Crise grecque: l'Allemagne à la rescousse?

L'Allemagne profite de la tension sur la Grèce.

Pourquoi l'Allemagne doit-elle aider la Grèce? La première raison semble évidente: l'encours total des banques allemandes sur la Grèce s'élève à 34 milliards d'euros. Mais d'autres raisons plus fondamentales justifient cette aide. Sans vouloir paraître provocateur, l'Etat germanique a largement profité, depuis plus de 10 ans, de la création de l'euro, il semble donc logique qu'il renvoie aujourd'hui l'ascenseur...

La devise unique a permis aux entreprises allemandes d'exporter plus facilement à travers la zone euro: 80 % de l'excédent commercial allemand sont réalisés avec l'Union européenne. Le produit intérieur brut de l'Allemagne, qui représentait 10 % du PIB européen en 2000, en représente aujourd'hui 60 %. Selon une étude de la banque publique allemande KfW, "l'appartenance à la zone euro a procuré à l'Allemagne un avantage économique de 50 à 60 milliards d'euros en 2009 et 2010".

De façon assez mécanique, la création de l'euro a accentué l'hétérogénéité dans la zone euro, en favorisant particulièrement les entreprises allemandes qui ont accentué leur spécialisation dans l'industrie. Elles ne se sont pas plaintes de voir les pays du sud se spécialiser dans les services non exportables...
Et les avantages, pour l'Allemagne, ne s'arrêtent pas là. Pendant ces dix dernières années, grâce à la politique de stabilité des prix pratiquée avec célérité par la Banque centrale européenne (BCE), la zone euro - et donc l'Allemagne - a connu un taux d'inflation assez stable. Or une stabilité des prix permet une maîtrise des salaires, rassure les consommateurs et encourage la consommation. Comme l'inflation est restée maîtrisée, les taux d'intérêt ont gardé des niveaux relativement bas et favorisé les investissements.

L'Allemagne se finance à moindre taux

Alors que l'Allemagne affiche le troisième plus haut taux d'endettement au monde - avec une dette de 2.079 milliards d'euros, soit 84 % de son PIB - elle profite de la tension sur la Grèce. En effet, les investisseurs se sont tournés vers des obligations allemandes, plutôt que vers celles des pays en difficulté. Ce qui a entraîné une plus grande liquidité pour les obligations émises, l'amélioration de l'image de l'émetteur et réduit le coût de financement de l'Allemagne. Cette dernière, en septembre, a emprunté à 10 ans pour la première fois à un taux inférieur à 2 %.

Grâce aux décisions de la BCE pour assurer la stabilité des prix et éviter les dérapages inflationnistes, les taux longs des dernières années dans la zone euro ont été plus bas que précédemment. L'observation - assez simpliste, mais qui ne manque pas pour autant de pertinence - du taux IRS (Interest Rate Swap) à 5 ans est, à ce sujet, fort intéressante.
La moyenne de ce taux en deutsche mark, du 1er janvier 1990 au 31 décembre 1999, était de 6,42 %. Sur la période du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2010, cette moyenne en euro s'élevait à 3,84 %. On constate donc un écart de plus de 2 % entre le taux payé durant la période "deutsche mark" et la période "euro". Cette différence représente, bien entendu, une diminution importante du coût de financement pour l'Allemagne.

Tout comme les autres pays de la zone euro, l'Allemagne a donc bénéficié de l'avantage que procure la monnaie unique. Elle a tiré profit de son statut de deuxième devise d'échange et de devise de réserve. D'une part, de nouveaux investisseurs se sont intéressés à des actifs libellés en euro et, d'autre part, l'euro est devenu la devise de référence pour certaines transactions. On a vu ainsi des fournisseurs chinois demander à être payés en euros pendant certaines périodes, ce qui éliminait le risque de change pour les exportateurs européens et a, une nouvelle fois, profité aux Allemands, premiers concernés.

L'éclatement de l'euro entraînerait une hausse vertigineuse d'un "nouveau deutsche mark", ce qui aurait des conséquences catastrophiques.

Mais aussi et surtout, les Allemands sont redevables à l'euro de leur bonne performance économique. Ils ne peuvent aujourd'hui laisser tomber la Grèce ni tout autre pays de la zone euro. La solidarité doit s'appliquer. Même s'il ne faut évidemment pas en déduire qu'ils doivent signer un chèque en blanc...

Par Bernard Keppenne

Chief Economist CBC banque et Assurance

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