chronique

Dieu est mort, vive Facebook!

Ayoub Assabban

Il est peu de dire que l’année 2018 a été riche en actualités. Pourtant, sans que quiconque n’en parle, un fait historique a eu lieu: lors du dernier trimestre 2018, Facebook a dépassé la barrière symbolique des 2,4 milliards d’utilisateurs (mensuels) actifs.

Or le très réputé centre de recherche américain Pew Research Center, connu pour ses statistiques démographiques religieuses mondiales, estime le nombre de chrétiens – la plus grande communauté religieuse à travers le monde – à 2,3 milliards. Ainsi, et pour la première fois de l’histoire de l’humanité, une organisation (indéniablement) créée de toutes pièces par l’homme, dépasse le nombre de fidèles de l’Église. Plus frappant encore: nous passons, en moyenne, pas moins d’une heure par jour sur l’une des applications de la firme (Instagram, WhatsApp ou Facebook). Quel clergé peut se targuer d’avoir des fidèles aussi dévoués?

Notre société occidentale vit sans aucun doute un déclin du sacré. Prophétique, Nietzsche affirmait même, dès 1882, la mort de Dieu. S’il n’ignorait probablement pas que le regard de l’homme se portait jadis vers le ciel, le constat que notre regard profane se porte désormais sur des écrans le laisserait pantois.

Et si, sans le savoir, les Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple pour ne citer qu’eux) avaient tué Dieu? À bien y réfléchir, ces géants du web et du numérique jouissent bel et bien des attributs jusqu’alors divins.

D’abord, ils sont omniscients. Prenons l’exemple de Google pour qui nous n’avons plus de secret: il sait qui nous sommes, ceux que nous chérissons, nos centres d’intérêts, nos faiblesses voire même nos désirs. Vous êtes malades? Ne priez plus, quelques clics suffisent pour trouver la voie de la guérison. Vous êtes perdu? Il vous donne le droit chemin. Quelques regrets?

Implorez le droit à l’oubli. Au fond, Google c’est comme l’Église; mais sans la transcendance.

Ensuite, ils sont omniprésents tant il paraît au moins difficile sinon impossible d’échapper à leur présence. J’en veux pour preuve la société Apple, initialement une société spécialisée dans la construction d’ordinateurs personnels, active aujourd’hui dans le marché des smartphones avec ses iPhone, de la musique avec sa solution Apple Music, des montres et de la santé avec son Apple Watch, bancaire avec sa nouvelle solution de paiement Apple Pay et peut-être demain dans l’industrie automobile avec une voiture autonome Apple Car?

Enfin, ils sont omnipotents. Ayant des chiffres d’affaires surpassant les produits intérieurs bruts de nombreux pays développés, rien ne semble les arrêter. Les quelques tentatives de nos institutions publiques à réprimer leurs méfaits s’apparentent piteusement à David contre Goliath.

Par ailleurs, nul ne pourra nier les similitudes en matière de modus operandi. À chaque Dieu son messager: Larry Page (Google), Steve Jobs (Apple), Marc Zuckerberg (Facebook) ou encore Jeff Bezos (Amazon) – colportant leur vision à quiconque rechercherait le salut.

Méfiez-vous également du diable qui réside dans les détails aux confins des conditions générales d’utilisation ou de ventes qui ont manifestement de ceci en commun, avec les Livres Saints, que beaucoup en parlent mais peu ne les lisent (comprennent) vraiment. La messe est dite.

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