En Wallonie, la chasse à l'attractivité est ouverte

Pour que l’attractivité de la Wallonie dépasse celle de ses principaux concurrents, plusieurs composantes devraient connaître l’extinction des menaces qui pèsent sur elles (confédéralisme, immodération syndicale, etc.). ©Belgaimage

Pour que l’attractivité de la Wallonie dépasse celle de ses principaux concurrents, plusieurs composantes méritent d'être analysées.

L’actualité n’est pas avare de positions ne prenant en considération qu’un élément ou une partie de la réalité. Il a ainsi été dit que la force de la demande interne dans notre pays justifiait une hausse plus élevée du salaire que ce que permet la loi relative à la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité. Pour ce qui concerne la Wallonie, c’est là oublier l’importance des exportations wallonnes (42 milliards en 2017) par rapport au PIB de la Région (92 milliards). C’est aussi oublier par la même occasion que la compétitivité de nos entreprises, en comparaison notamment avec nos principaux concurrents (nos voisins), a une influence directe sur le volume de nos exportations ainsi que sur l’attractivité de la Wallonie aux investissements, étrangers comme domestiques. Influence directe donc sur l’emploi.

La transition énergétique et écologique est aussi à voir comme une opportunité d’innovation et de créativité pour nos entreprises et autres opérateurs ainsi qu’une source de développement de l’emploi.
Philippe Suinen

Dans son rapport 2017 sur l’économie wallonne, l’Iweps avait identifié que 34% des emplois en Wallonie résultaient de la demande externe (19% de l’exportation et 15% de Flandre et de Bruxelles). L’attraction d’investissements d’étrangers comme, dès qu’ils visent les marchés extérieurs, les investissements endogènes, sont également dépendants du degré de compétitivité de notre Région. Oublier la compétitivité, c’est donc oublier l’emploi.

Harmonisation

La compétitivité est une des composantes de l’attractivité, notion plus large que l’on pourrait résumer en comment le monde nous voit et dans quelle mesure des opérateurs étrangers peuvent avoir envie d’y acheter, d’y travailler, d’y investir et d’y nouer des partenariats. Loin d’être exhaustif, on peut citer comme autres composantes de l’attractivité:

  • la capacité d’accueil et d’empathie;
  • le climat social et la complémentarité active des différentes parties prenantes;
  • la prédictibilité du cadre légal des affaires;
  • l’efficacité du service public et la lisibilité aisée de son paysage;
  • un respect concret et actif des principes du développement durable et inclusif

Pour que l’attractivité de la Wallonie dépasse celle de ses principaux concurrents, chacune de ces composantes devrait connaître l’extinction des menaces pesant sur elle (confédéralisme, immodération syndicale, discontinuité des politiques publiques et contradictions entre elles, décrédibilisation et opacité du service public, ambition climatique insuffisamment modalisée,…). L’attractivité mérite aussi un plan participatif pour les moyen et long termes, basé concrètement sur la complémentarité et l’interaction positives entre les objectifs de transition énergétique et écologique, de développement durable, de compétitivité, d’attractivité, d’inclusion et d’harmonie sociale, d’émancipation et d’utilité sociale de chacun, de clarté institutionnelle, de stimulation de l’innovation et de la créativité, ainsi que d’internationalisation respectueuse et respectée. On rejoint ainsi l’idée d’un Waldeal.

34%
des emplois
Dans son rapport 2017 sur l’économie wallonne, l’Iweps avait identifié que 34% des emplois en Wallonie résultaient de la demande externe.

Ce que l’on a parfois – incorrectement – appelé les contraires est en effet harmonisable dans le sens "gagnant-gagnant". Ainsi, la transition énergétique et écologique est aussi à voir comme une opportunité d’innovation et de créativité pour nos entreprises et autres opérateurs ainsi qu’une source de développement de l’emploi. En même temps, on peut veiller à ce que la compétitivité de nos entreprises y soit sauvegardée, notamment dans le cadre de l’Union Européenne et de ses compétences et pouvoirs.

Par exemple, chacun reconnaît qu’une taxe sur le kérosène ne pouvait se concevoir qu’à tout le moins à la dimension de la géographie européenne (en évitant le risque brexitien d’abstinence britannique favorisant ses aéroports et les investissements sur son territoire). Pour le reste, il serait contre-productif pour la Wallonie et son développement de freiner l’expansion de ses aéroports régionaux, comme cela a été le cas sous l’antépénultième gouvernement wallon avec la limitation de l’allongement de la piste à Charleroi. Le dossier a pu heureusement redémarrer pleinement après cette perte d’un temps considérable.

Affiner le contenu des compétences

Pour revenir aux fondamentaux de départ de ce papier, à savoir une approche holistique, prenant donc en compte l’ensemble de la réalité et des besoins, il apparaît nécessaire de réfléchir sur ce que l’on attend de l’autorité publique (le rôle et le périmètre de l’État dans les différentes configurations justifiées par le principe de subsidiarité): ce qu’elle fait, ce dont elle confie la réalisation contrôlée à d’autres et ce qu’elle ne fait pas.

Il apparaît nécessaire de réfléchir sur ce que l’on attend de l’autorité publique: ce qu’elle fait, ce dont elle confie la réalisation contrôlée à d’autres et ce qu’elle ne fait pas.
Philippe Suinen

Cette approche pourrait être l’occasion d’affiner le contenu des différentes compétences, tant fédérées que fédérales, dans le sens de plus de clarté et en évitant les chaînes procédurales compliquées. Il est également temps de simplifier la charge administrative et les complexités et variétés de subsides en pratiquant deux réductions parallèles:

  • celle de la charge fiscale;
  • celle des subventions, en n’utilisant plus cette formule à terme que pour les situations d’urgence.

Un tel système ne pourrait évidemment voir le jour que sur base d’un accord de coopération entre pouvoirs. Tout cela doit faire partie des grands débats et des processus participatifs que la Wallonie mérite. En n’oubliant personne.

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