carte blanche

Enseigner l'économie pour mieux comprendre le monde

Anne-Françoise de Waha

N’est-il pas nécessaire d’apprendre à nos enfants à faire la différence entre un besoin et une envie ? Apprendre à gérer un budget, afin de ne pas avoir de soucis plus tard. Dans un monde où les inégalités et les changements climatiques sont un réel enjeu, n’est-il pas temps d’apprendre aux enfants à consommer de manière responsable ?

Anne-Francoise de Waha
Enseignante, citoyenne et maman

Toute réforme de l’enseignement a pour ambition de mieux préparer l’avenir. Le Pacte d’Excellence ne fait pas exception à la règle. Mais comme pour toute réforme, il faut se plonger dans les détails pour juger si elle va dans la bonne direction.

Initialement, dans les premières moutures du Pacte d’Excellence qui prévoit entre autres un tronc commun élargi, il était question que le tronc commun inclut un domaine de Sciences Humaines et sociales, composé des matières historiques, géographiques, économiques et sociales.

©Photo News

Le Pacte d’Excellence - dans son avis n°3 - reconnaissait qu’" il y a à ce stade, dans le cursus des élèves, une carence en termes de formation économique et sociale. ! L’ensemble des élèves allaient enfin avoir des notions d’économies dans leur cursus scolaire. Dans ce document, deux options étaient envisagées et les travaux devaient déterminer " si un cours de formation économique et sociale pour tous, doit s’ajouter aux cours de géographie et d’histoire ou d’étude du milieu, ou s’il faut envisager un cours intégratif, pluridisciplinaire, composé de quatre disciplines à parts égales - histoire, géographie, sociologie, économie politique. "

Soulignant " l’avantage d’une formation regroupée, moins dispersée en terme de contenus […] et l’inscription d’une telle approche vers l’interdisciplinarité et donc vers la pensée complexe ". Cette idée me plaisait beaucoup, il s’agissait pour moi d’une belle application d’interdisciplinarité.

Comment comprendre l’élection d’Hitler sans parler d’économie ?

Comment bien comprendre les causes de la seconde guerre mondiale, sans aborder la situation économique de l’époque en Allemagne qui a permis l’élection d’Adolf Hitler? Et lorsque l’on apprend les régions du pays, si on en profitait pour parler de leur organisation ?... Et, les deux options offraient certainement des avantages. La bonne nouvelle étant surtout que, dans un cas comme dans l’autre, l’ensemble des élèves allaient enfin avoir des notions d’économie dans leur cursus scolaire.

Récemment, une proposition de grille horaire pour les trois premières années du secondaire a été dévoilée. Pour l’heure, l’option qui a été choisie, semble être la première, car il y aurait un référentiel commun aux quatre disciplines de sciences humaines, mais les attendus relatifs à chacune des disciplines seraient bien distincts.

L’économie fait figure de parent pauvre.

Dans cette grille horaire, l’économie fait figure de parent pauvre avec seulement 1 période (1 heure de cours par semaine en 3ème secondaire), contre 6 périodes pour l’histoire (2 heures de cours par semaine durant 3 ans) et 4 périodes pour la géographie (2 heures de cours par semaine en 1ère et 2ème secondaire). Les sciences sociales se voient également attribuer 1 période (1 heure de cours par semaine en 3ème secondaire). Si l’importance de l’histoire et la géographie dans un cursus scolaire est une évidence, il n’est pas moins crucial d’aborder des notions d’économie et les sciences sociales avec les élèves et ce depuis leur plus jeune âge.

Est-ce que cela m’attriste et me révolte parce que je suis professeur d’économie ? Non. J’enseigne dans le supérieur, je ne cherche donc pas à préserver mon emploi, mais je voudrais repositionner le débat de là où il n’aurait jamais dû s’écarter : l’intérêt de l’élève ! Car en effet, quel est le but de l’enseignement, et particulièrement d’un enseignement qui se voudrait d’excellence ? C’est de préparer tous les élèves à devenir des adultes et des citoyens responsables, capables de mettre en œuvre les ressources et les capacités nécessaires à leur épanouissement.

Dans ce cadre, l’apprentissage de notion d’économie doit être considérée comme incontournable ! L’OCDE préconise ainsi que " la population doit être formée aux questions financières à un stade aussi précoce que possible dans la vie " et l’UNICEF souligne que cette formation précoce permet " de réduire le risque de s’endetter et de basculer dans la pauvreté. "

Nous vivons dans un monde où l’économie est omniprésente et n’est souvent plus transmises par le cadre familial, ou de manière erronée. Dès lors, l’enseigner à l’école participerait à l’émancipation sociale.

Enfant et consommateur

Dès le plus jeune âge, l’enfant est considéré comme un consommateur.

Dès le plus jeune âge, l’enfant est considéré comme un consommateur. Il est la cible des publicitaires ; parfois il reçoit de l’argent de poche ; il pratique un sport, va à la bibliothèque, à l’académie de musique, à l’école…financé par nos impôts.

Et plus tard, le jeune adolescent qui entre en secondaire posera régulièrement des actes financiers : il consommera un sandwich à midi ; prendra une canette au distributeur ; il continuera à utiliser les infrastructures financées totalement, ou en partie, par les impôts, sans même en avoir conscience ; il enrichira, souvent sans le savoir, les médias sociaux en agrandissant leur base de données…

Alors, n’est-il pas nécessaire d’apprendre à nos enfants à faire la différence entre un besoin et une envie ? Apprendre à gérer un budget, afin de ne pas avoir de soucis plus tard ! Dans un monde où les inégalités et les changements climatiques sont un réel enjeu, n’est-il pas temps d’apprendre aux enfants à consommer de manière responsable ?

Là maintenant, en écrivant cette lettre, je ne suis pas une économiste. Je suis une enseignante et une maman avant tout, qui souhaite que les différents acteurs de cette réforme aient enfin une vision à long terme et prennent conscience que c’est l’avenir de notre société que l’on prépare.

Alors oublions le corporatisme et remettons l’intérêt de nos enfants, nos étudiants et des adultes qu’ils seront plus tard au premier plan pour rêver en grand la société de demain.

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