carte blanche

Emmanuel Macron, une source d'inspiration pour les centristes belges

Emmanuel Macron sera peut-être, dans quelques semaines, élu président de la République française. Quel que soit le résultat final, il apparait déjà comme la révélation de cette campagne électorale et même de la vie politique française de ces dernières années.

Par Céline Fremault *

Il est ici utile de rappeler que son mouvement En Marche ! a été fondé il y a à peine un an. L’ascension fulgurante d’Emmanuel Macron doit interpeller en Europe, en Belgique et en particulier les centristes.

En effet, si Emmanuel Macron ne se déclare pas explicitement centriste, il l’est de fait. D’abord par sa volonté de dépasser le clivage gauche-droite qui a structuré le débat politique français depuis tant d’années. A l’heure où certains voudraient importer ce clivage comme grille d’analyse en Belgique, sa quasi disparition en France a de quoi nous interpeller. Cette volonté se double d’un pragmatisme dans les propositions socio-économiques.

Macron cherche l'efficacité

Issu de la gauche réformiste, Emmanuel Macron cherche l’efficacité, mais en n’oubliant jamais l’impératif de justice sociale et d’égalité des chances. Il est donc loin des postures idéologiques univoques, typiques de la gauche ou de la droite et, en Belgique, des libéraux. Ce pragmatisme s’accompagne de deux principes fondamentaux : le refus du repli sur soi et l’engagement sans équivoque ni condition dans le projet européen.

Le fond du programme proposé par Emmanuel Macron est donc particulièrement proche de celui du cdH : ni droite, ni gauche, pragmatique au niveau socio-économique et résolument engagé pour l’Europe. En ce sens, il était tout à fait logique de voir François Bayrou, héritier comme nous d’une démocratie chrétienne qui a construit l’Europe, rejoindre son mouvement.

L'appel à la société civile

Comme européen et humaniste, on ne peut donc que souhaiter qu’Emmanuel Macron soit le prochain président de la République française. Mais l’on voit bien qu’en Belgique nous ne sommes pas les seuls à émettre ce souhait, déjà exprimé par certains dont Défi. Néanmoins, la préférence affichée par ce parti s’appuie surtout sur les mesures concrètes du programme d’En Marche. La mienne s’appuie sur des affinités plus profondes. Au-delà de ces convergences, les humanistes doivent s’inspirer de ce qui fait l’originalité et peut-être le véritable succès d’Emmanuel Macron : l’appel à la société civile et une affirmation forte et sincère de ses convictions.

En effet, le principal enseignement du succès d’Emmanuel Macron et de son mouvement ne réside pas de prime abord dans le contenu de son programme, mais bien dans une forme radicalement nouvelle de " faire de la politique ". Au-delà du " cas Macron ", notons que cette élection française aura consacré la chute vertigineuse des partis dits " traditionnels ". En effet, sur les quatre candidats en mesure de remporter l’élection présidentielle, seul François Fillon est issu d’un de ces partis qui a structuré la vie politique française. Ce renouveau radical de l’offre politique est d’ailleurs bien loin de se limiter à la France. Syriza en Grèce, le Mouvement cinq étoiles en Italie, Podemos et Ciudadanos en Espagne sont autant de manifestations de cette tendance de fond.

En Marche ! mais aussi Ciudadanos doivent inspirer celles et ceux qui entendent revitaliser le centre en Belgique.

S’ils sont très divers dans leurs orientations politiques, ces nouveaux partis ont en commun d’être issus de la société civile et d’avoir un mode de fonctionnement horizontal. Le succès de ces formations 2.0 a surtout pour origine des formes nouvelles de faire de la politique. Parmi ces mouvements, ceux qui nous sont politiquement proches (En Marche ! mais aussi Ciudadanos) doivent inspirer celles et ceux qui entendent revitaliser le centre en Belgique. Pour cela, il importe d’abord de changer radicalement notre relation à la société civile.

Il est ici utile de rappeler que le lien avec celle-ci est à la base du projet humaniste. Mais en avons-nous assez fait ? Si cette dynamique a permis l’intégration de nouveaux talents au sein de notre mouvement, une telle démarche apparaît aujourd’hui insuffisante. Dans le droit fil de l’ambition affichée par Benoit Lutgen " d’ouvrir les portes et les fenêtres " du CDH, il faut aujourd’hui aller vers une intégration des demandes et des tendances de la société civile. Il n’est bien entendu pas question d’intégrer toutes les tendances, souvent contradictoires, qui peuvent s’y trouver. Mais, au sein d’une population belge francophone dont toutes les études montrent qu’elle est majoritairement modérée et pragmatique, le CDH est certainement celui qui a le plus à gagner à s’ouvrir à la société civile.

"En Marche" montre l'exemple

L’enjeu d’intégrer ces nouvelles demandes et, surtout, cette nouvelle manière de faire de la politique dépasse d’ailleurs de très loin la question du centre démocrate humaniste. Longtemps marqué par une remarquable stabilité, le paysage politique en Belgique francophone devra en effet nécessairement évoluer au vu de l’insatisfaction de nombreux citoyens quant à la manière dont est menée aujourd’hui l’action politique. S’ils ne veulent pas laisser la place aux populistes, qu’ils soient d’extrême gauche ou d’extrême droite, c’est l’ensemble des partis traditionnels qui devront se réformer en profondeur. En d’autres termes, les partis traditionnels devront devenir de moins en moins traditionnels. Chez nos voisins français, " En Marche " nous montre l’exemple d’un mouvement proche de nos valeurs (progressiste, centriste, pro-européen) qui apporte une réponse tant à la crise de la représentation politique qu’au populisme et au repli sur soi. Ce serait une folie de ne pas s’en inspirer.

* Ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargée du Logement, de la Qualité de Vie, de l'Environnement et de l'Energie, des familles et de l'aide aux personnes et des personnes handicapées.

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