carte blanche

Bruxelles risque de perdre sa place de capitale numérique

Carte blanche de Bianca Debaets (CD&V), députée au Parlement bruxellois et ex-secrétaire d'État bruxelloise à la Transition numérique

Le déploiement d'un réseau 5G reste un sujet brûlant au niveau de la politique bruxelloise. Voici quelques mois, au moment de la présentation de l’accord de Gouvernement, on a hélas dû déchanter. Il apparut alors clairement que l’intention de réussir à boucler rapidement ce dossier n’existait même pas. Et en fin de compte, on a compris que le dossier était toujours bloqué en partie parce que les licences n’étaient pas encore proposées à la vente. Mais aujourd’hui, le dossier revient à la une de l’actualité car une solution est apparue le week-end dernier. Cela devrait également permettre de déployer rapidement la 5G à Bruxelles, pour autant que la volonté y soit.

Il serait totalement incompréhensible de se voir dépassé à ce niveau par Anvers, Malines, Liège ou encore Charleroi.
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En tant que Bruxelloise et ancienne Secrétaire d'État à la Transition numérique, je continue d'insister sur le fait que Bruxelles doit conserver sa position de leader comme capitale numérique et championne du nombre de start-ups sur son territoire. Il serait totalement incompréhensible de se voir dépassé à ce niveau par Anvers, Malines, Liège ou encore Charleroi. Bruxelles, en tant que capitale de l’Europe, de la Belgique et de la Flandre, est plus que jamais une place parfaitement appropriée. Il faut vraiment espérer que le Gouvernement bruxellois avance rapidement dans ce dossier, car d’autres acteurs importants, eux, ne restent pas immobiles. Brussels Airport a annoncé en fin d’année dernière qu'il commencerait à tester son propre réseau 5G - un projet pilote dans lequel la Région bruxelloise n'est aucunement impliquée - et l'Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT) a également annoncé qu'il souhaite contourner l’impasse politique en accordant déjà des droits d'utilisation provisoires aux entreprises de télécommunication pour pouvoir commencer à mettre en œuvre la 5G. Voilà bien une raison de moins de continuer à se cacher.

Comme un retour 10 ans en arrière

Malheureusement, accorder ses violons apparaît comme une mission impossible. Au Parlement bruxellois, les questions sur la 5G sont traitées dans différentes commissions parlementaires, et en fonction de la commission et du membre du Gouvernement qui répond, on reçoit à chaque fois une explication différente. Le ministre Bernard Clerfayt, compétent pour la Transition numérique, a précisé lors d'un événement de la fédération technologique Agoria que la 5G est un " domaine stratégiquement important " et il a proposé de définir une zone dans laquelle la 5G peut être testée, mais son collègue Alain Maron, qui est lui compétent en matière d’environnement, a tué cette idée dans l’œuf en évoquant le fait que les normes d’émission actuelles empêchent d’avancer dans cette direction. Le Ministre-Président Rudi Vervoort, gardien de l'unité au sein du gouvernement, devrait trancher et parvenir à une réponse claire, mais malheureusement on ne voit toujours rien venir. Cela procure inévitablement le sentiment que nous ne retrouvons dans la même situation qu'il y a dix ans lorsque la discussion sur la 4G faisait rage. A l’époque, Ecolo avait bloqué le dossier pendant des mois, et maintenant cela semble recommencer.

Soyons clairs : l'ensemble du dossier 5G n'est en aucun cas un cas une affaire de majorité ou d’opposition.
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À la fin de la législature précédente, le Gouvernement régional avait pourtant signé un protocole d'accord avec les opérateurs de télécommunication. Et bien sûr, nous avions aussi pris en compte des aspects tels que la sécurité et la santé publique. Il y a eu des auditions dans la commission parlementaire, des rapports ont été rédigés et, de plus, les normes d’émission dont il est question pour la 5G à Bruxelles sont de loin inférieures aux maxima déterminés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Malgré tout, le Ministre-Président Vervoort continue d’ignorer l’évidence et omet de définir un calendrier spécifique pour le déploiement d'un réseau 5G, bien que l'Union européenne exige de chaque État membre qu'au moins une ville du pays soit équipée de la 5G en 2021.

Soyons clairs : l'ensemble du dossier 5G n'est en aucun cas un cas une affaire de majorité ou d’opposition. Au contraire, peu d'autres dossiers sont d'une importance aussi capitale pour l'ensemble de la Région. Grâce à la 5G, Internet peut fonctionner jusqu'à dix fois plus vite. Il est nécessaire pour le déploiement de l'Internet des objets (‘Internet of Things’) de pouvoir rouler avec des véhicules autonomes, de pouvoir activer des opérations à distance et bien plus encore. Le déploiement d'un réseau 5G est la prochaine étape logique du développement technologique de Bruxelles. Je pense - ou j'espère - que tout le monde voudra y contribuer, même au-delà des clivages de partis.

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