Encore une déception au prochain G20?

Vu le résultat des trois premiers sommets, il n’y a pas grand-chose à attendre du G20 de la fin du mois, estime Arturo Bris, de l'Ecole de commerce IMD à Lausanne. Fin juin, la planète continuera à progresser à deux rythmes différents: l’allure rapide de la réforme réglementaire américaine et l’absence de coordination et l’inaction des autorités européennes.

Fin juin, les dirigeants du G20 se rencontreront à Toronto au Canada. C’est le quatrième sommet du genre depuis la faillite de Lehman Brothers. Une série de rencontres organisées avec l’objectif initial de construire "un cadre de surveillance réglementaire plus fort, globalement plus cohérent pour le futur secteur financier, capable de soutenir une croissance globale durable et de répondre aux besoins des entreprises et des citoyens". Vu le résultat des trois premiers sommets, il n’y a pas grand-chose à attendre de nos dirigeants. Fin juin, la planète continuera à progresser à deux rythmes différents: l’allure rapide de la réforme réglementaire américaine et l’absence de coordination et l’inaction des autorités européennes.

Il y a une année à Toronto, les membres du G20 ont rédigé l’agenda d’une réforme internationale. Cette réglementation financière reposait sur plusieurs piliers: de nouvelles normes destinées aux grandes institutions financières, y compris les hedge funds; la surveillance et l’enregistrement des agences de notation de crédits; la fin du secret bancaire; une sévérité accrue envers les salaires et les bonus; une moins grande dépendance à l’égard des produits dérivés complexes et trop risqués; une amélioration des normes comptables; et enfin, des règles pour prévenir les effets de levier excessifs. Tous s’accordaient pour dire que ces nouveaux principes exigeaient de la coordination et de la solidarité entre les pays concernés. Faute de quoi, les agents économiques s’empresseraient de tirer profit des différences de régimes juridiques, comme vient de le démontrer la crise.

L’europe à la traîne

Ces objectifs initiaux, quoique bien intentionnés, ont été jetés aux oubliettes. Au sommet de Toronto, l’accent sera mis sur la reprise après la crise économique et financière globale, et sur la mise en œuvre des engagements pris lors des précédents sommets du G20. Malheureusement, le seul véritable engagement pris lors du dernier sommet de Pittsburgh, a été "de trouver un accord sur un cadre international de réforme". Il s’agira par conséquent de se mettre d’accord sur comment coordonner la coordination.

Où en sommes-nous à l’heure où ce nouveau sommet doit débuter? Les Etats-Unis ont produit, et c’est remarquable, la réforme réglementaire la plus radicale depuis le Security and Exchange Act de 1934. En décembre 2009 déjà (sept mois seulement après le sommet de Londres), la Chambre des Représentants a adopté, par 223 votes contre 202, la réforme de Wall Street et l’acte de protection des consommateurs de 2009, qui vient d’être amendé et finalement approuvé par le Sénat.

"L’acte de Wall Street" corrige parfaitement les erreurs qui ont conduit à la crise de 2008. Il impose en particulier la ratification par les actionnaires des rémunérations des managers ("say on pay"); il réglemente avec minutie les dérivés hors cote; il impose pour la première fois dans l’Histoire la participation des consommateurs dans le contrôle des institutions financières; il impose l’enregistrement obligatoire des hedge funds; il réglemente les agences de notation et renforce la protection des investisseurs.

Et qu’en est-il des pays européens? Qu’ont réalisé l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et leurs semblables? Certes, sur le Vieux Continent, les idées ne sont pas si claires. La France et l’Allemagne ont fait de la réglementation des hedge funds et du private equity leur objectif principal, tandis que naturellement la Grande-Bretagne s’y oppose.

Le Parlement européen s’apprête à débattre de la proposition de directive sur les gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs qui, en résumé, éradique d’Europe les hedge funds et les sociétés de private equity. Les pays européens ont également signé des accords importants avec les "paradis fiscaux", tels que la Suisse et le Luxembourg, contre le secret bancaire. Mais c’est à peu près tout. L’Europe a manqué l’incroyable opportunité, que lui a offerte la crise, de devenir le centre financier de la planète après la chute de ce que le président Sarkozy a baptisé "le capitalisme anglo-saxon". Le temps que l’Europe nettoie son désordre, les Etats-Unis auront rétabli leur domination sur les marchés financiers.

Résolution nucléaire

Par conséquent, les Etats-Unis se rendront à Toronto en ayant accompli leur devoir. Pendant ce temps, les leaders européens, qui ont été très occupés par d’autres problèmes, comme les élections et la quasi-faillite de la Grèce, feront une fois de plus le voyage avec l’espoir qu’un autre effectuera le travail pour eux. L’acte de Wall Street nous enseigne une leçon toute simple: la nécessité de modifier la réglementation financière était évidente. AIG et Lehman Brothers ont fait faillite parce qu’ils se sont massivement reposés sur des produits dérivés qui n’étaient pas réglementés, et que leurs transactions n’étaient pas centralisées.

Les règles comptables ont permis aux institutions financières de réserver le même actif trois, quatre ou même mille fois. Les investisseurs n’étaient pas protégés parce que les marchés manquaient de transparence. Comprendre ces problèmes aurait exigé de la part de nos dirigeants un minimum de formation financière. Mais, et ce n’est pas une surprise, le dernier sommet du G20 à Pittsburgh s’est achevé sur une résolution claire concernant… la capacité nucléaire iranienne.

Pire encore, durant tous les meetings précédents, le G20 a affirmé que son objectif ultime était la création d’une croissance équilibrée et durable. Une si belle mission est certes instructive, mais elle est aussi idéaliste, et ne s’avère au final qu’une déclaration d’intentions. Je parie que le sommet de Toronto s’achèvera sur un effet d’annonce similaire, de manière à apaiser l’électorat des pays concernés et à fournir une excuse pour une future rencontre. J’espère sincèrement que ce sommet sera le dernier et que nous allons enfin nous mettre au travail et empoigner les sujets importants.L

Arturo Bris est professeur de finance à IMD. Il dirige l’Advanced Strategic Management program

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