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Dans les maisons de repos, on meurt aussi de solitude

©Photo News

La visite d’un membre de la famille a sa place parmi bien d’autres mesures. Il faut permettre à un proche de visiter dans son home son parent perclus de chagrin et isolé.

Nous le savons tous, la fragilité des personnes âgées face au coronavirus tient aux ressources physiques et immunitaires qu’elles peuvent engager dans le combat contre la maladie. Mais on oublie fréquemment que ces ressources sont aussi morales, psychologiques et sociales. Et il est une fragilité bien plus sournoise, plus fondamentale qui affecte aujourd’hui les résidents des maisons de repos, c’est celle de n’être représentés par aucune association, aucune instance représentative, aucun porte-parole. Jusqu’à ne pas faire partie active de la société civile et même, disons le plus abruptement, jusqu’à ne plus faire réellement partie de la société.

Georges Dallemagne 

Député fédéral cdH

Ils sont pour la plupart sur le banc de touche, spectateurs de leur propre sort, un sort dont les autres décident. Cette situation injuste devient aujourd’hui tragique, car les personnes de grand âge, dépendantes affectivement, sont immensément sensibles à la solitude. Et leur isolement forcé est un drame. 

Alors oui, dans la stratégie que nous essayons de développer par rapport à l’épidémie, la visite d’un membre de la famille a sa place parmi bien d’autres mesures. Il faut permettre à un proche de visiter dans son home son parent perclus de chagrin, affolé par les images de la débâcle sanitaire tournant en boucle sur l’écran de télévision accroché au mur de sa chambre et devant lequel elle ou il a été installé depuis un mois.

Car l’isolement total ou presque, en amène plus d’une ou d’un à se laisser glisser hors de cette vie devenue insupportable. Une visite peut être une aide vitale pour certaines personnes très âgées, désorientées. Elle peut être un soulagement important pour leur famille, et aussi un soutien au personnel qui se bat chaque jour pour qu’elles vivent dans un minimum de bien-être. 

Humaniser un sort cruel

Cette proposition a pourtant fait scandale, à tel point qu’elle été immédiatement suspendue. Nous sommes autorisés à faire nos emplettes dans les jardineries et les magasins de bricolage, mais ils devraient eux, elles surtout, car il s’agit souvent de femmes, rester à l’isolement complet, parfois jusqu’à ce que mort s’en suive, dans quinze mètres carrés. Génocide! Voilà comment un "responsable" n’a pas hésité à qualifier la décision du Conseil National de Sécurité de permettre ces visites. Il a micro ouvert auprès de nombreux médias, sans contradicteur. Il faut maintenir les vieux dans leur isolement, même s’ils doivent en mourir, pour les protéger d’un génocide… Il fallait oser, parlant de la volonté du Conseil national de sécurité (CNS) d’humaniser un tout petit peu le sort cruel de cette population largement abandonnée au seul secours d’un personnel ultra motivé et engagé, mais débordé et sans moyens. 

"L’isolement total ou presque, en amène plus d’une ou d’un à se laisser glisser hors de cette vie devenue insupportable."
Geroges Dallemagne
Député fédéral cdH

On peut comprendre bien sûr les interrogations de certaines directions de maison de repos, qui n’avaient été ni averties ni impliquées dans la discussion. Elles ont reçu peu d’aide, elles luttent de manière acharnée contre ce virus, ne comptant la plupart du temps que sur leurs seules ressources, leur ingéniosité et le talent de leurs équipes à qui il faut rendre hommage. Alors que chacun se calfeutrait chez lui, le personnel des maisons de repos montait au front tous les jours, toutes les nuits, et le fera encore de nombreux mois.

Ces aides-soignantes, ces infirmières, ces kinés, ce personnel logistique et administratif ont eux-mêmes été touchés par cette épidémie, mais ils sont aussi meurtris par l’hécatombe des personnes fragiles qu’ils accompagnent, souvent depuis de nombreuses années, et qu’ils tentent de protéger de la mort. Chacun sait que le déconfinement général n’aura pas lieu avant longtemps et qu’il s’agit de tenir sur la longueur et d’éviter de se retrouver avec des chambres vides, de plus en plus vides et lugubres. 

Il faut donc démarrer tout de suite. Les arguments que j’entends parfois pour retarder ce contact avec les familles ne tiennent pas la route. Un peu de bon sens permet d’y voir clair. J’ai eu l’occasion de les discuter avec l’équipe de direction d’un home où j’ai souhaité me rendre utile en y travaillant. Elle voit bien comment on pourrait opérer. Les familles importeraient le virus dans les homes? Non, pas plus que le personnel soignant à condition de respecter des mesures barrière, comme le port du masque ou le gel hydroalcoolique, et en réservant un local dédié aux visites.

Il n’y a pas assez de masques pour en donner au visiteur? Les familles se procurent aujourd’hui facilement des masques de bonne qualité en tissu. Il faudra mobiliser du personnel? Oui, et c’est pour cela qu’ils ont besoin d’une aide extérieure et de bénévoles. Des listes de volontaires compétents prêts à aider existent. Les tests systématiques ne sont pas terminés? On ne voit pas trop le rapport, il y aura jusqu’à trente pour cent de faux négatifs, mais, soit, commençons par les homes où ils ont été réalisés. 

Ne tombons pas non plus dans le piège de l’encommissionnement! Il ne faudrait pas qu’après avoir gravement négligé cette population, après avoir tant tardé à la protéger, on la maintienne aujourd’hui en quarantaine, sans visite d’un parent aimé, indispensable, au prix d’une souffrance qui serait si cruelle que la mort vaudrait mieux que la vie. Une mort sans avoir même avoir pu dire au revoir à ceux qu’on aime. Inacceptable barbarie. Les vieilles, les vieux, puisque c’est comme cela qu’on les appelle, sont plus que des survivants, ce sont des êtres humains. Traitons-les comme tels, montrons-leur notre humanité, ils en ont besoin.

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