carte blanche

Comment transformer son entreprise en organisation innovante?

Senior Advisor EY

Quelles sont les étapes pour devenir plus innovant? existe-t-il un road-book pour innover?

Par Bruno Wattenbergh,
Senior Advisor - EY, professeur de stratégie et d'entrepreneuriat - Solvay Brussels School of Economy and Management

Plus personne ne conteste l’urgence d’innover. Pourtant, peu d’organisations sont satisfaites du retour sur investissement de leurs politiques d’innovation. La question revient dès lors régulièrement: "Quelles sont les étapes pour devenir plus innovant?" Ou: "Est-ce qu’il existe un road-book pour innover?" La littérature économique et académique regorge de typologies d’innovations. Elle manque cependant cruellement de recommandations sur les étapes clés pour concrètement innover dans une entreprise aujourd’hui. Cela explique sans doute le gaspillage de ressources qu’on constate autour de l’innovation.

De manière synthétique, on peut distinguer 6 grands chantiers à mettre en œuvre pour transformer une organisation et la rendre plus innovante.

1. Le premier chantier, c’est la digitalisation de la chaîne de valeur de l’entreprise, maillon par maillon en commençant par l’interaction omnicanaux avec les clients, jusqu’au ré-engineering des processus. Un chantier qui commence d’abord par un audit de la maturité digitale de l’organisation.

2. Le deuxième chantier, c’est l’Open Innovation. L’organisation doit apprendre à monitorer les sources d’innovation internes et externes, à construire des communautés pour alimenter les idées d’innovation, à évaluer ces idées et à les sélectionner, pour mettre rapidement en œuvre les plus intéressantes d’entre elles. C’est une profonde révolution culturelle, notamment quand cette politique passe par le partenariat avec des start-ups ou leur acquisition.

3. Le troisième chantier consiste à structurer et développer le capital humain capable de gérer et développer des activités digitalisées. Cela passe par du redesign d’organigramme, de la réécriture de description de fonctions, du recrutement de nouveaux talents. Des talents rendus plus autonomes et responsables, compensés adéquatement pour les risques et l’incertitude liés à leur fonction, correctement mentorés et protégés par la direction. Avec une question métaphysique: l’innovation radicale doit-elle avoir lieu au cœur de l’entreprise… ou dans une structure spécifique?

4. Quatrième chantier, ce qu’on appelle l’industrie 4.0. L’avantage compétitif se construit rarement uniquement sur les valeurs apportées au client. L’industrie 4.0 propose une nouvelle manière d’organiser les moyens de production grâce à des usines digitalisées, intelligentes et adaptatives. Ces usines tirent leurs avantages compétitifs de leur capacité à faire communiquer les machines et les robots, entre eux et vers l’extérieur, et de manière continue et instantanée.

5. Cinquième chantier, l’intelligence artificielle et la robotique. 90% des données stockées dans les entreprises ne sont pas structurées et donc non exploitables. Seulement 3% des données potentiellement utiles sont "labellisées" pour permettre leur utilisation. Ces données, en quantité croissante, sont des mines de valeur, non seulement pour mieux comprendre les clients, mais aussi pour orienter les décisions stratégiques, notamment grâce à l’intelligence artificielle. La robotique de demain matin, qu’on appelle RPA, permettra d’effectuer des tâches répétitives complexes, tournant sur plusieurs systèmes à la fois: le mainframe de l’entreprise, son cloud, des machines dans l’usine, des ordinateurs au siège social. La RPA doit permettre de diminuer les coûts de 20 à 60%, mais aussi d’augmenter la fiabilité des opérations. Mais surtout elle peut être conçue et mise en œuvre en seulement quelques semaines ou quelques mois. Enfin, elle permettra sans doute de reconsidérer la stratégie d’offshoring de tâches répétitives.

6. Dernier chantier, et non des moindres, la fiabilité digitale, ce que nous appelons "Digital Trust". Une entreprise digitalisée, recourant intensément à la robotique, collectant, structurant et exploitant des données en quantités, doit pouvoir bénéficier d’un niveau élevé de sécurité informatique. Cela ne s’improvise pas et nécessite une gestion des risques et une politique de cybersécurité adaptée aux enjeux.

La raison d’être de l’entreprise

Quelles sont les étapes pour devenir plus innovant? Existe-t-il un road-book pour innover?

Ces 6 chantiers doivent ou peuvent guider les membres de la C-Suite dans la programmation des investissements liés à la transformation profonde de leur entreprise. Souvent la question m’est posée de ce qui va rester de stable dans ce processus. Pas la culture, qui devra s’adapter; pas la création de valeur qui intégrera sans doute plus de services; pas les business modèles qui intégreront sans doute plus d’économie de la fonctionnalité; pas les relations avec les clients qui deviendront sans doute omnicanaux. Ce qui va rester stable, c’est la raison d’être de l’entreprise (ce que nous appelons le "purpose"). Et celle-ci doit absolument être claire pour chacun, de la C-Suite aux fonctions les plus élémentaires de l’entreprise.

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