carte blanche

"Dans mon entreprise, il n'y a pas de burn-out"

Anne Everard

Les chiffres sont connus : 80% d’augmentation des maladies de longue durée en 10 ans (2005-2015). Et le coût de ces absences a dépassé cette année le coût des allocations de chômage. 35% seraient des burn-out.

Par Anne Everard  
Consultante, conférencière et auteure

Depuis la parution de mon livre *, je croise des DRH qui veulent en savoir plus et des chefs d’entreprise qui se ferment comme des huîtres dès qu’ils entendent le mot "burn-out". Comme si d’en parler pourrait donner des idées à leurs travailleurs. Les plus téméraires osent même un "Dans mon entreprise il n’y a pas de burn-out"…

Les chiffres sont connus: 80% d’augmentation des maladies de longue durée en 10 ans (2005-2015). Et le coût de ces absences a dépassé cette année le coût des allocations de chômage. 35% seraient des burn-out.

S’il y a une explosion de cas de burn-out ces dernières années, il y a des raisons à cela. Si on les comprend, on peut agir en amont et éviter que l’épidémie ne continue à se propager. Le gain humain et financier serait majeur tant pour les travailleurs que pour l’entreprise et la société en général.

Deux choses ont fondamentalement changé ces dix dernières années.

D’une part, il y a une accélération phénoménale de nos activités professionnelles et privées. Depuis la crise bancaire de 2008, les entreprises ont dû s’adapter, elles font plus avec moins (de personnel notamment). Et elles ne sont pas seules, les pouvoirs publics et les soins de santé suivent la même tendance. Cette accélération se retrouve aussi dans les activités de la vie privée: notre vie n’est plus la même que celle de nos parents, nous courrons en permanence, nos enfants ont des agendas de ministre. Un grain de sable dans cette organisation lancée à vive allure et la machine se grippe, les gens craquent.

Il y a 10 ans, le smartphone et tablettes arrivaient...

D’autre part, il y a dix ans, les smartphones et tablettes faisaient leur joyeuse entrée dans nos vies. Combien sommes-nous à passer huit heures par jour devant un ordinateur et à cumuler avec le smartphone sur le chemin du travail, dans les transports en commun, au feu rouge, à la caisse du supermarché. Et à la maison, on poursuit avec Facebook, les jeux, les sites d’info… Le cerveau a besoin de temps de repos pour digérer l’information, lui donner une place. Le corps a besoin de temps de repos pour faire revenir les hormones du stress (adrénaline et cortisol) à des taux normaux.

Cette accélération des vies professionnelles et privées, combinée à l’hyperconnectivité, nous fragilise. Notre hygiène de vie peut s’en trouver impactée: moins bon sommeil voire insomnies, besoin de sodas en journée pour tenir le coup et d’un ou plusieurs petits verres le soir pour accélérer le sentiment de détente, on mange plus de sucre, plus de gras. Et cerise sur le gâteau, comme on se sent fatigué, on a moins le courage de faire du sport ou même de marcher 20 à 30 minutes par jour. Et petit à petit, c’est votre niveau d’énergie global qui diminue, vous vous fragilisez.

61% des Allemands se sentent plus stressés qu’il y a seulement trois ans. Et vous?

La théorie des petites cuillères

Il y a un bon moyen pour mesurer son niveau d’énergie: la théorie des petites cuillères.? Imaginez qu’une personne en forme dispose de 50 petites cuillères en se levant le matin. Chaque action va lui coûter une, deux, trois petites cuillères. Le soir, plus de petites cuillères. On dort et on recommence avec 50 nouvelles petites cuillères.

Et vous, combien de petites cuillères avez-vous au réveil? Autant qu’il y a dix ans? Un peu moins? Si c’est le cas, profitez de l’été pour apprendre à ralentir et à vous désintoxiquer des écrans, corrigez ce qui peut l’être dans votre hygiène de vie et regagnez durablement toutes vos petites cuillères!

Si nous comprenons ces mécanismes, si nous apprenons à reconnaître les signes annonciateurs d’hyperactivité et de baisse de notre niveau d’énergie (maux de tête, de nuque, de dos, problèmes de digestion, insomnies, dépendances, mais aussi moins de patience, irritabilité, cynisme, changement d’humeur, désintérêt, isolement) chez nous-même et chez nos collègues, nous pourrons prendre des mesures correctrices avant qu’il ne soit trop tard, avant que tout le corps ne lâche et que nous fassions l’expérience douloureuse du burn-out. Sachez aussi que ce sont les personnes les plus enthousiastes, dynamiques, perfectionnistes qui craqueront en premier.

Alors, chefs d’entreprise, n’ayez pas peur. Parlez de prévention du burn-out dans votre entreprise: informez vos travailleurs et préservez ainsi le bon fonctionnement de vos équipes.

* "Guide du burn-out. Comment l’éviter, comment en sortir". Ed. Albin Michel, 2017.

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