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Dans le monde du travail, il y a les hérissons... et les renards

Directeur HR Research - Securex

Beaucoup des changements dans notre manière de travailler sont là pour durer. Nous serons donc bien mieux lotis après la crise qu'avant celle-ci.

Avant même qu’il ne soit question de coronavirus, de nombreuses entreprises étaient déjà occupées à définir leur nouvelle façon de travailler. Plus de flexibilité, plus d’activités, la possibilité de choisir le lieu et les moments de travail; certaines organisations étaient déjà bien engagées. Mais soyons réalistes: pour la majorité des PME belges, cette flexibilité était encore loin d’être acquise. La crise du coronavirus nous a tous obligés à travailler de manière radicalement différente. Bonne nouvelle: beaucoup de ces changements sont là pour durer. Nous serons donc bien mieux lotis après la crise qu’avant celle-ci.

"Ceux qui ne changent pas, ou ne veulent pas changer, auront de plus en plus de mal à attirer les talents et à retenir leur personnel."
Frank Van Der Sijpe
Directeur de la recherche RH chez Securex

Bien sûr, il existe encore des chefs d'entreprise qui veulent revenir à une situation normale le plus rapidement possible. Je les appelle souvent les hérissons ; ils se replient sur eux-mêmes, hérissent leurs pointes pour éviter toute agression extérieure et espèrent que tout ira bien. Mais le hérisson est un animal en perpétuel danger en Belgique : ceux qui ne changent pas, ou ne veulent pas changer, auront de plus en plus de mal à attirer les talents et à retenir leur personnel. Contrairement au hérisson, le renard s'est bien adapté à l'environnement urbain, et s'épanouit désormais dans des environnements en rapide évolution.

L'audit du personnel

Les chefs d'entreprise qui s'adaptent ou veulent s'adapter peuvent le faire dès maintenant. Commencez par un audit auprès de votre personnel pour savoir combien de jours les employés aimeraient travailler à domicile et combien de temps ils aimeraient passer au bureau. Les recherches montrent que la proportion idéale est de 2,5 jours ; si les gens travaillent davantage à la maison qu'au bureau, il devient plus difficile de maintenir un lien avec l'entreprise et les collègues.

Frank Vander Sijpe. ©doc

Afin d’orienter les nouvelles méthodes de travail dans la bonne direction, nous recommandons de déterminer au préalable les activités qu'il est préférable d'effectuer au bureau et celles qu'il est préférable d'effectuer à la maison ou dans un troisième lieu (comme un bureau satellite par exemple). La matrice qui émerge entre le lieu de travail, le travail synchrone (ce que nous pouvons faire ensemble) et asynchrone (ce que nous faisons mieux individuellement) donne une indication très claire sur la manière dont le travail peut être mieux organisé.

Certains de nos clients ont déjà fait cet exercice et, en fonction des résultats, ils ont commencé à réaménager leurs espaces de bureau. Alors que les bureaux se composaient traditionnellement de 70% d'espace de travail individuel et de 30% d'espace de réunion, la situation sera radicalement différente à l’avenir et l'équilibre pourrait même être inversé.

Le "droit de se déconnecter"

«Les moments où je pouvais me déconnecter complètement en voiture me manquent», entend-on parfois. Si, d'une part, on constate d'importants gains en termes de productivité (les gens ne sont plus coincés dans les embouteillages), le «droit de se déconnecter» - même quand on est chez soi - est parfois oublié.

"Les employeurs doivent renoncer à l'idée que, lorsque les gens travaillent à la maison, ils sont disponibles du matin au soir."
Frank Van Der Sijpe
Directeur de la recherche RH chez Securex

Notre nouvelle façon de travailler implique également pour les employeurs de renoncer à l'idée que, lorsque les gens travaillent à la maison, ils sont disponibles du matin au soir. Tout comme au bureau, il est important de faire une pause de temps en temps, de promener le chien ou d’aller chercher une baguette à la boulangerie du coin. Ces moments remplacent désormais les discussions près de la machine à café.

Le coronavirus a profondément changé nos vies, et bien que les gens aient besoin de perspectives, les entreprises peuvent les leur fournir elles-mêmes. Engagez-vous auprès de vos employés, repensez votre façon de travailler et donnez un signal clair que le moment est venu d'améliorer notre situation professionnelle. Selon le SPF Economie, 20% des personnes travaillaient à domicile avant la crise ; il y a un potentiel de 40% de travail à domicile. Nous en sommes désormais à 39%. Le coronavirus a fait en sorte que nous ayons l'occasion de revoir les choses en profondeur. C'est maintenant que nous devons saisir cette opportunité, afin de ne pas retomber aux 20% d'avant la crise.

Frank Van Der Sijpe
Directeur de la recherche RH chez Securex

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