chronique

Bye bye Belgian Government *

Le gouvernement en affaires courantes s’est transformé en gouvernement de technocrates qui devront mettre en place le programme du FMI.

Nous sommes le 15 mai 2020. À la Une de l’Echo, on peut lire: "Le plan de sauvetage de la Belgique proposé par le FMI provoque la consternation." Pour situer le contexte, retournons quelques mois en arrière.

©BNP Paribas Fortis

En mars 2020, le magazine "The Economist" a publié un article critique sur les négociations gouvernementales belges sous le titre "The Belgian Canary in the Western Coalmine".

Le message est clair: la Belgique se trouve dans le collimateur des marchés financiers. Notre pays est considéré comme symptomatique d’un phénomène occidental de plus en plus évident: l’incapacité à mettre en place des réformes importantes et l’impact négatif des taux bas sur la discipline budgétaire. Le souffle brûlant des populistes paralyse par ailleurs les partis centristes, tandis que le vieillissement de la population et l’énorme endettement empêchent tout nouvel investissement public important.

De plus, la motivation à former un gouvernement a disparu avec l’engagement de la BCE de fournir indéfiniment de l’argent gratuit. No questions asked.

Le fait que la Belgique n’ait toujours pas réussi à former un gouvernement est, selon "The Economist", représentatif de l’effet paralysant du populisme et de la politique de taux bas.

En février 2020, le Brexit a finalement eu lieu. Une fois cet obstacle éliminé, les marchés financiers se sont à nouveau focalisés sur la viabilité politique de l’union monétaire.

Ici aussi, la Belgique se retrouve dans le viseur. Et pour plusieurs raisons: endettement élevé, récession, dérapage des finances publiques et défis importants sur le plan du vieillissement de la population, du climat et des infrastructures.

S’y ajoutent la paralysie des partis politiques, les différends Nord-Sud et les négociations interminables pour former un gouvernement. Les marchés financiers ont donc sélectionné la Belgique comme zone test.

Le ras-le-bol des Pays-Bas

L’enjeu est clair: la BCE interviendra-t-elle en rachetant des obligations souveraines belges lorsque le pays se retrouvera sous pression? Même en sachant qu’elle encourage ainsi l’irresponsabilité politique et financière des élites du pays?

Cela ne fait plus rire les Pays-Bas et l’Allemagne. Il y a plusieurs années, les Pays-Bas ont eu le courage de prendre des mesures douloureuses pour réformer et assainir leurs finances. Résultat: la dette publique ne dépasse guère 50% du PIB et le pays affiche un excédent budgétaire de 12 milliards d’euros.

Nos voisins du nord ne savent plus quoi faire de leur argent. Au printemps 2020, le ministre néerlandais des Finances s’est montré de plus en plus critique face à la politique de la BCE à l’égard des pays à problèmes: "Ces dernières années, les Pays-Bas ont consenti d’importants efforts en matière de climat, d’infrastructure, d’emploi et de finances publiques. Cela n’a pas toujours été facile. C’est incroyable qu’un pays comme la Belgique refuse de prendre les mesures qui s’imposent. Plus encore, la politique actuelle de la Banque Centrale Européenne contribue à encourager ce comportement irresponsable." Le représentant de l’Allemagne au sein de la BCE est encore plus clair: "Les pays qui refusent de prendre leurs responsabilités ne devraient plus recevoir un chèque en blanc de Francfort. Schluss damit!"

Ces déclarations ont atteint leur cible. Depuis lors, les marchés financiers ne cessent d’augmenter la pression sur la Belgique. Bloomberg, Reuters, Politico et The Financial Times consacrent de plus en plus d’articles à la situation politique, économique et financière du pays.

Absence de gouvernement, endettement croissant, infrastructures défaillantes, absence de plan énergétique et de dialogue entre les différentes régions et les partis politiques. Les médias internationaux en font leurs choux gras et les marchés financiers fourbissent leurs armes.

Sous la pression de l’Allemagne et des Pays-Bas, Christine Lagarde a déclaré fin avril que "la politique de la BCE ne pouvait pas être un sauf-conduit pour l’irresponsabilité financière, budgétaire ou politique."

©EPA

Il n’en a pas fallu davantage aux marchés financiers: les obligations souveraines belges sont vendues en masse, les taux augmentent et la tension politique en Belgique et en Europe a atteint le point d’ébullition.

De nombreux banquiers, CEO et ministres d’État belges lancent des appels dans la presse et dans les nombreux débats pour que "les élus prennent leurs responsabilités". La situation politique est cependant totalement bloquée. Personne ne veut être à l’initiative des pires réformes qui seront introduites depuis des décennies.

Le nord souhaite que le sud réduise ses dépenses, et le sud souhaite augmenter les impôts au nord.

Hold-up sur notre souveraineté

©REUTERS

En coulisses, le FMI mène depuis avril des discussions discrètes avec les responsables des partis politiques et les membres du gouvernement en affaires courantes. Le plan est simple: la Belgique doit mettre en place le programme d’urgence du FMI et respecter les dates butoirs prévues dans le plan.

Tant que la Belgique respectera ses engagements, la BCE interviendra pour réduire la pression sur les taux. Les propositions qui ont fuité ont provoqué de la consternation dans le monde politique, la société civile et les médias, où l’on peut lire: "Hold-up sur notre souveraineté" ou "Des technocrates organisent une coupe à blanc de notre sécurité sociale."

Les propositions du FMI ne laissent planer aucun doute: économies de 6 milliards d’euros dans la sécurité sociale, vente de bpost et de Proximus, introduction de péages routiers, taxation des loyers réels, baisse du salaire minimum, fin des allocations de chômage après deux ans…

Les propositions ne laissent planer aucun doute: économies de 6 milliards d’euros dans la sécurité sociale et croissance nominale de 0% du budget pendant cinq ans. Vente de bpost et de Proximus, dont les revenus seront utilisés pour financer la transition climatique et les infrastructures.

Introduction de péages routiers, taxation des loyers réels et mise à jour des revenus cadastraux pour générer des rentrées supplémentaires. Par ailleurs, l’âge de la retraite passe à 67 ans, le salaire minimum baisse, le système de préretraite est supprimé et les allocations de chômage s’arrêtent après deux ans.

En contrepartie, une pension minimum de 1.500 euros est désormais garantie aux personnes travaillant jusqu’à 70 ans. Les pensions publiques ne sont plus indexées et un impôt unique sur la fortune est instauré.

Gouvernement de technocrates

Le parlement a protesté à grands cris, mais a fini par approuver la loi-programme, votée en bloc et non pas mesure par mesure. Les députés doivent subir un affront devant les médias et l’opinion publique et pourront pour le restant de leurs jours fulminer dans la presse à propos des "tyrans non élus du FMI". Eux-mêmes auraient fait les choses autrement. Le gouvernement en affaires courantes s’est transformé en gouvernement de technocrates qui devront en fin de compte mettre en place le programme du FMI.

L’article à la Une de L’Echo fin 2020 est d’ailleurs éloquent: "La Belgique fait ce qu’elle doit faire… uniquement lorsque cela lui est imposé de l’extérieur."

*Il n’existe aucune garantie que ce scénario hypothétique se réalisera dans le futur.

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