Cette tentation des partis de se nuire mutuellement…

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Les qualités qu’il faut posséder pour remporter des élections sont souvent aux antipodes de celles exigées pour bien gouverner.

Ivan Van de Cloot
Économiste en chef de la cellule de réflexion Itinera

En tant qu’économiste en chef de la cellule de réflexion Itinera, je participe régulièrement à des débats avec des politiciens sur le devant de la scène, mais je m’entretiens aussi avec le personnel des cabinets ministériels en coulisses – où la discussion commence presque sans exception sur l’imperfection de la politique. Celle-ci est communément admise. Certes, la précédente législature a vu naître plusieurs réalisations, mais elle a aussi rimé avec occasions manquées.

Lister les recettes de la bonne gouvernance est une chose. Par contre, leur réalisation exige une évaluation de ce qui est politiquement réaliste. Dans ce contexte, des spécialistes sont parfois remis à leur place, se voient rappeler qu’il est un peu facile de ne travailler que sur le mérite substantiel des dossiers.

La manière dont nous avons mis la démocratie en pratique dans notre pays a encore une marge de progrès.

D’autre part, l’on peut aussi affirmer que le leadership est l’essence même de la politique. Cela ne fait aucun doute. De plus, notre système de gouvernements de coalition complique la situation. Toutefois, jusqu’à nouvel ordre, nous devons faire avec. Même si, à long terme, j’aimerais inviter tout le monde à discuter de notre système électoral avec un esprit ouvert. La manière dont nous avons mis la démocratie en pratique dans notre pays a encore une marge de progrès.

Par ailleurs, les observateurs sont quotidiennement confrontés à une autre réalité: les qualités qu’il faut posséder pour remporter des élections sont souvent aux antipodes de celles exigées pour bien gouverner.

Le meilleur, le plus fort, le plus fiable…

Les élections reposent sur des campagnes et des efforts de marketing, et ce ne sont pas nécessairement les meilleures approches pour expliquer un dossier ou exposer les aspects contradictoires d’un problème.

Les élections reposent sur des campagnes et des efforts de marketing, et ce ne sont pas nécessairement les meilleures approches pour expliquer un dossier ou exposer les aspects contradictoires d’un problème. Chacun va se présenter comme le meilleur, le plus fort et le plus fiable, mais il faudra trouver un accord au terme des élections. Car le paysage politique est éclaté et nous n’élisons plus de majorité.

Au cours des derniers mois, un certain nombre de dossiers ont été abordés, dans lesquels le leadership était loin d’être assuré.

Par exemple, depuis trente ans, nous discutons d’une forme de péage urbain comme outil pour mieux contrôler l’utilisation des véhicules. Le principe? Rendre l’utilisation de la voiture plus coûteuse aux heures de pointe dans les endroits où la congestion est extrême (par rapport à un autre lieu ou un autre moment de la journée).

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L’année dernière, tous les partis du gouvernement flamand avaient donné leur feu vert pour l’élaboration de diverses pistes qui pourraient ensuite être évaluées.

Et que s’est-il passé? Une fuite dans la presse et l’hystérie a éclaté. La crainte d’une punition de la part de l’électorat entraîne l’abandon pur et simple d’un projet auquel notre politique se prépare depuis des décennies.

Qui plus est, cela relève en grande partie de la comédie, puisque le sujet revient inévitablement après les élections. Il faut l’admettre: l’idée n’est sans doute pas encore mûre, et il faut encore travailler sur les différentes modalités pour la rendre réaliste et faisable.

Mais qu’elle soit ainsi balayée d’un revers de la main – par crainte – s’explique par l’envie des partis de se nuire mutuellement à ce moment-là. Un geste qui ne va pas sans grands dangers pour notre avenir. Et ce n’est qu’un exemple.

Mœurs politiques et bonne gouvernance

Les vraies réformes exigent aussi une certaine morale dans notre pays de coalitions.

Cependant, cela montre que les vraies réformes exigent aussi une certaine morale dans notre pays de coalitions.

Auparavant, il était possible de conclure de soi-disant "gentlemen’s agreements" sur certains dossiers trop importants pour l’intérêt public.

Bien sûr, la tentation est grande de nuire facilement à l’adversaire sur un sujet aussi délicat, juste avant les élections. Toutefois, pour parvenir à de véritables réformes dans ce pays, il est impératif de résister à cette tentation sur certains points. La bonne gouvernance repose en grande partie sur les mœurs et la culture politiques.

À l’occasion des élections, l’Institut Itinera a publié le livre "Un projet pour la Belgique"

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