Ce tabou qui touche 3 milliards d'êtres humains

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Une étude menée par la fondation Dasra montre que 70% des mères indiennes jugent les règles menstruelles "sales et honteuse" et perpétuent donc souvent elles-mêmes ces rituels et croyances.

C’est une chose étrange qu’un phénomène physiologique au cœur de la vie humaine puisse être source de discrimination et de honte. Ce phénomène concerne la moitié de la population sur Terre, depuis la nuit des temps, et pourtant, il reste un tabou dans la plupart des familles et communautés du globe.

Bholi, une Indienne de 12 ans de Madhya Pradesh, joue dans la cour de sa maison quand elle réalise qu’elle perd du sang. Horrifiée, elle court vers sa maman…

Bholi, une indienne de 12 ans de Madhya Pradesh, joue dans la cour de sa maison quand elle réalise qu’elle perd du sang. Horrifiée, elle court vers sa maman. Celle-ci la tire en dehors de la maison, lui donne un peu de paille pour absorber le sang et lui explique qu’elle devra s’enfermer pendant les 5 prochains jours dans l’étable avec les buffles (1).

Ceci est un des exemples qui illustrent comment les jeunes adolescentes en Inde rurale vivent leur première menstruation. Souvent pas au fait de ce changement corporel, elles subissent un choc énorme, ne comprenant pas ce qui leur arrive ni ce qui leur est imposé: pendant les règles il y a, par exemple, interdiction d’aller au temple, mise à l’écart des repas familiaux ou encore interdiction de se laver. Une étude menée par la fondation Dasra montre que 70% des mères indiennes considèrent les règles "sales et honteuses". Les mamans perpétuant donc souvent elles-mêmes ces rituels et croyances, c’est souvent à l’école que les jeunes adolescentes peuvent en parler entre elles librement. Toutefois, à cause du manque d’infrastructures sanitaires et de moyens de se protéger, on estime que les jeunes adolescentes manquent l’école 20% de l’année scolaire du fait de leurs règles, soit la deuxième raison de rater l’école après la nécessité de rester à la maison pour effectuer des tâches ménagères. S’ajoute à cela le fait qu’en absence d’une toilette à la maison, 66% des femmes indiennes sont obligées de gérer leurs menstruations en plein air, avec toutes les angoisses qui y sont associées.

Ces statistiques démontrent le besoin criant de conscientisation et d’éducation à ce sujet. Mais vu la sensibilité et les tabous qui l’entourent, c’est un réel changement de mœurs qui doit s’opérer et cela n’est que possible à travers un changement collectif, incluant femmes et hommes de diverses générations.

Un vieux chiffon sale

L’histoire de Arunachalam Muruganantham est poignante à cet égard. À 29 ans, ce jeune marié du Sud de l’Inde réalise que sa femme utilise un vieux chiffon sale pour se protéger pendant ses règles, à défaut d’avoir les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques. Choqué par la situation, il décide de produire lui-même des serviettes hygiéniques à un coût abordable. Son entourage est scandalisé, sa femme lui demande le divorce et sa communauté le rejette. Isolé, M. Muruganantham devra tester la qualité de son produit en le portant lui-même. Toutefois, après des années de labeur, il est aujourd’hui à la tête d’un business de production de serviettes hygiéniques, et la star du film Bollywood "Padman" qui s’inspire de son histoire et dont la sortie est prévue en 2018.

Briser le silence

Il y a donc une envie d’évoluer et de briser le silence qui persiste autour de la menstruation. Donner les moyens aux instituteurs et institutrices d’éduquer les adolescents et adolescentes à ce sujet est un début, qui doit être soutenu par un travail de fond effectué à l’intérieur de la communauté, afin que femmes et adolescentes puissent continuer à vivre une vie digne pendant leurs règles, soit pendant plus de 2.000 jours, soit plus de 6 ans de leur vie. Le fait d’avoir accès à de l’information leur permet de faire valoir leurs besoins au sein de leur famille et leur communauté, y compris l’accès à des moyens de protection hygiénique.

Les initiatives à soutenir ne manquent pas à cet effet. A notre échelle, la Belgique est l’un des initiateurs du mouvement " she decides " promouvant le contrôle des femmes sur leur propre corps.

 Cette conscientisation n’est d’ailleurs pas uniquement féministe. Elle est aussi cruciale afin de gérer les conséquences environnementales qui y sont associées.  En Inde, c’est plus d’un milliard de serviettes hygiéniques non biodégradables qui sont jetées par mois.  Améliorer les systèmes de gestion des déchets tout en informant les femmes de l’existence de produits respectueux de l’environnement comme la coupe menstruelle ou les serviettes biodégradables est dès lors essentiel.

Certaines règles restent des tabous. A nous de les changer.

(1) Dasra (2017), Spot On! "Improving Menstrual Health and Hygiene in India".

Avancée en Belgique

Dans l'actu belge, le conseil des ministres a approuvé ce vendredi un avant-projet d'arrêté royal visant à appliquer le taux de TVA réduit de 6% aux produits d'hygiène féminine, jusqu'ici soumis à un taux de TVA de 21%.

D'après le collectif "Belges et culottées", la fin de cette taxe permettra 2.000 euros d'économies en une vie. Au-delà de cet aspect financier, il s'agit d'"une mesure symbolique forte qui, nous l'espérons, marque la volonté d'une politique de gender mainstreaming plus large, c'est-à-dire d'une politique qui intègre une perspective de genre dans tous les domaines et à tous les niveaux".

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