Dans la tête de Donald Trump

©AFP

L’échec des négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine a surpris les marchés financiers et la plupart des analystes, ce qui s’explique en grande partie par le fait que l’on n’écoute pas attentivement ce que dit (et surtout " tweete ") le président américain et que l’on continue à le considérer comme un président " normal ". Vous trouverez ici quelques conseils pour mieux comprendre ce " Maître ès Tweets ". Conséquence pratique de cette situation: une guerre froide commerciale vient d’éclater et elle n’est pas près de s’arrêter.

©Photo News

Par Geert Noels
Econopolis

Le problème des Européens, c’est qu’ils ne croient toujours pas que Trump pense réellement ce qu’il dit. Ils continuent à attendre de lui qu’il se comporte en "président", ou pensent qu’il bluffe et que tôt ou tard, il finira par ressembler plus ou moins à Obama.

C’est une personne arrogante, peu raffinée, impulsive, égocentrique et machiste, mais il a un plan.
.
.

Au cours des dernières décennies, Trump n’a pas changé d’un iota et il ne changera pas. C’est une personne arrogante, peu raffinée, impulsive, égocentrique et machiste, mais il a un plan. Un plan qu’il n’a jamais caché: "Make American Great Again", ce qui signifie qu’il ne croit pas à la réciprocité, mais à la défense prioritaire des intérêts des Etats-Unis.

©AFP

Pour comprendre Trump, il ne faut surtout pas se prendre la tête. Quelques règles simples suffisent à lire à travers ses pensées. Le mode d’emploi pour accéder au schéma de pensée de Trump peut être résumé en trois règles:

  1. Dites ce que vous pensez et faites ce que vous dites
  2. La plus courte distance entre deux points, c’est la ligne droite
  3. Négociez comme un trader, pas comme un investisseur.

Ces trois règles sont faciles à comprendre. Ce qui frustre de nombreuses personnes, c’est que Trump fait ce qu’il dit ou promet. La plupart des politiciens promettent des tas de choses, mais font tout le contraire. C’est d’ailleurs parfois mieux ainsi, car beaucoup de ces promesses sont impayables ou impossibles à mettre en place. Mais certains politiciens peuvent tenir parole, même si leur plan est stupide.

Trump peut facilement changer d’avis, et faire ensuite comme s’il avait toujours dit et pensé la même chose.
.
.

La construction d’un mur est une promesse idiote, mais au moins, Trump continue à défendre son idée pour que nous puissions vérifier si c’est ou non une idée farfelue. Lorsque Trump envoie un tweet, vous ne devez pas chercher très loin sa signification. S’il déclare qu’il trouve la Fed stupide, c’est qu’il le pense réellement.

Jerome Powell, président de la Fed. ©AFP

 Il ne cache pas qu’il souhaite mettre Jeremy Powell sous pression, et il y réussit apparemment. Enfin, "Donald-le-tweeteur" peut aussi se montrer très opportuniste: on pourrait dire qu’il se comporte comme un trader, et pas comme Warren Buffett. Par ailleurs, Trump peut facilement changer d’avis, et faire ensuite comme s’il avait toujours dit et pensé la même chose.

 

Les premiers tweets de Trump sont envoyés dès son réveil. On a l’impression qu’il communique de son lit présidentiel ses premières impressions de la journée, ou certaines idées qui ont émergé après une nuit de sommeil. Cela offre un point de vue unique sur le cerveau du président américain et matière à recherche pour les anthropologues, les politologues et même les économistes.

Trump considère le Dow Jones comme le baromètre de sa popularité, et la hauteur du Dow est directement proportionnelle à son niveau de confiance. Lorsque le 24 décembre l’indice boursier américain a atteint son plus bas niveau, nous avons pu ressentir sa frustration. Mais un seul tweet, combiné à la déclaration "Plunge Protection Team" de son ministre des Finances, a suffi pour relancer un rallye boursier. Quelques semaines plus tard, on pouvait sentir le soulagement du président: sa "popularité" avait remonté.

