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Biden à Bruxelles: un nouvel espoir transatlantique?

VUB Brussels School of Governance et Senior Research Fellow à Egmont

Favoriser la coopération transatlantique n'est pas un vain espoir, mais une nécessité stratégique.

Aujourd'hui, le président Joe Biden fait sa première apparition à Bruxelles. Cela comprend des consultations entre les chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN, ainsi qu'une réunion avec les dirigeants de l'UE. Demain, le président prendra le temps d'une visite à la famille royale et d'un contact bilatéral avec notre pays.

Qu'y a-t-il au programme ? Peut-on assister à une renaissance transatlantique après les difficiles années Trump ? Et notre pays a-t-il aussi son propre rôle à jouer là-dedans ? Une analyse sobre montre que le lien transatlantique – malgré les désaccords occasionnels – reste le fondement d'un continent européen sûr, uni et démocratique.

Alexander Mattelaer.

Biden propose un plan clair. En premier lieu, il vient réaffirmer le soutien américain en faveur de la sécurité européenne. Cela devrait aboutir à une révision du concept stratégique – disons la déclaration de mission – et au renforcement de la résilience de l'OTAN.

Il souhaite également travailler à nouveau en étroite collaboration avec l'UE. Cela couvre un large éventail de thèmes, allant de la modération de la concurrence fiscale à la formulation des normes technologiques mondiales. Une attention particulière est portée à la protection des valeurs démocratiques, qui sont partout sous pression. Comme dans la politique intérieure des États-Unis, Biden ne veut pas rester les bras croisés et donner à l'ordre mondial fondé sur des règles une refonte majeure.

Des Européens divisés

Les Européens sont divisés sur ces propositions. Un certain nombre de pays européens – en particulier ceux confrontés avec la menace existentielle posée par la Russie – sont étroitement alignés sur la ligne américaine.

Cependant, l'Allemagne reste prudente, notamment sur la ligne dure de Biden sur la Chine. Cela a tout à voir avec les intérêts commerciaux. Après tout, la Chine est devenue la principale destination des exportations allemandes, et la chancelière Merkel aimerait conclure un accord d'investissement européen avec la Chine.

La France, par contre, s'inquiète de la relative autonomie de l'UE vis-à-vis des États-Unis pour des raisons plus politiques. A fond il s'agit de la revendication française du leadership européen. Ceci s'appuie finalement sur la force de frappe nucléaire sur lequel l'Elysée seul – et non Bruxelles, Washington ou Berlin – exerce le contrôle.

Enfin, le Royaume-Uni est sur une corde raide après le Brexit. Ce faisant, elle s'est fortement engagée dans l'adhésion à l'Otan afin de maintenir des liens étroits avec les partenaires européens dans un autre cadre institutionnel.

Dans ce contexte, le positionnement belge est également pertinent. La position de carrefour qu'occupe notre pays sur la carte de l'Europe signifie que nous devons garder les choses ensemble. Cela n'est possible que si l'Otan et l'UE fonctionnent bien dans leurs missions essentielles, à savoir organiser la défense collective de l'espace euro-atlantique d'une part et la régulation économique et la prospérité en Europe d'autre part. Un dialogue politique constant dans les deux forums est crucial à cet égard. C'est précisément l'intention de la rénovation en cours de l'Otan : renforcer la coordination politique maintenant qu'un système de défense collective opérationnel est à nouveau indispensable.

L'attitude froide de la Belgique à l'égard de la proposition d'extension du financement conjoint de l'Otan pour des infrastructures conjointes tels que le SHAPE est difficile à comprendre.

Ces dernières années, la Belgique a principalement concentré sa politique sur le volet UE de l'ordre européen existant. Notre position au sein de l'Otan, en revanche, est soumise à des fortes pressions. Cela a beaucoup à voir avec la négligence de notre défense nationale, où heureusement un tournant est en vue. Mais il faut aussi un engagement politique pour reprendre notre position de membre fondateur et de pays d’hôte de l'Otan.

Après tout, la Belgique n'est pas épargnée par la menace émanant de la Russie et de la Chine – il suffit de penser à l'escalade des cyberattaques et des tentatives d'ingérence politico-économique. De plus, la Belgique a la responsabilité d'être aux côtés de ses alliés les plus vulnérables. Dans ce contexte, l'attitude froide de la Belgique à l'égard de la proposition d'extension du financement conjoint de l'Otan pour des infrastructures conjointes tels que le SHAPE est difficile à comprendre. La discussion intense sur le partage du fardeau a des conséquences de grande envergure pour notre crédibilité – non seulement vis-à-vis des États-Unis, mais aussi vis-à-vis de nos alliés européens.

Paradoxalement, la présidence de Donald Trump a souligné l'imbrication profonde de la construction européenne et du lien transatlantique. Avec le changement de direction dans la Maison Blanche, il est dans l'intérêt bien compris de toutes les parties de rendre cet enchevêtrement plus durable.

Tenter d'organiser la défense de l'Europe sans le soutien des États-Unis augmenterait de façon exponentielle le coût de notre défense.

Cela n'implique pas le statu quo avec les Européens qui externalisent leur sécurité aux États-Unis, mais la reconnaissance du fait que le lien transatlantique reste fondamental. Pour l'Europe, il s'agit de sa propre sécurité ainsi que des équilibres politiques internes ; pour les États-Unis avec la prise de conscience que les alliés sont nécessaires et méritent donc leur mot à dire.

Tenter d'organiser la défense de l'Europe sans le soutien des États-Unis augmenterait de façon exponentielle le coût de notre défense. Cela alimenterait également une bataille acharnée entre Berlin et Paris sur le contrôle politique de l'UE, mettant la pression sur la position des petits pays. Par ailleurs, relever les défis du futur – du défi climatique et la régulation de l'économie numérique à la protection de la démocratie – est un intérêt partagé. En ce sens, favoriser la coopération transatlantique n'est pas un vain espoir, mais une nécessité stratégique.

Alexander Mattelaer
Vice-doyen de la recherche à la VUB Brussels School of Governance et Senior Research Fellow à Egmont - l'Institut royal des relations internationales

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