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Connectivité de confiance: la proposition de valeur européenne

Les citoyens européens doivent savoir comment, où et par qui leurs données à caractère personnel sont utilisées. ©EPA

Les démocraties du monde doivent s'unir pour répondre à la demande mondiale d'infrastructures physiques ou virtuelles, notamment en proposant une alternative aux acteurs mondiaux dont les intérêts et les valeurs sont contraires à notre éthique.

Kaja Kallas. ©AFP

Il a fallu une pandémie mondiale pour que l'humanité voie à quel point nous sommes interconnectés – en tant que personnes (liens sociaux), en tant qu'économies (chaînes de valeur), et aussi dans notre vie numérique. Et c'est précisément cette très grande interconnectivité numérique, en particulier à travers les données, qui illustre la transformation numérique extraordinaire qui s'opère dans nos vies.

Aujourd'hui, le monde est défini par la manière dont les personnes, les pays et les économies sont connectés entre eux, que ce soit au moyen d'infrastructures ou par des liens interpersonnels. La connectivité est devenue un instrument de politique étrangère de premier plan dans les relations internationales actuelles, qu'il s'agisse des transports, du commerce ou des technologies environnementales, ou encore des normes et des relations entre les gens.

Il est de plus en plus évident que ceux qui investissent dans les réseaux de connectivité, les détiennent et les dirigent, ou en déterminent les normes, façonnent le monde d'aujourd'hui, et plus encore celui de demain.

Cette interconnexion met également en lumière la dimension géopolitique de la connectivité. Il est de plus en plus évident que ceux qui investissent dans les réseaux de connectivité, les détiennent et les dirigent, ou en déterminent les normes, façonnent le monde d'aujourd'hui, et plus encore celui de demain. Il s'agit d'acteurs régionaux ou mondiaux qui empruntent cette voie pour promouvoir leurs intérêts et influencer le monde selon leur vision et leurs valeurs.

L'Union européenne est un géant économique. Nous voulons jouer un rôle qui soit à la hauteur de ce poids économique – pour défendre nos intérêts et ceux de nos citoyens et façonner un monde meilleur, plus équitable, plus sûr et plus durable pour tous.

L'exemple d'Erasmus

Notre Union européenne est un projet de paix fondé sur la liberté et la confiance, qui a pour but de relier les pays et les peuples qui partagent les valeurs des droits de l'homme et de dignité, de l'état de droit, d'équité et d'inclusion.

Charles Michel. ©AFP

Portant à l'origine sur les marchés du charbon et de l'acier, ce projet a par la suite été étendu à la libre circulation des données, à la création des eurorégions et des réseaux énergétiques, ainsi qu'au développement des réseaux de communication. Nos réseaux et nos applications seront toujours diversifiés et favoriseront toujours la liberté, car ils sont le reflet de notre architecture démocratique de communication. Ils se connectent donc bien aussi à d'autres systèmes démocratiques similaires.

Le programme Erasmus est peut-être l'exemple le plus inspirant de la capacité qu'a l'UE à mettre les gens en relation.

Le programme Erasmus est peut-être l'exemple le plus inspirant de la capacité qu'a l'UE à mettre les gens en relation. Ce projet est le plus réussi pour ce qui est des liens interpersonnels et l'un des exemples les plus appréciés et les plus emblématiques de l'intégration européenne.

Il existe bien sûr de nombreux autres exemples de cadres de confiance transfrontières que l'on rencontre dans la vie de tous les jours, comme les certificats de vaccination covid, l'itinérance aux tarifs nationaux ou encore notre cadre de services de confiance et de signatures numériques (eIDAS) qui relie les citoyens et les entreprises. La confiance est un élément facilitateur: lorsque la confiance est là, les réseaux existeront et seront prêts à être connectés les uns aux autres.

Toutes ces réalisations ont construit l'Union européenne. Elles sont la somme de nos investissements – dans des projets communs et dans des règles et normes communes qui permettent à nos économies de prospérer et protègent les droits de nos consommateurs et de nos citoyens. Et l'UE reproduit depuis longtemps ce modèle d'investissement au-delà de ses frontières. Aujourd'hui, cela prend la forme de partenariats ambitieux en matière de connectivité avec les pays de l'Asie du Sud-Est, le Japon et, plus récemment, l'Inde.

D'autres acteurs ont présenté des offres de connectivité élaborées et bien médiatisées. Mais ces offres émanent de régimes autocratiques, qui en sont le reflet.

D'autres acteurs ont présenté des offres de connectivité élaborées et bien médiatisées. Mais ces offres émanent de régimes autocratiques, qui en sont le reflet. Au lieu de réduire des dépendances malsaines, ces offres les accentuent, et ces dépendances rendront l'édification de sociétés ouvertes beaucoup plus difficile.

Passer à la vitesse supérieure

L'Union européenne a un poids considérable sur la scène internationale – dans les domaines du commerce, de la coopération économique, de l'aide au développement et de l'action humanitaire. Et nous disposons des budgets nécessaires. Nous avons déjà lancé un certain nombre de partenariats en matière de connectivité. Mais nous devons passer à la vitesse supérieure. Cela implique de promouvoir une offre complète, bien définie et vendue comme il se doit, et qui réponde à nos normes et à nos valeurs. En d'autres termes, nous devons concevoir et mettre en œuvre une offre globale qui respecte les droits fondamentaux.