©AFP

Penser comme Trump

Si vous maîtrisez les règles simples permettant de "Penser comme Trump", il est plus facile de comprendre et de prédire sa politique. Nombreux sont ceux qui pensent que Trump bluffait quand il parlait de lancer une guerre commerciale avec la Chine. Mais le président n’a cessé de marteler dans des dizaines de mails (tweets?) qu’il était le "Tarrif Man" et qu’il souhaitait endiguer les ambitions de la Chine.

©REUTERS

Lorsque Trump a offert à l’accord avec la Chine des funérailles nationales par l’intermédiaire d’un tweet percutant, tous les investisseurs et la plupart des analystes sont tombés de leur chaise. Ils devaient pourtant s’y attendre: le président suit simplement le scénario que son conseiller Peter Navarro a décrit en 2012 dans le livre "Death by China". Plus encore: il a produit un documentaire "à la Al Gore" qui montre en résumé que la Chine est l’ennemie des Etats-Unis. Elle profite des consommateurs américains, vole le know-how et la technologie, et souhaite surpasser les Etats-Unis sur le plan militaire.

Et, "by the way", les produits chinois sont dangereux. Que propose-t-il? Des droits de douane, des sanctions et une politique plus dure. À quoi devons-nous nous attendre en 2019? A une copie conforme du script écrit sept ans plus tôt par ce docteur en économie de l’Université Harvard.

Trump croit fermement que les revenus des taxes douanières pourront notamment adoucir la situation catastrophique dans laquelle se trouve son budget.
.
.

Que faut-il en conclure pour les mois et années à venir? À l’image des "NeoCons" (néoconservateurs, ndlr), sous le président Bush, qui s’étaient donnés comme mission sacrée de lutter contre "l’Axe du mal" – ce qui s’est traduit par l’invasion de l’Irak – Trump et Navarro ont pour mission idéologique d’affaiblir la Chine tant qu’il en est encore temps. Trump croit fermement que les revenus des taxes douanières pourront notamment adoucir la situation catastrophique dans laquelle se trouve son budget. Jusqu’à présent, la confiance des consommateurs américains a nettement augmenté depuis l’élection de Trump. Une analyse plus poussée révèle cependant un élément étonnant: seuls les électeurs de Trump sont devenus plus optimistes, les électeurs démocrates étant au contraire plus pessimistes. La politique de Trump est donc positive pour ses propres électeurs. Il sera vraisemblablement réélu, ce que personne ne veut croire en Europe (à cause de sa personnalité tellement insupportable).

Mais si la politique de Trump est positive à court terme pour les investisseurs en actions et pour ses électeurs, elle est néanmoins risquée. Les droits de douane imposés sur les produits chinois toucheront les consommateurs américains moyens, via leurs achats chez Wal-Mart et la hausse des prix d’autres biens de consommation.

©AFP

L’inflation se tient en embuscade, ce qui signifie que les taux pourraient augmenter. Cela pourrait aussi être le résultat des contre-mesures des Chinois, qui ne peuvent taxer beaucoup de produits américains, certes, mais peuvent vendre des bons du Trésor. La guerre froide commerciale qui vient de démarrer sera surtout menée sur le champ de bataille technologique. Huawei est dans la ligne de mire, mais Apple en subira également les conséquences. Et bien entendu aussi Boeing.

Toutes ces mesures et contre-mesures ont déjà fait plonger les échanges commerciaux internationaux, ce qui augmente le risque de récession pour 2020, à moins qu’elle n’ait déjà commencé en Allemagne. En cas de récession américaine, le déficit public pourrait rapidement monter à 6, 7 voire 8% du PIB. Trump n’aime pas augmenter les impôts des entreprises, sauf s’il s’agit d’entreprises "démocrates".

Facebook, Apple, Amazon et Google ne sont pas les amies de Donald. Leurs "buybacks" et leur faible imposition pourraient devenir la cible des tweets du dirigeant républicain va-t-en-guerre. Si nous pensons comme Trump, nous comprendrons qu’il ne lâchera pas facilement prise à propos de la Chine. Il faudra attendre que le Dow se retrouve réellement sous pression et que l’inflation touche les électeurs républicains pour que Trump l’opportuniste retourne sa veste.



Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect