphorie à l’Expo 58, avant de se détricoter inexorablement avec comme point de départ notre fuite honteuse du Congo, où Congolais et Belges vivant là-bas furent abandonnés à leur triste sort.

Les marchands de tapis de 1963 avaient à cette occasion inventé un régime hybride de facilités et un arrondissement électoral bilingue complexe pour Bruxelles-Hal-Vilvorde. Pour couronner cette longue litanie de bricolages et cessions de principes contre des espèces sonnantes et trébuchantes, la province unitaire du Brabant fut scindée en 1995 avec la complicité d’un PSC moribond qui n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait été.

Aussi, quand notre cher Premier ministre avait dit, au lendemain de sa victoire électorale de 2007, qu’il ne fallait que cinq minutes de courage politique (" vijf minuten politieke moed ") pour régler le dossier BHV, il avait parfaitement raison. Hélas, force est constater que trois plus tard, nous n’avons pas avancé d’un centimètre.

Pire même: le pays sera sans gouvernement pour la future présidence européenne et les nationalistes flamands réclamant la scission du pays ont plus que jamais le vent en poupe.

La Flandre sera confortée au cendre-droit et la Wallonie plus que jamais ancrée à gauche.

A qui la faute? Aux flamingants et aux politiques flamands qui ont un agenda caché et qui veulent la fin du pays mais aussi aux francophones qui sont incapables d’entendre les revendications de la majorité numérique, notamment en termes de sécurité, d’immigration, de chômage ou de "goed bestuur".

Certes, nos communautés sont fort différentes, mais c’est aussi ce qui fait la singularité de notre pays et sa richesse comme laboratoire européen, au carrefour des cultures germanique et latine.

10 principes

Habitant aujourd’hui à Kraainem après avoir vécu 37 ans à Bruxelles, ayant un père louvaniste et une mère ouest-flandrienne, j’ai essayé d’entendre les revendications des uns et des autres pour tenter de dégager une solution de bon sens en 10 points qui ferait du Brabant le cœur de l’Europe et la région moteur de ce nouveau "Pacte des Belges". Elle se décline comme suit :

- On ne touche pas aux limites actuelles des Régions.

- La Région de Bruxelles-Capitale et les provinces "brabançonnes" (Vlaams Brabant et Brabant Wallon) conservent leur rôle linguistique respectif c’est-à-dire bilingue pour Bruxelles et unilingue pour les 2 Brabant.

- Le principe de la courtoisie linguistique est de mise, comme dans tout commerce, finalement: les documents administratifs (commune, intercommunale, incendie, SMUR, police, convocation élections) sont disponibles en 3 langues (néerlandais, français, anglais) dans l'ancien Brabant (Bruxelles, Vlaams Brabant et Brabant wallon)

- L'action en justice pour les habitants de l'ancien Brabant peut avoir lieu, au choix, en néerlandais ou en français devant une juridiction de sa langue maternelle (aussi bien pour un néerlandophone habitant Jodoigne que pour un francophone habitant Tervuren).

- Les facilités sont supprimées.

- L’arrondissement électoral bilingue de BHV est scindé.

- Les communes et les écoles situées dans l’ancien Brabant peuvent proposer et organiser un enseignement bilingue reconnu par les communautés.

- Les communautés flamande et française signent un accord de coopération culturelle et de partage des "best pratices".

- La convention-cadre sur la protection des minorités est ratifiée par la Belgique et ses différentes entités fédérées.

Le cours d’"inburgering" ainsi qu’un cours de la langue (si cette langue n'est pas maîtrisée) de la Région où on est domicilié est rendu obligatoire lors de l'inscription dans une commune à Bruxelles et dans les deux Brabant.

Cinq minutes de courage politique, pas plus. Et surtout du bon sens, tellement typique de la mentalité et de l’âme des Belges…l

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