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D'argent, de sang et de coups pas très francs

Julien  Balboni

Plongée dans l’univers tortueux liant crime organisé et football professionnel avec le livre de trois journalistes français : " Les Parrains du foot "

Pour qui aime le ballon rond et les faits divers, voici un Graal: un vrai ouvrage d’investigation sur les dessous criminels qui entourent football professionnel.

Avec "Les Parrains du foot", Mathieu Grégoire (L’Équipe), Stéphane Sellami (Le Point) et Brendan Kemmet (journaliste indépendant) signent une enquête longue de trois ans et mènent une archéologie judiciaire complètement remise à jour des tares du football, principalement français.

De la Belgique, il n’est (malheureusement) pas question, hormis quand il s’agit de parler du célèbre Francis le Belge… qui n’a jamais été belge.

À l’origine de ces 392 pages denses, la constatation que les mondes des voyous et des footballeurs se croisaient. "Ca fait une dizaine d’année, en travaillant sur le banditisme, que l’on s’est rendu compte qu’un footballeur lensois servait d’homme de paille pour des truands en cavale. Que footballeurs et truands avaient souvent les mêmes centres d’intérêts, les boîtes de nuit, les belles bagnoles, la Côte d’Azur. On a eu envie de creuser cela. On a aussi assisté à l’arrivée des narcotrafiquants des cités françaises. Beaucoup de choses se disaient, peu étaient écrites", rappelle Brendan Kemmet.

Résultat, sur un mode de fait-diversier "à l’ancienne", les trois auteurs ont sollicité leurs sources du monde judiciaire et policier. Et soulevé de vieux lièvres, tel la présence de Richard Casanova, truand de la Brise de Mer présent près de l’Olympique de Marseille dès 1986.

Karim Benzema. ©REUTERS

Le bouquin revient ainsi sur des noms bien connus. Ceux des amitiés récentes de Franck Ribéry ou Karim Benzema, qui leur ont coûté bien cher. Ou ceux encore de Rolland Courbis, Bernard Tapie. Parmi les clubs plus ciblés que les autres, le Sporting club de Bastia et surtout l’Olympique de Marseille où "le changement récent de propriétaires a sans doute assaini les choses", constate Brendan Kemmet.

Le bouquin est touffu, précis, argumenté, sourcé à de multiples reprises. Et se veut d’abord un livre d’investigation qui parle de foot. Et pas l’inverse. "Ce que l’on évoque reste un tabou dans le milieu du foot", poursuit Kemmet. Qui affirme que la rédaction de cette enquête a été menée sans ennuis. "C’est aujourd’hui que des gens sont mécontents de voir leur nom publiés. On a des petites pressions", reconnaît-il.

Une fois le livre refermé, on se met à rêver à tout ce qui reste encore caché dans le petit monde du ballon rond. "J’estime que l’on a effleuré le truc. Le grand tabou, c’est aujourd’hui les voyous des cités. Les vainqueurs de la Coupe du monde sont des cibles potentielles et chaque joueur qui sort d’une cité a le voyou de son environnement qui le rattrape", achève Kemmet, en prenant l’exemple du récent transfert d’Ousmane Dembélé à Barcelone, lui dont l’agent est un repris de justice. Une piste pour un prochain opus? Probablement. Restera aussi à s’intéresser de plus près à la Belgique qui n’a pas été épargnée — et ne l’est toujours pas – par les assauts répétés de milieux interlopes.

J.B.

Les Parrains du foot de Mathieu Grégoire, Brendan Kemmet et Stéphane Sellami,, éd. Robert Lafont, 392 p., 21 euros.

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