Ces normes doivent être ancrées dans la confiance. Les citoyens, les entreprises, les acteurs publics et privés ainsi que, cela va de soi, nos partenaires doivent avoir confiance dans une offre fiable, étayée par deux piliers non négociables: la transparence et l'obligation de rendre des comptes.

Les citoyens doivent avoir le contrôle, pas Big Brother.

La transparence devrait guider notre offre de connectivité. Dans le domaine numérique, les citoyens doivent savoir comment, où et par qui leurs données à caractère personnel sont utilisées. Ils devraient savoir comment les algorithmes, avec ou sans recours à l'intelligence artificielle, déterminent ce qu'ils voient sur leurs réseaux sociaux ou influencent leurs choix personnels. Les citoyens doivent avoir le contrôle, pas Big Brother.

Un budget public dépensé à bon escient

La transparence doit également s'appliquer à la finance et à la fiscalité. L'instauration de conditions équitables en matière d'imposition des entreprises multinationales est devenue une question essentielle pour l'opinion publique. Mais elle est également de la plus haute importance pour les petites et moyennes entreprises, afin qu'elles puissent participer à de grands projets d'infrastructure aux côtés des géants. De même, la fixation d'un prix pour le carbone dans le commerce international contribuera à une plus grande transparence et équité dans la lutte contre le changement climatique.

L'obligation de rendre des comptes est également essentielle pour instaurer la confiance.

L'obligation de rendre des comptes est également essentielle pour instaurer la confiance. Les contribuables veulent savoir que le budget public est dépensé ou investi à bon escient, en finançant des projets qui répondent à des besoins réels et respectent la santé des gens et leurs droits ainsi que l'environnement. Tous les partenaires avec lesquels nous engageons de grands projets doivent avoir confiance dans la fiabilité et la prévisibilité de ces projets. La confiance est au cœur de nos valeurs européennes. Nous pourrions faire de la connectivité de confiance l'offre de coopération la plus attrayante pour tous nos partenaires.

La mise en place d'une connectivité européenne de confiance passe par les étapes suivantes.

Il nous faut d'abord donner une impulsion maximale à nos partenariats existants en matière de connectivité, tout en forgeant de nouvelles alliances avec des partenaires qui partagent les mêmes valeurs, comme les États-Unis, le Canada, le Japon, l'Australie et l'Inde.

Nous devons ensuite renforcer notre coopération avec des partenaires attachés aux mêmes principes dans les enceintes internationales telles que le G7 et l'OCDE. Une connectivité de confiance devrait intégrer dans ses normes la résilience ainsi que la double transition.

Rationaliser les capacités financières de l'UE

Nous devrions par ailleurs rationaliser les capacités financières de l'UE disponibles pour ces projets et continuer à aligner l'action menée au niveau de l'UE sur celles des États membres, de manière à assurer une approche de l'Équipe Europe à la fois efficace et globale et à maximiser l'efficacité. Une aide sous forme de subventions pourrait mobiliser des fonds provenant d'institutions financières internationales et du secteur privé, afin de contribuer à la mise en place de projets efficaces, durables et financièrement viables.

Il serait essentiel d'identifier les projets clés dans le cadre de nos partenariats avec des pays partageant les mêmes valeurs. Le climat, le numérique et la cybersécurité devraient figurer en bonne place sur la liste des priorités. Dans le domaine des infrastructures, nous devrions donner la priorité aux études de faisabilité sur les corridors stratégiques de communication afin de recenser les projets à la fois rentables et bénéfiques à l'échelle suprarégionale.

Pour réussir, nous devons établir des normes communes et faciliter les interopérabilités, les investissements communs et les mécanismes d'assistance.

Notre proposition de valeur devrait également inclure des structures technologiques ouvertes à nos partenaires aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement afin de réduire la fracture numérique entre les personnes connectées et celles qui sont sous-connectées.

Pour réussir, nous devons – avec des partenaires partageant les mêmes valeurs et, le cas échéant, dans le cadre des organisations internationales compétentes – établir des normes communes et faciliter les interopérabilités, les investissements communs et les mécanismes d'assistance. L'expérience et le rôle moteur de l'Union européenne dans la définition et la diffusion de normes constitueront une contribution des plus précieuses à ce processus.

Des offres pour nos partenaires stratégiques

Nous devons concevoir et promouvoir avec soin l'offre de connectivité de confiance de l'UE.

Il nous faut élaborer des offres sur mesure pour nos partenaires stratégiques: les Balkans occidentaux, le Caucase du Sud, l'Asie centrale, l'Amérique du Sud et l'Afrique. Le lancement de la zone de libre-échange continentale africaine offre à cet égard une occasion historique de développer ensemble de grands projets de connectivité.

Pour garantir les droits et libertés fondamentaux en lesquels nous croyons, il est impératif que les démocraties du monde s'unissent et agissent d'urgence pour répondre à la demande mondiale d'infrastructures physiques ou virtuelles, notamment en proposant une alternative aux acteurs mondiaux dont les intérêts et les valeurs sont contraires à notre éthique.

Une connectivité de confiance offre le cadre permettant de consolider les priorités des pays démocratiques en matière de connectivité. L'UE, conjointement avec ses partenaires attachés aux mêmes principes, est parfaitement placée pour mener cette mission, ce qui nous permettra de guider les transformations numérique et écologique vers un avenir plus libre, plus sûr, plus prospère et plus durable.

Kaja Kallas
Première ministre estonienne
Charles Michel
Président du Conseil européen

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