carte blanche

Dégoûtants, dégoûtés, dégagés… Qui restera-t-il?

" Dans la politique, quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera plus que les dégoûtants ". On connaît la formule de Paul Vanden Boeynants – qui s’y connaissait en mœurs politiques, pour le dire poliment.

Par Martine Maelschalck
Senior Advisor
Whyte Corporate Affairs

Les départs de personnalités qui ont marqué durablement la vie publique se multiplient en Belgique. Plusieurs responsables politiques impliqués dans les affaires et scandales qui secouent le paysage belge ont déjà été priés de quitter la scène. D’autres sont (seront?) incités à prendre le même chemin.

Les "dégoûtés", eux, décident un jour de jeter l’éponge. Pour de multiples raisons: trop tendres, trop idéalistes, trop impatients, mais aussi trop clivants, trop abîmés… trop vieux. Pas forcément en âge, mais en longévité. Le public se lasse vite, les médias aussi, et bien davantage aujourd’hui qu’hier.

Même les crocodiles à la peau la plus dure finissent parfois par déclarer forfait. Dans cette catégorie, les annonces successives de Joëlle Milquet (cdH) et de Laurette Onkelinx (PS) interpellent par leur similarité. Il est frappant qu’elles invoquent à mots couverts les mêmes causes, à savoir qu’un matin, trop is te veel: trop de combats, trop de violence, trop d’insultes, trop de pression sur les épaules, trop d’ennemis…

Il y a quelques années, les départs de Sabine Laruelle (MR) ou de Melchior Wathelet (cdH), qui n’étaient "vieux" ni en politique ni en âge, avaient d’ailleurs été motivés par une même lassitude, un même besoin de respirer une autre atmosphère.

La vie politique ne se quitte cependant pas facilement. Sabine Laruelle, après un break dans le secteur privé, vient de remettre un pied dans la politique. Un retour discret, certes (elle est devenue commissaire du gouvernement wallon au Forem et collabore au cabinet de Pierre-Yves Jeholet), mais un retour quand même. Preuve que l’investissement dans la politique est souvent une histoire de passion, plus encore que de pouvoir.

Hasard du calendrier? Il n’aura échappé à personne que les quelques exemples figurant ci-dessus concernent essentiellement des femmes. Un mouvement qui s’est encore amplifié le week-end dernier lorsque pas moins de trois femmes du cdH ont annoncé leur retrait de la vie politique.

Les hommes s’accrocheraient-ils davantage au pouvoir contre vents et marées, encaissant coup après coup sans se décider à prendre une décision pourtant souvent inéluctable?

Dégager ou être dégagé

Ne tombons cependant pas dans l’angélisme. Il arrive aussi que ceux (celles) qui décident de s’en aller le fassent parce qu’ils préfèrent choisir une porte de sortie élégante et s’éloigner tant qu’ils ont encore la maîtrise de leur destin. Dégager ou être dégagé, en quelque sorte.

Car aux "dégoûtés" et "dégoûtants" s’est ajoutée une nouvelle catégorie: les "dégagés". Bien sûr, c’est le lot de l’homme ou de la femme politique de se soumettre au choix de l’électeur et, le cas échéant, de devoir quitter la scène. Mais il arrive que la sortie de piste soit plus brutale que prévu.

Certains "dégagés" n’avaient encore jamais envisagé de quitter la vie publique. Ils ont été emportés par la vague anti-politique et anti-élites qui secoue la classe politique occidentale, depuis le Brexit jusqu’aux élections primaires en France (exit Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou Manuel Valls).

Les élections à venir en Belgique apporteront certainement elles aussi leur lot de surprises, voire de cuisantes défaites. Ce "dégagisme", qui se développe dans un climat démagogique de plus en plus assumé, ne vise pas seulement des hommes ou des femmes politiques qui auraient fauté.

Ainsi, en France, Benoît Hamon (PS) a subi un revers électoral plus lourd que François Fillon (LR). De quoi était-il coupable, si ce n’est de ne pas avoir vu venir la vague, d’être resté fidèle à un parti traditionnel quand tout semblait sourire aux nouvelles têtes et aux partisans de la table rase? Aujourd’hui les citoyens n’ont plus peur de faire tomber les icônes de leur piédestal.

Un métier noble

Le "dégagisme" ne vise donc pas que les "dégoûtants". Mais qui restera-t-il alors sur la scène politique? Les "jeunes" appelés par Laurette Onkelinx? Les plus idéalistes? Ou au contraire les plus cyniques et les plus insensibles?

Au-delà de l’évolution de l’opinion publique et des questions de génération, quelle serait la liste des qualités nécessaires aujourd’hui pour survivre en politique? Sans aucun doute: intégrité, compétence, conviction, persévérance, charisme… Mais aussi force de travail, résistance au stress et blindage psychologique face à la critique. Il faut accepter d’être en permanence observé, scruté, insulté, moqué, critiqué, de voir la moindre de ses paroles disséquée, le moindre pas de travers sanctionné en temps réel sur les réseaux sociaux. Et tout cela, gouvernance oblige, sans exercer d’autre activité et sans salaire mirobolant.

La fonction politique est un métier noble qu’il faut mériter, une responsabilité écrasante qu’il faut assumer. Cela ne doit pas valoir à ceux qui l’occupent des privilèges particuliers. D’autres métiers sont autrement pénibles et lourds de responsabilités. Mais cela doit-il pour autant leur valoir tant d’indignité?

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