Comment en faire plus avec moins de moyens?

©Saskia Vanderstichele

Pour la génération politique actuelle, le défi consiste à s’attaquer à la complexité de notre pays et à examiner à la loupe l’efficacité de chaque dépense. Il faudra faire preuve de courage, d’audace et d’une vraie vision à long terme.

Véronique Goossens, chef économiste de Belfius

 

Il se passe quelque chose d’étrange dans notre pays… Alors que nous nous plaignons de la dissolution de la protection sociale, force est de constater que nous n’avons jamais dépensé autant pour celle-ci qu’aujourd’hui. En effet, plus de la moitié de nos dépenses publiques sont consacrées à la sécurité sociale et aux soins de santé. D’ailleurs, au cours des deux dernières décennies, ces dépenses n’ont cessé d’augmenter, bien plus que ce que la Commission d’étude sur le vieillissement avait prévu lors de sa création en 2001. À tel point que les pouvoirs publics dépensent aujourd’hui près d’un cinquième de plus que lors de la création de l’euro.

De quoi nous placer en tête de la plupart des pays de la zone euro. Ces investissements supplémentaires ne sont pas tous à attribuer uniquement au vieillissement de la population, même s’ils représentent la principale partie de cette augmentation.

Cependant, au cours des prochaines années, ces chiffres pourraient encore augmenter et bien plus que ce que nous n’avions pensé jusqu’à présent. Pourquoi? Notamment parce que certaines organisations patronales et syndicales pensent que la prépension à partir de 58 ans pourrait être maintenue plus longtemps à certaines conditions. Pour faire face à la facture des pensions qui devrait gonfler au fur et à mesure, les deux derniers gouvernements avaient pourtant tiré un trait sur la prépension. Un trait… ou plutôt une ligne en pointillés, vu le nombre de règles et d’exceptions. Cependant, alors qu’en 2013, on comptait 111.000 prépensionnés, ce chiffre ne s’élevait qu’à 74.500 l’an dernier. À son apogée – en 1990 – on en dénombrait 140.000.

Mais ces chiffres ne concernent que les prépensionnés. Le nombre de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans n’a pas baissé depuis 2013. Actuellement, seuls 45% des hommes et des femmes ayant entre 55 et 65 ans travaillent. Au cours des 5 prochaines années, ce chiffre devrait évoluer et dépasser les 50%. Combien de temps devrons-nous encore constater que de nombreuses grandes entreprises belges considèrent que ces travailleurs sont trop peu en mesure de contribuer à la digitalisation de notre monde, une digitalisation qui, elle, évolue très rapidement. Pourtant, le Bureau fédéral du Plan prévoit la création de 205.000 nouveaux emplois ces prochaines années, ce qui constitue une perspective enthousiasmante. Ne faudrait-il pas faire en sorte que les demandeurs d’emploi les plus âgés, les personnes actuellement peu qualifiées et les chômeurs issus de l’immigration, fassent partie des heureux élus? En comparaison avec ce qui se passe au niveau international, la Belgique se démarque par son incapacité à intégrer ces groupes dans son système économique.

 

Le Pacte national pour les Investissements Stratégiques ne peut en aucun cas se cantonner aux bonnes intentions.
Véronique Goossens
Chief economist Belfius

Sans oublier que le Bureau du Plan prévoit également un ralentissement de la croissance économique. Pour l’instant, celle-ci n’atteint pas 1,5%, comme le prévoyait la Commission d’étude sur le vieillissement dans son dernier rapport sur les coûts en prévision du prochain gouvernement. Jusqu’en 2023, notre croissance moyenne ne sera finalement que de 1,3%, ce qui signifie que la charge des pensions pèsera encore plus sur le prochain gouvernement.

Par ailleurs, puisque les revenus seront à la baisse, le budget en sera directement impacté. Voilà une triste perspective pour les politiciens qui prendront les rênes du pays suite aux prochaines élections. Malgré les réformes menées par le gouvernement Michel, les finances publiques belges restent en péril, d’après la Commission européenne. Le nouveau gouvernement devra donc à nouveau prendre des mesures importantes pour redresser la barre. Parmi les solutions envisagées, l’idée de maintenir les gens plus longtemps au travail est certainement une bonne initiative. Cependant, repousser l’âge de la retraite à 67 ans d’ici 2030 ne suffira pas pour assainir les finances publiques. La moitié des pays européens ont déjà pris des mesures pour adapter l’âge de la pension par rapport à l’allongement de l’espérance de vie. Et la Belgique reste en tête de peloton: avec un nombre d’années supérieur aux autres en ce qui concerne l’octroi d’une pension.

Dépenses à la loupe

Quoi qu’il arrive, les dépenses sociales vont donc continuer à évoluer pour dépasser les 50% des dépenses publiques. Il faudra dès lors faire des coupes dans d’autres secteurs. Mais où? En aucun cas en matière d’investissements publics, comme on l’a fait pendant 40 ans. Ceux-ci doivent au contraire être fortement augmentés. Il s’agit d’une priorité – songez à l’état lamentable des infrastructures routières et à notre mobilité en général, à l’évolution de notre approvisionnement en énergie. Sans cela, notre croissance économique risque de ralentir encore plus. Et il sera totalement impossible d’assumer la facture du vieillissement de la population.

Il est donc essentiel d’agir. C’est pourquoi, le Pacte national pour les investissements stratégiques ne peut en aucun cas se cantonner aux bonnes intentions. La question à se poser est "Comment pouvons-nous évoluer et en faire plus avec moins de moyens?". Pour la génération politique actuelle, le défi consiste à s’attaquer à la complexité de notre pays et à examiner à la loupe l’efficacité de chaque dépense. Il faudra faire preuve de courage, d’audace et d’une vraie vision à long terme. Car, malgré le fait que nos pouvoirs publics soient parmi les plus coûteux au monde, la qualité de leur output est perçue comme très moyenne par le Forum économique mondial. Un constat qui fait mal…

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