Des paroles aux actes

©Antonin Weber / Hanslucas

De manière générale, les Européens se disent heureux et satisfaits de leur vie. Pourtant, interrogés sur l’avenir, ils se déclarent préoccupés pour leur emploi, pour leur retraite et pour l’avenir de leurs enfants. Notre réponse pour prendre notre avenir en main? Le socle européen des droits sociaux.

©AFP

Par Marianne Thyssen
Commissaire européenne en charge de l’Emploi, Affaires sociales, Compétences et Mobilité des travailleurs

Ces cinq dernières années, nous avons accompli des progrès remarquables en matière d’Europe sociale. Le taux de chômage n’a jamais été aussi bas; il est plus facile de travailler à l’étranger, dans des conditions plus équitables, et les jeunes pères partout en Europe pourront bénéficier d’un congé de paternité rémunéré. De même, les personnes handicapées se verront offrir des produits et des services plus accessibles, qui les aideront à participer sans restriction aucune à la vie sociale et professionnelle. Dans de nombreux domaines, l’Europe a apporté des améliorations tangibles.

L’Union européenne a été la première organisation internationale dans le monde à définir un agenda pour le monde du travail de demain.
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Mais parviendrons-nous à maintenir le cap? Le monde change: les avancées technologiques ont rarement été aussi rapides et la mondialisation progresse encore. De manière générale, les Européens se disent heureux et satisfaits de leur vie. Pourtant, interrogés sur l’avenir, ils se déclarent préoccupés pour leur emploi, pour leur retraite et pour l’avenir de leurs enfants. Notre réponse pour prendre notre avenir en main? Le socle européen des droits sociaux. En adoptant ce socle, l’Union européenne a été la première organisation internationale dans le monde à définir un agenda pour le monde du travail de demain. Des initiatives nouvelles et audacieuses ont ainsi pu voir le jour.

Les compétences font partie des facteurs qui auront une influence croissante sur nos sociétés et nos économies. Par exemple, il existe déjà des robots capables de confectionner une pizza. Mais ces machines ne peuvent pas remplacer complètement les êtres humains. Ceux-ci devront plutôt acquérir des compétences numériques pour être capables d’utiliser le robot. Et nous aurons besoin de cerveaux humains pour concevoir, construire et réparer ce robot. Nous avons démarré un programme dont l’objectif est de doter les personnes des compétences adaptées au marché du travail et de leur permettre de mener une vie épanouissante. Notre capacité à acquérir de nouvelles compétences est essentielle à cet égard, comme dans d’autres domaines. Parce que l’avenir du travail n’est pas seulement une question de mutation numérique mais aussi de verdissement de notre économie, de chaînes de valeur mondiales et d’évolution démographique, notamment de vieillissement de la population.

Pour en savoir plus sur le socle européen des droits sociaux.

Nos réglementations n’ont pas été conçues pour ces formes de travail et il est indispensable de les mettre à jour pour que la flexibilité conduise à la croissance et à l’emploi plutôt qu’à l’insécurité et à la précarité.
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Le nouveau monde du travail multiplie aussi les formes de travail et les types de carrière. Au lieu d’avoir un emploi pour la vie, les travailleurs occupent aujourd’hui une dizaine d'emplois au cours de leur carrière. Au lieu de travailler pour un patron dans un bureau, ils travaillent pour une application ou une plateforme internet selon un horaire flexible. Nos réglementations n’ont pas été conçues pour ces formes de travail et il est indispensable de les mettre à jour pour que la flexibilité conduise à la croissance et à l’emploi plutôt qu’à l’insécurité et à la précarité. Des millions de travailleurs ayant une formule de travail très souple ignorent, au moment de démarrer leur contrat, s’ils sont soumis à une période d’essai. Ou bien ne reçoivent que le dimanche leurs horaires pour la semaine suivante. Nous avons mis en place de nouvelles règles pour abolir ces pratiques.

©Bloomberg

Qui plus est, il ne va plus de soi aujourd’hui qu’une personne qui travaille a accès à la protection sociale et est couverte en cas de maladie ou d’accident ou à l’âge de la retraite. Dans le prolongement du socle des droits sociaux, les pays de l’UE se sont engagés à garantir que le plus grand nombre possible de personnes puissent être assurées et se constituer des droits moyennant cotisations. Grâce à ces mesures et à d'autres encore, nous sommes passés des paroles aux actes. En mettant en œuvre les promesses du socle, l’Union européenne offre un bouclier contre les nouveaux problèmes sociaux.

Mon mandat de commissaire touche à sa fin, et les élections européennes détermineront qui pilotera le navire européen à l’avenir. Le socle européen des droits sociaux est la boussole qui nous aidera à maintenir le cap. Par ailleurs, nous disposons d’un ensemble solide de règles applicables dans toute l’Europe. Mais tous les citoyens ne connaissent pas leurs droits, par exemple en cas de discrimination. C’est pourquoi nous avons lancé une action de sensibilisation pour rappeler aux citoyens que le droit de l’Union les protège contre toute discrimination sur le lieu de travail fondée sur l’âge, le sexe, le handicap, l’origine ethnique ou raciale, la religion ou les convictions ou encore l’orientation sexuelle.

La Belgique est l’un des États membres où l’écart de taux d’emploi entre les personnes handicapées et non handicapées est le plus important.
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Avec l’acte législatif européen sur l'accessibilité, nous avons rendu de nombreux produits et services essentiels accessibles aux personnes handicapées. Les situations en matière d’emploi demeurent cependant très contrastées entre les États membres. La Belgique est l’un des États membres où l’écart de taux d’emploi entre les personnes handicapées et non handicapées est le plus important . La Commission européenne rencontrera des employeurs belges à Bruxelles pour discuter de leurs expériences et de leurs difficultés en matière d’aménagements raisonnables.

©Photo News

Des aménagements raisonnables sont essentiels pour leur permettre d’accéder au monde du travail, et la législation de l’UE impose des obligations aux employeurs. Et pourtant, il reste encore beaucoup à faire pour que les personnes handicapées puissent s’asseoir à la même table. Cette nouvelle action de sensibilisation vise également à montrer que parfois, des solutions techniques et sociales simples, telles que l’installation d’une rampe ou la fourniture d’une application d'agrandissement d’écran, permettent à une personne handicapée d’entrer sur le marché du travail et de s’y maintenir.

Passer des paroles aux actes implique également d’agir pour une société plus juste, fondée sur l’égalité des chances. L’Europe, dans toute sa diversité, a beaucoup de choses à célébrer et tout autant à défendre.

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