chronique

Comment guérir le syndrome de l'absentéisme au travail

Et si … votre employeur vous sauvait la vie? Un rien théâtral, non? Et pourtant...

Par Els Slembrouck, consultante en vitalité d’entreprise chez Attentia
et Evelien Buseyne, responsable d’équipe et conseillère prévention en matière psychosociale chez Attentia

Imaginez la scène: vous vous rendez, le cœur léger, au contrôle médical que votre employeur organise tous les trois ans et, peu de temps après, vous subissez une opération qui vous sauve la vie. Peu probable? C’est pourtant ce qui est arrivé à Luc, 62 ans, collaborateur de la société Yara, producteur de nutriments pour végétaux et d’engrais.

Lors du test d’effort sur vélo, on a en effet détecté chez lui d’importantes anomalies cardiaques. Luc fut immédiatement redirigé vers son médecin traitant et un spécialiste. Diagnostic? C’était pur miracle qu’il n’ait pas encore subi de crise cardiaque. Mais… est-ce réellement le rôle d’un employeur de tenir à l’œil la santé de ses collaborateurs? N’est-ce pas là plutôt la responsabilité personnelle de chaque collaborateur? La réponse est nuancée.

Pas moins de 60% de l’absentéisme peut être influencé, notamment par le biais d’une politique bien pensée, de protocoles clairement formulés, par une ambiance positive sur le lieu de travail et des dirigeants correctement formés.

Pas moins de 60% de l’absentéisme peut être influencé, notamment par le biais d’une politique bien pensée, de protocoles clairement formulés, par une ambiance positive sur le lieu de travail et des dirigeants correctement formés.

Le coût de l’absentéisme

Il n’est pas pertinent d’affirmer que la responsabilité de détecter des problèmes de santé de son personnel incombe à l’employeur. Il existe certes plusieurs catégories de travailleurs pour lesquelles une visite médicale préventive périodique est une obligation légale. Par contre, des contrôles médicaux n’ont rien d’obligatoire. Ils constituent toutefois un investissement intéressant en termes d’employabilité durable des collaborateurs.

En effet, il arrive que les employeurs ne se rendent pas suffisamment compte que l’absentéisme de collaborateurs entraîne non seulement des frais directs mais également des coûts indirects, tels qu’une charge de travail accrue, des frais RH ou encore des frais d’intérimaires. Et ces frais indirects peuvent atteindre des sommes allant jusqu’à 150 ou 250% des frais directs.

Petit calcul rapide: une société emploie 150 personnes qui gagnent en moyenne 2.400 euros bruts et connaît un taux d’absentéisme de 3,7% (ce qui se situe en deçà de la moyenne belge qui est de 5%).

Les coûts directs provoqués par ces personnes absentes se montent à 246.000 euros par an tandis que les coûts indirects oscillent entre 369.000 et 615.000 euros. Cela démontre qu’il est intéressant pour un employeur de se préoccuper de la santé de son personnel.

Les employeurs peuvent avoir une influence profonde sur le nombre de malades et d’absents au sein de leur entreprise. En effet, la différence qui peut exister entre, d’une part, ne pas se sentir bien, prendre un antalgique et se rendre malgré tout au travail et, de l’autre, ne pas se sentir bien, prendre un antalgique et rester chez soi peut avoir une relation directe avec divers paramètres de l’organisation du travail.

Le fait est que pas moins de 60% de l’absentéisme que l’on constate peut être influencé, notamment par le biais d’une politique bien pensée, de protocoles clairement formulés, par une ambiance positive sur le lieu de travail et des dirigeants correctement formés. Que constate-t-on en effet? Que si les collaborateurs doivent se faire porter malade en appelant leur supérieur hiérarchique direct ou un collaborateur du département RH au lieu d’envoyer un petit SMS, vite fait bien fait, à un collègue, ils sont moins tentés de rester chez eux.

Ne pas céder au "quick wins"

On dénombre déjà de très nombreuses entreprises qui font leur maximum afin de créer un environnement de travail sain et positif. Toutefois, lorsqu’il s’agit de poser des actes spécifiques, nombreuses sont encore celles qui pensent d’abord médication (l’action) sans connaître concrètement la maladie dont il s’agit (la cause).

Il est important que les entreprises commencent par procéder à l’analyse des raisons éventuelles d’absentéisme ou du dysfonctionnement avant de se lancer dans un plan d’action.

Bien trop de sociétés optent pour des mesures à effet rapides — les fameux "quick wins". Comme, par exemple, une distribution de fruits sur le lieu de travail ou un interlude de footing collectif sur le temps de midi. De telles actions ne font évidemment pas de tort mais si elles ne sont pas insérées dans une stratégie plus large, leur impact n’est bien souvent que de courte durée. Un plan bien-être efficace, comportant des actions pertinentes, traitera les problèmes existants à la racine et apportera une réponse aux besoins de l’organisation.

Et oui, chaque adulte est responsable de sa propre santé. C’est là une évidence. Mais il est toujours bon que l’employeur apporte son petit coup de pouce, par exemple en proposant de petits exercices d’auto-diagnostic pour les personnes utilisant des écrans, en organisant des contrôles médicaux ou en définissant une véritable charte de vitalité d’entreprise.

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