carte blanche

Comme Churchill, soyez les héros de votre époque

Ph. D, expert-consultant en environnement, formateur en agriculture durable

Lettre ouverte à notre Premier ministre et au président de la Commission européenne à propos de l'urgence climatique visant à briser les clivages qui nourrissent l'immobilisme et à réunir citoyens et chefs d'états face à cette question devenue vitale à court terme pour l'avenir de l'humanité.

Par François Wiaux
Ph. D, expert-consultant en environnement, formateur en agriculture durable & membre actif du secteur associatif *

Monsieur le Premier ministre belge, Messieurs les Ministres-présidents, Monsieur le Président de la Commission européenne, la crise climatique annoncée est maintenant bel et bien là.

La canicule de cet été 2018 et ses conséquences dramatiques sur la santé publique, l’agriculture et l’accès à l’eau nous l’ont tous fait réaliser. Dans le cercle polaire (record absolu de température avec 32,7°C), les rennes se sont rassemblés dans les tunnels autoroutiers pour retrouver de la fraîcheur. Qui de nous aurait cru voir cela de son vivant? Le secrétaire général des Nations Unies vient d’annoncer solennellement qu’il ne nous reste que deux ans pour agir. Après cela, nous ne pourrons plus empêcher les dérèglements climatiques de transformer la terre en étuve, d’entraîner la mort des trois quarts de la population mondiale d’ici 2100 et la disparition de la race humaine à moyen terme. De nombreuses études scientifiques en attestent (Nature, PNAS, GIEC etc.).

Vous ne pouvez pas nous entraîner sciemment dans ce gouffre. Nous n’avons pas envie de vivre sous le même climat qu’à Bagdad. De connaître des famines. De mourir de maladies tropicales fulgurantes. Encore moins d’entrer en guerre pour l’accès aux ressources naturelles devenues trop rares. Votre immobilité, si elle se prolonge, serait criminelle.

C’est votre responsabilité d’agir. Ne laissez pas reposer sur nos épaules de citoyens tout le poids du changement attendu. Soyons réalistes: les nombreuses initiatives citoyennes comptent, mais davantage parce qu’elles sont un laboratoire vivant du monde de demain que pour l’impact qu’elles ont en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les délais impartis. Aujourd’hui, ce sont des mesures structurelles à grande échelle qu’impose l’urgence de la crise climatique.

Nous sommes là pour vous soutenir. Manifester n’est certes pas une solution en soit, mais c’est un symbole fort. Certains d’entre vous ont besoin de ces signaux populaires pour légitimer des décisions difficiles. Plus de 100.000 personnes à travers l’Europe ont manifesté le 8 septembre. Le mouvement va prendre de l’ampleur les 6/10, 3/11 et 2/12 (#Riseforclimate). La population se réveille peu à peu et la démission symbolique de Nicolas Hulot a créé un sursaut.

©Photo News

Nous vous demandons d’admettre l’état de crise (via la pétition https://chn.ge/2PENqV6 )

) pour faire de la lutte contre le réchauffement climatique votre priorité absolue jusqu’à obtention de résultats tangibles dès 2019. Cela signifie être prêts à ne rien gérer d’autre que les affaires courantes en plus de cette question et travailler de manière transversale, par-delà les compétences et les niveaux de pouvoir.

Cela vous demandera de faire des concessions et d’oser sortir des rails: un gouvernement qui soutient la croissance économique à tout prix ne peut atteindre ses objectifs climatiques, étant donné les émissions de gaz à effet de serre que cela implique: développement des aéroports, surproduction de biens matériels, mise en concurrence des denrées alimentaires à l’échelle mondiale forçant le développement d’une agriculture intensive, etc.

Il y a des solutions concrètes. Paul Hawken et d’autres les ont étudiées de près: agriculture régénératrice des sols, immeubles en bois issu de forêts gérées durablement, régulation du transport aérien et maritime, interdiction des gaz réfrigérants HFC, etc. Tout cela peut être mis en marche très rapidement, si vous avez le courage et l’éthique de faire fi des lobbys industriels et financiers. Il est possible de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre tout en créant massivement des emplois, comme le proposent Jean Jouzel et Pierre Larrouturou avec un "pacte finance-climat". Tim Jackson a quant à lui proposé à l’Union Européenne un modèle économique 2.0 qui respecte l’homme et l’environnement, démontrant que la prospérité des peuples n’est pas liée à la croissance de leur PIB. Inspirez-vous de ces experts!

En amont des élections fédérales, régionales et européennes de 2019 et indépendamment de la formation des gouvernements qui s’en suivra, nous devons être assurés d’un socle commun de mesures climatiques dans le programme de tous les partis. Ce plan d’action concerté doit être à la hauteur de la crise et être développé dès aujourd’hui main dans la main. Les mesures moins populaires seront plus faciles à prendre si elles sont soustraites à la concurrence électorale au nom de la responsabilité et la clairvoyance qui incombe à la classe politique.

Nous, citoyens conscients et inquiets, vous demandons d’être reçus d’ici la fin de l’année pour être tenus informés de votre plan d’action. Merci de nous répondre, personnellement et via les médias. Sortez de l’inaction et du déni, qui pourraient mener à une insurrection. Il suffit de 3,5% d’une population pour qu’une lutte non violente renverse un gouvernement…

C’est un tournant de notre histoire qui se joue. Du haut de ses 97 ans, Edgar Morin nous confie qu’il place tout son espoir dans l’improbable: "La victoire des nazis sur l’Europe semblait probable et puis il y a eu la résistance de Churchill en Angleterre […] et ça s’est renversé. La chute du mur de Berlin était improbable, et pourtant c’est arrivé". Nous attendons les nouveaux héros politiques de l’Histoire.

* Pour le mouvement citoyen #ClimatePoliticalHeroes (Twitter et FB, e-Mail: ClimatePoliticalHeroes@gmail.com).


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